Céline MARIN 

Minuit suspendu 2024-2025
Crayon graphite sur papier 300 g/m2
75 x 110 cm
 
 
Minuit suspendu 2024-2025
Crayon graphite sur papier 300 g/m2
50 x 65 cm
 
 
Minuit suspendu 2024-2025
Crayon graphite sur papier 300 g/m2
21 x 29,7 cm
 
 
Minuit suspendu 2024-2025
Crayon graphite sur papier 300 g/m2
13 x 18 cm
 
 
 
 

Cette série de dessins s’enracine dans une fascination pour les instants de bascule, les nuits où le corps s’oublie, se transforme et se consume. 

Minuit suspendu s’inspire d’une constellation de fêtes réelles ou fantasmées, de figures ambivalentes et de rituels où la danse, le travestissement, la métamorphose deviennent autant de langages du désir et de la fuite.

Au cœur de cette série se trouve un objet central : le masque. Qu’il soit social, rituel, protecteur ou magique, il dissimule pour mieux révéler. Il permet de voir sans être vu, de se libérer temporairement de soi-même, d’habiter un autre corps, une autre époque. Par sa fonction ambiguë, il trouble les repères, dissout les identités et ouvre un espace de liberté et de fiction. Le bal masqué devient alors un théâtre d’apparitions, de disparitions, de travestissements. Un lieu où le temps se dilue, où la fête semble ne jamais devoir s’achever.

Ce questionnement du temps traverse autant mes sujets que mon geste de dessinatrice. Chaque dessin, exécuté au crayon graphite, engage une minutie qui ralentit l’image, la prolonge, la retient. Mon processus mêle des références d’archives issues de temporalités hétérogènes : photographies anciennes des bals de la Riviera, scènes captées au Studio 54, ballets russes, icônes du cinéma hollywoodien, etc. Cette friction des époques ouvre un chronotope suspendu, un territoire où les heures semblent s’étirer à l’infini.

Parmi les images fondatrices de la série, on retrouve les marathons de danse des années 30 avec les corps épuisés, contraints de danser jusqu’à l’abandon et le film They Shoot Horses, Don’t They? de Sydney Pollack, où le spectacle devient supplice. Le Satyricon de Fellini, lui, infuse l’œuvre d’un souffle antique et décadent, une transe visuelle saturée de symboles. The Wild Party (James Ivory, 1975) et Studio 54 incarnent quant à eux l’euphorie dangereuse d’une fête sans limites, entre ivresse, chute et renaissance.

Les figures que j’invoque dans mes recherches forment une galerie mouvante de visages et de corps masqués ou transformés : Cindy Sherman, Claude Cahun, Nan Goldin et ses travestis, Jean Harlow, étoile d’un glamour perdu. Le cheval, traverse cette série comme une énigme : monture onirique chez Cocteau (Le Testament d’Orphée), créature de scène chez Diaghilev (Parade), il incarne le passage, l’élan, le double.

Dans Minuit suspendu, les corps dessinés flottent dans un vide soigneusement construit, un espace nocturne sans contours, comme arrachés à tout décor ou narration. Ce vide n’est pas un fond neutre : il devient matière sensible. Il prolonge les figures autant qu’il les isole, créant une tension silencieuse entre présence et disparition.

Ces corps, suspendus, rejouent peut-être les dernières heures d’un bal dont on ne sait plus s’il fut vécu, rêvé ou simplement redessiné à l’infini. Le dessin devient ici un seuil : un entre-deux où le temps vacille, où les souvenirs se dissipent ou se recomposent, et où le dessin devient un territoire pour les images survivantes, réinventées, déplacées, comme arrachées au fil de la mémoire pour mieux renaître.

 
 
 
 
Vues de l'exposition Entre deux mondes, Centre d’art Les pénitents noirs, Aubagne, 2026
Avec Quentin Spohn
 
 
 
 
 
Minuit suspendu, exposition individuelle, Husk Gallery, Bruxelles, 2025
 
 
Retour