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ARTISTES
DE A à Z


 MIJARES 

Impérieuse rumeur
Commande publique, Jardin de la Colonne

Cours Pierre Puget Marseille

ANNÉE 2013

COMMANDITAIRE Mairie de secteur des 6 et 8 arrondissements de Marseille.
Projet Marseille Provence 2013 Capitale Européenne de la Culture

ŒUVRE

© Mijares, bois okoumé marine, socle en béton, structure en UPN 180
406 x 170 x 150 cm.

La réplique du David de Michel-Ange a été réalisée en marbre par Jules Cantini qui l'a offerte à la ville de Marseille en 1903. En 1951 elle quitte la place Carli et le parvis du palais des Arts pour trôner près des plages à l'intersection des avenues du Prado et Pierre Mandès France et de la promenade Georges Pompidou .Cet axe emblématique de Marseille est un point de référence, «on se donne rendez-vous au David» comme on se retrouve sur la célèbre Canebière, au Vieux port ou à Castellane.
Le puissant athlète, magnification du nu viril, est un point de repère. L'oeuvre d'art n'est pas reconnue uniquement pour ce qu'elle représente, David contenant sa violence avant sa victoire contre Goliath, épisode biblique tiré du premier livre de Samuel, mais parce qu'elle est visible par ses grandes dimensions et son implantation.
J'ai souhaité conserver ce rôle de phare, de point de référence, en proposant une sculpture qui interpelle, qui intrigue, qui suscite la curiosité.


Une caisse en bois, identique à celle utilisée pour le transport des oeuvres d'art, est érigée sur un socle. Elle représente à la fois l'oeuvre enveloppée, en attente d'être installée et donc révélée mais aussi l'insaisissable de la forme, le secret, l'indéfinissable, qui caractérisent la plupart des objets d'art.

Quand j'ai conçu ce projet j'avais en tête le dessin de Henry Moore datant de 1942: foule contemplant un objet dressé très haut et ficelé.

La caisse de transport évoque le déplacement, le voyage. Marseille est une ville cosmopolite, aux couleurs variées. Son accent est empreint des diverses cultures, elle est exotique et populaire.
Durant de nombreuses années, les caisses en bois ont fait partie paysage marseillais jonchant les quais du port. Aujourd'hui ce sont les containers qui les supplantent.
Avec l'arrivée du premier train en gare Saint-Charles en 1848, Marseille connaît une de ses plus grandes périodes de prospérité économique, en particulier à travers le négoce de produits exotiques. Les collines sont parsemées de moulins à blé. Des activités de semoulerie et de minoterie se développent. Les huiles permettent l'édification de savonneries. La cité phocéenne se tourne de plus en plus vers l'import-export et les marchandises voyagent dans des caisses, sacs ou barils nécessitant de la manutention.
Pour pallier l'engorgement des quais, la Compagnie des Docks et Entrepôts de Marseille, dirigée par Paulin Talabot (Ingénieur Ponts et Chaussées, politicien et homme d´affaires) initie le projet des Docks de Marseille pour entreposer ces caisses. L´architecte Gustave Desplaces construit de 1858 à 1864, sur le modèle des docks St Katharine de Londres, le bâtiment qui caractérise le quartier.
A l'époque, ces docks sont un lieu de transit entre un quai de bateau et un quai de gare.
Très vite ils fonctionnent à plein régime ce sont des hommes dont il a fallu pour manipuler ces contenants. Le travail de débardeur ne demandant aucune qualification, l'embauche était fréquente à la demi-journée. Marins de passage en attente d'un embarquement, hommes venus de tous horizons se regroupaient à la Joliette. Au fil du temps nombreux sont restés et se sont installés dans la cité phocéenne. Marseille a vu sa population se métisser.
Ici, la caisse, dont la contenance est insaisissable puisque sa forme parallélépipédique ne laisse rien entrevoir, laisse supposer un évènement imminent, une nouveauté à découvrir. Elle met les spectateurs en attente, provoque l'imaginaire, délie les langues, et créée ainsi du lien social.
Même si les réactions sont quelque peu violentes, sur cette place en haut du cours, le célèbre sculpteur, peintre et architecte qui lui a donné son nom, Pierre Puget semble délaisser sa sculpture pour contempler la mienne, le sourire aux lèvre.'

L'année 2013 va fédérer un grand rassemblement, j'espère que ce projet est à l'image de cet événement et que cette sculpture pourra se mesurer au plus beau fessier marseillais.
© Mijares