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ARTISTES
DE A à Z


 STAUTH & QUEYREL 

La parade
1% artistique Groupe scolaire Cap Est

Chemin de l'argile 13010 Marseille

ANNÉE 2007

COMMANDITAIRE Ville de marseille

MAÎTRE D'ŒUVRE Cabinet Dosseti & Partners
10 Bld Ralli
13008 Marseille
Tél : 04 91 29 31 70
Mail : dossetti@archi-dossetti.com
© Image Cabinet Dosseti & Partners

ŒUVRE

© Stauth & Queyrel

Note d'intention (extrait)

Si tu regardes des murs barbouillés de taches, ou faits de pierres d´espèces différentes, et qu´il te faille imaginer quelque scène, tu y verras des paysages variés, des montagnes, fleuves, rochers, arbres, plaines, grandes vallées et diverses groupes de collines. Tu y découvriras aussi des combats et figures d´un mouvement rapide, d´étranges airs de visages, et des costumes exotiques, et une infinité de choses que tu pourras ramener à des formes distinctes et bien conçues. Il en est de ces murs et mélanges de pierres différentes, comme du son des cloches, dont chaque coup t´évoque le nom ou le vocable que tu imagines.
Léonard de Vinci, Carnet II.


Nous nous sommes construits en grande partie avec l'école.
En réaction, en adhésion, elle est le lieu où notre être social s'est affirmé.

Et la cour de récréation, même si c'est sur un mode plus désordonné et à priori plus anarchique, est un espace, souvent privilégié, de cet apprentissage.
Les histoires dont chacun a fait l'expérience, les jeux de pouvoir ou de séduction dont nous avons été victimes ou auteurs nous ont aussi « cultivé ».
Ces comportements sociaux sont suffisamment riches et complexes pour que les interventions « extérieures » ne souffrent pas d'un peu de mise en retrait.

Ainsi, tout comme les jeux de récréation ont des contours fluctuants, il nous a semblé important de ménager un espace en creux, laissant de la place pour accueillir et susciter des envies, plutôt que de proposer un scénario trop définitif.

La frontière que constitue le mur de séparation entre les deux cours (maternelle et primaire) est envisagé comme une surface de projection propre à recevoir des interprétations variables.
En effet, entre « la cour des grands » et celle des petits, l'écran que constitue un mur est propice aux fictions. Que ce soit projection vers le futur ou retour dans son passé, l'autre côté du mur est toujours fantasmé.
C'est souvent le brouhaha sonore qui laisse deviner plus qu'il ne raconte l'existence de cet autre côté, cette autre dimension.
Ici, la proposition est de laisser aussi entrevoir ces silhouettes en mouvement que sont les autres, à travers un lexique de formes déclinées en pavés de verre colorés. Le dessin y est construit sur le principe du point de croix. Les motifs y sont simplifiés jusqu'à en être quelquefois des indices plus que des images.


L'aspect translucide qu'offre ce mur/écran en pavés de verre, permet d'animer ces signes et de les appréhender comme un arrière-plan, ou un avant-plan, mis en mouvement par les acteurs même de la cour. Cet effet de transparence redouble encore leur caractère mystérieux, peu enclin à se laisser enfermer dans un sens unique. Ils invitent plus à la déambulation et au jeu (les « cadavre exquis » des surréalistes, par exemple), qu'à une stricte contemplation.

Le modèle de notre proposition serait une sorte de décor à double face, une mince forêt de signes se prêtant à l'interprétation, celle dont parle Baudelaire :
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.
© Stauth & Queyrel

L'iconographie du mur est composée de figures élémentaires, des signes avec différentes entrées, autrement dit, des symboles.
L'ensemble de ces signes a ce caractère poreux, ouvert à diverses interprétations : le hibou, la flèche, la main, le cerf, le bateau, le crâne, l'araignée, la clef. Ils sont sur le point de se dévoiler, à demi dissimulés par les arbres, comme une gamme d'accessoires en attente. Leur destinée échappe à tous, sauf ceux et celles qui voudront bien les saisir'

Le propre de ces figures est qu'elles se prêtent à l'ambivalence, parfois même à la contradiction. Leur sens n'est pas fixé une fois pour toute mais fluctuant, en devenir.
Une échelle par exemple, peut nous faire monter au ciel, descendre en enfer ; instrument par lequel on mesure la connaissance, elle est aussi l'accessoire des voleurs' Symbole de mesure dans l'enseignement, elle est également celle qui nous fait perdre pied en nous initiant au vertige' Le crâne est un signe de mort, mais également un accessoire de pirate, un instrument de sorcière' La clef peut être celle des champs, de l'armoire à confitures ou plus dangereuse, celle de Barbe Bleue'