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Montagnes
Je prends quelquefois un sac à dos rempli de vivres et de peinture, et je m'enfonce dans la montagne au delà des dernières habitations. Je vais aussi loin et haut que possible. Je reste plusieurs jours, aussi longtemps que me le permet la nourriture que je peux emporter.
Je suis absorbé par le paysage immense et indifférent. Je disparais. Mes activités se réduisent alors à marcher, manger et dormir. Le reste du temps je peins.
Fausses montagnes
Au cours du XX ème siècle, prolongeant une histoire de l'artialisation du paysage qui remonte à la renaissance, différentes constructions sont réalisées pour simuler des reliefs montagneux. C'est ainsi qu'est bâti en 1934 le rocher du parc zoologique du bois de Vincennes, ou en 1959 le décor alpin du parc d'attraction américain Disneyland. Une enveloppe de ciment habille une charpente complexe formée d'innombrables poutres entremêlées.
Entre 2023 et 2024, en m'inspirant de ces constructions, j'ai réalisé de petites structures en baguettes de bois, soubassements de possibles paysages miniatures. Puis, m'imaginant en peintre de montagnes factices, sur le motif mais dans l'atelier où je les avais fabriqués, j'ai peint ces paysages tout en lignes et en creux.
Ils forment un ensemble de peintures sur bois, où le support apparaît en réserve pour figurer la construction, et où le « fond » au contraire est peint. Il faut y ajouter une autre ambiguïté ; quelquefois le support du tableau n'est qu'un décor de faux-bois, imprimé ou peint en trompe-l'oeil.
Il pourrait être un aventurier. Il pourrait explorer la cordillère. Il pourrait monter sans équipement en haut du Chimborazo. Il pourrait découvrir les chutes du Zambèze. Il pourrait inventer la grotte Montchamp et passer du monde aérien au monde souterrain. Il pourrait même, en peignant à l'aquarelle le massif alpin vu selon un plan aérien Google Earth, discerner au sol le passage des éléphants d'Hannibal en route vers les délices de Capoue.
Frédéric Valabrègue
• Lire le texte Machinations coulissantes dans les cintres et les décors de Frédéric Valabrègue
Nous avions désiré tous deux vérifier un détail de notre enfance, lever un doute sur la nature de cette excitation qui présidait à l'édification de ces murs de l'Atlantique, sur l'apprentissage de la défaite, de la déception que supposait cette activité. Il s'agissait, dans les deux cas, de creuser, de construire, de dessiner sur la plage, avec le sable ; sur la toile, avec la peinture, des édifices destinés à la ruine, conçus, rêvés en vue de ce seul destin.
Jean-Yves Jouannais
• Lire le texte Que doit-on classer dans la famille des ruines ? de Jean-Yves Jouannais
• Lire le texte L'écriture combinatoire de la peinture, in Petits paysages et grandes machines de Guillaume Mansart
• Entretient avec l'Artothèque Antonin Artaud, Marseille, mars 2018
A travers une pratique exploratoire, la peinture et les dessins de Matthieu Montchamp mettent en place des espaces de curiosité. Ses toiles se font le lieu de présences familières et étranges, d'objets organiques, de paysages architecturaux, d'éléments de mobiliers hybrides... C'est un univers fantastique, inquiétant et onirique qui s'élabore dans chacune de ses oeuvres, un monde dans lequel la recherche formelle semble s'allier à l'expérience des textures, des transparences, des matières de la peinture. L'espace du tableau est une zone fictionnelle à multiples entrées, un espace rugueux ou glissant sur lequel le regard chemine, dérive ou accroche. Il y a une part infiniment sombre dans l'art de Matthieu Montchamp, comme une profondeur qui renvoie directement au fondement de la construction personnelle. « Je cherche finalement à dégager du sens, quelque chose comme une relation souterraine érotique et violente », écrit-il. Car c'est une oeuvre de l'intérieur qui se livre sur la surface de ses toiles ou sous le trait de ses dessins. Matthieu Montchamp y convoque les mondes du désir insondable et les explore avec virulence.
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