Laurent SEPTIER 

J'ai pour me guérir du jugement des autres toute la distance qui me sépare de moi.
Lettre d'Antonin Artaud à Jacques Rivière, 29 janvier 1924


Préambule

Laurent Septier est un artiste franco-français né aux Pavillons sous Bois (Seine Saint Denis, France) et installé à Marseille (Bouches du Rhône, France). Diplômé des beaux-arts, mais, à l'instar des grands lettrés chinois, dépourvu de tout talent et de tout autre titre, il travaille principalement la photographie, la photographie, et la photographie, le dessin, la sculpture, l'installation, des choses diverses à défaut d'être variées. Son travail n'explore rien, ne retient rien, ne sélectionne rien, n'avance aucun avis sur rien, sa vie lui cause déjà assez de tracas pour qu'il ne s'en trouve pas d'autres : il travaille donc avec tracas sur le tracas.
Laurent Septier est Auditeur du Collège de 'Pataphysique.
Note : Dans la suite du texte, la première et la troisième personne sont utilisées alternativement, c'est à chaque fois une question de point de vue : centré ou décentré, c'est selon.

Et pourtant :
Les travaux artistiques, que l'on appelle parfois des oeuvres, ne parlent pas d'eux-mêmes, ils dissimulent des (arrière-)pensées, j'ai déjà beaucoup écrit à leur sujet et risquant ici la répétition, j'ai opté pour la concision.
Je crois que le mieux est de regarder d'abord les travaux, en feuilletant ou en scrollant les pages du site, et ensuite de revenir à la présentation qui suit.

Des linéaments : Loin dans le temps : quarante ans de travail. Loin dans l'espace : quarante voyages en Chine, «  extrême lointain » (Victor Segalen). Mais Laurent Septier ne travaille pas «  sur la Chine  ». Il y voit des choses, rien d'extraordinaire mais ce sont des rencontres, des situations, il les reçoit, il les retient pour les partager peut-être. Ça apparaît. Et ça fait des photographies, ou bien des livres.
La frustration du monoculaire photographique entraîne l'appel à une troisième dimension et il en surgit des sculptures, plutôt ce qu'on appelle des «  installations », des «  environnements », où une seconde vie anime des simulacres, dérisoires en apparence mais qui sont aussi des «  embrayeurs ».
La photographie, on reste devant : le point de vue unique, fixé, une ligne droite qui porte bien son nom : ligne de fuite. On court encore, longtemps après le Quattrocento.
La sculpture, on tourne autour, mobile, parfois même elle est pénétrable (Jesús Rafael Soto), la courbe du parcours est multiple.
Le voyage, donc. Le retour, bien sûr.
Tout cela produit des « artefacts à fonction esthétique  » ( Gérard Genette).
Je fais des artefacts à fonction esthétique, c'est ce que j'aime faire, c'est ça la vie d'artiste.

On verra sur ce site des photographies noir et blanc, des Polaroids, des photographies couleurs, de l'argentique, du numérique, des dessins, des installations, un autel chinois en parfait état de marche (collection particulière), des maquettes, des caissons lumineux, des curios, des petits bouts de films, et quelques futilités, comme un portrait de Lénine jouant du front avec des saucisses « enfoncées dans les oneilles  » (Alfred Jarry), une collection d'oeuvres d'art, des livres et des poèmes, des hommages, des références (Bernd et Hilla Becher, Niele Toroni... Marcel Duchamp...) des moqueries aussi peut-être, chaque élément sera précédé d'un bref texte d'introduction.
Il faudra se souvenir, un peu de dérision ne saurait nuire, de l'immense profondeur d'un propos du Général De Gaulle cité par Simon Leys dans  La forêt en feu : La Chine est un vaste pays, et qui est peuplé de Chinois, ce qui nous permet d'avoir une idée de ce qu'est le zéro absolu, une façon comme une autre de solidifier concrètement la base du travail à bonne température. Il est tout aussi comique dans le registre sérieux que ce propos du père Évariste Huc, dans L'Empire chinois, collection orientale, Imprimerie impériale, Paris, 1854 : On nous a cité plusieurs exemples de buveurs morts incendiés, ils avaient fait un usage si immodéré d'alcool qu'il suintait, en quelque sorte, par tous leurs pores. Un accident, la simple action d'allumer la pipe suffisait pour enflammer et consumer ces malheureux. J'ai par chance échappé à de telles situations.

Pour rester bref, j'omettrai Marcel Proust, Franz Kafka, Louis-Ferdinand Céline, James Joyce et Samuel Beckett et qui m'accompagnent en permanence et je laisserai la parole à Jean-Jacques Vitton : «  Passer quelques heures chez Laurent Septier c'est se rendre compte que les espaces qu'il entreprend quotidiennement sont autant de relais entre les éléments exposés de son travail. Jardin abrité sous un chapiteau blanc mais relié par deux petites descentes latérales à un sous-sol où sont rangés sans doute des travaux. Jardin aussi dont le niveau qui appartient au plan premier de la maison semble communiquer avec l'étage par un escalier interne en bois qui ressemble à celui d'une chaire. Les relais sont des vitrines où attendent des objets et des prétextes à transformations. Jardin, rez-de-chaussée, chaire, premier étage, grandes pièces du premier plan, tous ces lieux sont des terrains d'exposition dans lesquels Laurent Septier entrepose / expose un nombre important d'objets, témoins, outils, balises de son travail, de ses recherches, de ses fabrications bilingues  » (Laurent Septier et les prises multiples, in Atoma/Individus, catalogue de l'exposition, Marseille, Éditions Diem Perdidi, 2003).
Que dire de plus ? Je citerai pour finir Georges Bizet, qui fait prononcer à Escamillo dans Carmen cette réplique imparable : J'ai tout dit, oui, j'ai tout dit, ce qui terminera à point nommé cette présentation de mes travaux.

Péroraison

« L'artiste qui surmonte le syndrome du réverbère en poursuivant malgré tout son travail dans l'ombre aura tendance par contrecoup à être affecté du syndrome du congélateur, qui pousse à considérer que ce qui n'est pas documenté n'existe pas. La propension à tout documenter permet en effet d'atténuer sensiblement les effets du syndrome du réverbère en temporisant l'attente de reconnaissance ainsi projetée vers un hypothétique et futur public éclairé. Cependant, le syndrome du congélateur conduit souvent l'artiste à ne travailler que pour documenter, sans rien montrer. Dans les cas extrêmes, l'artiste s'obstine à demeurer confidentiel, secret, voire parfaitement invisible, ce qui le rend inévitablement suspect vis-à-vis de son entourage qui aura tendance à y voir un comportement maniaque inquiétant. Nous ne recommanderons donc pas une focalisation sur l'archive pour traiter le syndrome du réverbère. Parier sur un site web pour sauvegarder ce qui n'a été vu par personne relève en dernier recours de la stratégie désespérée du naufragé sur une île déserte qui lance une bouteille à la mer. »

(extrait de Le syndrome du réverbère, DeYi Studio, revue TINA (in)visibilité(s), édition Jou, octobre 2015)




Techniques et matériaux


— Photographie.
— Dessin / techniques mixtes.
— Maquettes.
— Installations.
Mots Index


— simulacres
— Chine
— images du double / doppelganger
champs de références


L'art et la littérature en général, la Chine et l'univers chinois, la musique dite classique, l'opéra, l'attirance pour tout ce qui me semble étranger, bizarre, lointain, incompréhensible, aussi bien que pour ce qui est réputé insignifiant, sans importance, trop banal pour mériter l'aumône du regard.
Et encore, plus en détail : la gastronomie, la cuisine, chinoise en particulier, dont le meicaikourou 梅菜扣肉, le shuizhuyu 水煮魚, les chayedan 茶葉蛋, le choudoufu 臭豆腐, le Beijing kaoya 北京烤鴨 et bien d'autres.
En quelques mots : le fonds d'immanence indifférencié cher à François Jullien, sinologue.
repères artistiques


Repères artistiques
1. Zhu Da (Bada Shan Ren), Marcel Duchamp, Walker Evans, Robert Frank, Bram van Velde, Joseph Beuys, Bernd et Hilla Becher et tant d'autres (Diego Velázquez, Alberto Giacometti par exemple).
2. En vrac tous domaines confondus sans la moindre hiérarchie et sans les prénoms pour tenir moins de place : Beethoven, Schubert, Wagner, Verdi, Ligeti, Dusapin ; Ozu, Fellini ; Sade, Huysmans, Kafka, Proust, Céline, Gadda, Joyce, Beckett, Dick, Silverberg, Asimov, Freud, Lacan, Foucault, Deleuze, le Président Schreber, Kawabata, Tanizaki, Simon Leys ; les Pieds Nickelés, le Marsupilami ; Voline, la Makhnovtchina (c'était en Ukraine !), les situationnistes, les communistes libertaires (conseillistes) ; Debord.
3. Des ami·e·s : Gilles-Christian Réthoré, Philippe Billé, Frédérick Roux, Florence Manlik.
Qu'est-ce que l'engagement ? Le mien.
Gilles Deleuze, dans une conférence fameuse donnée à la Femis en 1987, rapprochait à juste titre l'acte de création et l'acte de résistance, c'est malheureusement devenu une tarte à la crème comme le « je suis un·e rebelle ». Il faut voir ce propos dans un sens large : l'engagement social, politique, ne peut être à mon sens en aucun cas le « sujet » ou le propos prédéfini d'une oeuvre d'art comme on le voit trop souvent par ces temps. Il peut par contre en être la conséquence par l'exercice de la pensée critique que celle-ci engendre.
C'est ce que j'espère et c'est ce que j'espère faire.