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ARTISTES
DE A à Z


Jean LAUBE 

Jean Laube, notes de septembre 2015


Ma peinture a pris des formes et des adresses très diverses : sculptures, assemblages d'objets, de matériaux, reliefs, théâtres d'optique, tableaux.
Les termes premiers qui la constituent, couleur, construction, me conduisent naturellement à considérer l'architecture, les éléments construits du paysage comme des vis à vis, des analogues de ce que j'attend d'une oeuvre: quelle nous fasse éprouver le lieu où nous sommes face à elle.
Ces rapports avec le construit se déclinent dans une oscillation entre abstraction et espaces ou objets reconstruits, représentés. Ce qui me pousse vers la réalisation relève davantage de la rythmique, de la mesure, que du reflet et de l'imitation.
Les objets représentés le sont comme des modèles déjà connus, partagés, communs.
Trames ornementales, lexique d'architecture, formes en croissance, dépôts géologiques, boites, cabanes, baraques, ce pourrait être le début d'une liste de choses faites ou à faire.
Une part de l'aspect que prennent mes réalisations tient à mon expérience de l'espace, d'une porosité avec les lieux et les territoires que je rencontre.
À certains moments cette proximité est marquée par l'utilisation de matériaux ou de gestes depuis longtemps intégrés aux vocabulaires de l'art, mais toujours en usage à ses bords.
Par ailleurs, à la volonté de conserver, de restaurer dans chaque réalisation ce qui la motivait au départ, de faire en sorte que chaque décision soit aussi un geste, un mouvement. Cet état premier est le plus souvent perdu, puis reconstruit, et c'est dans ce jeu de coupures et de réparations que les objets finissent par trouver leur densité.
La circulation des entrées et des résolutions dans mon travail se fait par des allerretour, des reprises, des oublis et des ruptures, dans un temps sans linéarité ni progression.

Le dernier mot, c'est la couleur. Elle préexiste aux réalisations, à ce qui les motive au départ. Les autres termes, construction, espèce, répétition, matériau, plan et profondeur servent à lui donner forme. Par goût, par atavisme, les couleurs que j'emploie sont sourdes, retenues dans le plan. S'y opposent d'autres tons qui ont vocations à perturber, à réagir et à se manifester comme artefacts, comme volonté arbitraire.

Les trois types d'oeuvres proposées aujourd'hui sont des moments clé qui croisent les différentes allures qu'ont pu prendre mon travail.

Les chambres : de petites boites où le spectateur scrutait la lumière entrée par une autre ouverture.
Intérieurs évidés ou remplis, jeux de miroirs ou vis à vis minuscules pour se concentrer sur la vue, « captiver sans capturer ».
Quand on repose la boîte sur la table, l'image disparaît.

Les Ephémérides représentent des caissons alignés en vue cavalière, vue de face toujours dérobée.
C'est le renversement d'un motif de marqueterie, sol ou plafond, devenu celui de cases vides, neuf par page, d'une certaine profondeur proportionnée à l'étendue de chaque feuille de papier marquée d'encre noire.

Les Cartons-Crimée, d'un volume proche de celui des chambres, ces petits reliefs opaques opposent au regard un ralenti dans sa percée, par le feuilleté qui les constitue.
Accueillent, remémorés, des fragments d'architecture, des cristaux à la géométrie approximative, des éléments partagés recoupés puis raboutés.
Chaque oeuvre est une négociation entre éléments de peinture et termes de construction,en quête d'une prise indissociable de cette réunion.
L'espace où ils se situent est comparable à l'espace des travaux antérieurs, tableaux sur bois ou sur toile, dont la profondeur atmosphérique était contrecarrée par un fond opaque.
Ce fond est ici matérialisé par le mur, sur lequel ils sont accrochés, comme des objets, quand ils sont exposés.