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ARTISTES
DE A à Z


Arthur AKOPY 

Frédérique Verlinden : Arthur Akopy, 2010 (conservateur du Musée Muséum départemental, Gap)
Ce plasticien, installé à Embrun, a été parmi les premiers à diffuser la création contemporaine dans les Hautes-Alpes.
Les axes majeurs de son parcours sont ponctués de générosité intellectuelle où il s'applique à ménager une place à l'art et à ses acteurs. A chaque fois qu'il s'investit, il offre son regard et réinvente la relation avec le public.

Arthur Akopy s'applique à ponctuer l'espace. Ses créations créent des rapprochements inédits entre l'intime et le collectif. Elles font écho à ses réflexions. Elles prennent des formes multiples, toujours minimales.
Il cerne les concepts esthétiques de la présence, de l'absence, du miroir, de la membrane qui pliée forme un corps ou un volume, de l'écriture qui rejoint l'opacité des souvenirs, de la lecture en transparence, en creux ou dédoublée.

Fruits de plusieurs années d'expériences, d'observations et de rencontres, ses interventions et installations sont conçues pour suivre une observation émerveillée du monde actuel. Avec audace et poésie, il soumet ses objets à une véritable critique experte, abandonnant les dogmes ou autres courants élitistes pour produire un travail de ponctuation de l'ordre du diplomatique. Son propos raffiné, aux attributs simples, pose ici et là des éléments de communication, sources de liens collectifs.



Véronique Baton: Vu d'ici... vu ici, Château de Lauris (Vaucluse), été 2007
Le travail dʼArthur Akopy est à ce point autonome quʼon pourrait envisager de la décrire par sa capacité à résister à tout ce à quoi on cherche à lʼassimiler. Ne cultivant aucun genre à tout prix, sa démarche attentive au paysage et aux matériaux naturels quʼil utilise fréquemment, mais aussi au dessin quʼil pratique, décrit une courbe subtile où lʼactivité créatrice se veut avant tout libre et ouverte sur le monde.
Lʼoeuvre dʼArthur Akopy prend sa source dans la nature, qui lʼintéresse pour sa capacité à susciter un nouveau regard sur les choses. Il la considère et la scrute dans toutes ses dimensions : les plantes, les arbres, les insectes, les pierres, les montagnes constituent autant de champs dʼinvestigation, de sources dʼinspiration issus dʼune connaissance à la fois sensible et érudite des sciences naturelles.
Parcourant les paysages - des Hautes-Alpes et dʼailleurs - il rend compte de cet arpentage par différents moyens : une installation qui souligne la simple poésie dʼun lieu (Gàrri, clin dʼoeil au millénaire, 2000), la collecte de fragiles et significatifs éléments qui deviennent la matière de ses oeuvres (Ils regardent les collections, Musée départemental de Gap, 2005), la matérialisation de formes à partir de simples feuilles de papier pliées (Les Noctules de Lokta). Suspendus ou déposés sur le sol, ces objets sont là pour nous aider à sceller avec la nature une très ancienne alliance rompue par la rationalisation de notre rapport à elle. Dʼune absolue simplicité formelle et souvent façonnés à partir de matériaux extrêmement modestes,ils produisent un effet inversement proportionnel aux moyens déployés. Arthur Akopy pratique un art de la “litote plastique” qui donne à son petit théâtre dʼobjets de fortes inflexions poétiques.



Pierre Paliard : Les paysages d'Arthur Akopy , décembre 1997
Arthur Akopy peint, se promène, collecte des objets divers, les installe ici et là, prélève, arrange, assemble, colle ses Fragments en milieu naturel, les photographie... La modernité nous a appris de plus en plus à contextualiser les oeuvres, à faire des démarches qui y conduisent, des processus qu'elles exploitent, de leur mode de divulgation autant d'éléments constitutifs de leur sens. Au point de parfois ne plus pouvoir dissocier l'oeuvre produite de la totalité formée par l'histoire de sa génèse voire de la biographie de son auteur. Nous sommes aujourd'hui conscients de ces déplacements que les démarches conceptuelles ont largement popularisés dans les années soixante. A cette indétermination du statut de l'oeuvre s'ajoute celle du concept de paysage. Ce fut un genre pictural défini par l'objet de son étude. C'est devenu aujourd'hui une forme au contenu imprécis. Le mot connaît un succès à la mesure des problèmes qu'il suscite, il est un "maître mot de la société actuelle"(1) que l'on retrouve dans le champ de la critique d'art, dans celui de la géographie, celui de la sociologie et bien d'autres encore.

Dans le concept de paysage, c'est un peu les doutes philosophiques de notre époque qui transparaissent; le refus d'opposer le sujet (artiste ou scientifique) à l'objet (le monde), la volonté de mêler approche objective ou scientifique et approche affective ouvrant à toutes les dimensions de l'imaginaire. Nous sommes là dans un monde d'échanges généralisés et de déterminations réciproques. Pour prendre un exemple connu trouvant sa source dans l'art de la promenade (mis en place au XVIIIème siècle en Angleterre...) évoquons le marcheur silencieux qu'est Richard Long, ses collectes, ses photos dépouillées, ses textes faits simplement des noms des lieux traversés ou entrevus. Richard Long est bien dans un paysage. Mais nous avons conscience qu'il fait le paysage en marchant. Et nous connaissons en même temps les repères géographiques précis de ses courses dans la campagne anglaise (une sorte de paysage), et les gestes qu'il décide d'exécuter dans les sites qui l'inspirent (signes paysages?). Ce paysage multiple serait-il le paradigme dominant du paysage contemporain?

Pierre Sansot, dans un texte récent, voulait voir dans l'art du paysage l'expression d'une force capable de s'opposer à la réalité qui menace à tout moment de nous submerger. L'artiste est celui qui a le courage "d'opposer sa vigueur à celle du monde". Alors "il y aura encore quelque chose qui ressemble à un paysage"(2). Belle idée. Mais, nous l'avons vu, ce n'est plus dans un face à face amoureux ou dramatique que le sujet prend la mesure du réel. C'est dans un jeu de positions changeantes, d'attaques sous des angles divers en usant d'échelles d'espaces et de temps variables. Arthur Akopy en témoigne. Toute sa démarche propose une approche paysagère, un paysage invitant à un nouveau regard sur les choses. Le promeneur qu'il est, au juste, n'a jamais cessé d'être peintre et plus encore dessinateur au talent remarquable. Toutefois, nulle "vue", au sens classique du mot, nulle carte, nul territoire dans ce qu'il présente. L'artiste semble ignorer la boussole et se moquer des repères abstraits des directions cardinales. Mais attentif à chaque objet, soucieux de ses qualités sensibles, il garde le goût d'un équilibre et d'une rigueur, d'un dessin, que l'ordre des verticales et des horizontales nous redit avec insistance. Objets suspendus, objets déposés sur le sol, rectangles et carrés introduisent dans son oeuvre buissonnière une dimension d'attente sereine nourrie de la perfection des droites.


1 - Georges Bertrand, Le paysage entre la Nature et la Société, article reproduit dans La théorie du paysage en France, publié sous la direction d'Alain Roger, Champ Vallon, 1995, p. 89
2 - Pierre Sansot, L'affection paysagère, in Mort du paysage?, recueil de textes réunis sous la direction de François Dagognet. Coll. Milieux, Champ Vallon, 1982, p. 66




Texte d'Alexia Fabre, conservateur du musée départemental de Gap, 1998
Redécouvrir ce qui nous entoure, poser un autre regard sur notre environnement, c'est ce à quoi nous invite Arthur Akopy dans son exposition Chroniques d'un promeneur, au musée départemental de Gap.
Amoureux des éléments, nous partageons ses promenades dans les Hautes-Alpes où il a choisi de vivre, au gré de ses observations, dans les montagnes, le long de la Durance, à travers combes, près et forêts. Et nous le suivons au fil de ses collectes, fragments de nature qu'il réunit en un ordre réinventé, qu'il compose en assemblages fragiles et harmonieux, poétiques et impossibles.
Le travail d'Arthur Akopy prend alors son sens au musée. Il constitue en effet une collection de fragments qui sont autant de témoins des Hautes-Alpes. Cette collection répond au musée lui-même, un musée encyclopédique, dont les collections révèlent les collectionneurs et l'esprit du temps, de ce temps là, objets de la vie quotidienne du Queyras, animaux naturalisés, vestiges archéologiques.
Et c'est grâce à l'art contemporain et à cet artiste que nous poursuivons cette démarche et que nous découvrons, non pas une vaine et obsolète imitation ou recomposition de la nature, mais bien ce qui constitue son essence même, un équilibre fragile qui en est la force.



Arthur Akopy's landscapes
Arthur Akopy paints, strolls, collects various objects, installs them here or there, gathers, arranges, assembles, glues his fragments in nature, photographs them... Modernity has increasingly taught us to contextualize works, to use the methods underlying them, the processes they employ, and their form of disclosure, as different ways of assembling their meaning. At times this reaches such a point that the work produced can no longer be dissociated from the history of its making as a whole- that is, its author's biography. We are by now aware of the displacements that conceptual processes popularized during the sixties. The indeterminate nature of the work itself is complemented by the landscape's own indeterminate status. It was a pictorial genre defined by its object of study. It has now become a form whose contents lack precision. The word's success is proportional to the problems it raises. It is an "general term of current society"(1) which one finds in the field of art criticism, geography, sociology,and still others.
What surfaces in relation to the concept of landscape, are the philosophical doubts of our time; the refusal to oppose the subject (artist or scientist) to the object (the world), the will to combine a scientific or objective approach with an affectionate approach, opening onto all dimensions of the imagination. We have reached a world of generalized exchanges and reciprocating determinations. To take a known example from the art of strolling (originating in 18th century England...) let us suggest the silent walks represented by Richard Long, his collections, his sparse photos, his texts made up simply of the names of places traversed or perceived. Richard Long is well indeed in a landscape. But we are aware that he creates his landscape by walking. At the same time we know the precise geographical references of his walks in the English countryside (a kind of landscape), and the gestures he chooses to execute in the sites that inspire him (landscape signs?). Could this multiple landscape be the dominant paradigm of the contemporary landscape?
In a recent text, Pierre Sansot, wished to see the art of the landscape as the expression of a force capable of opposing itself to a reality which threatens to submerge us at each moment. The artist is he who has the courage to "oppose his own vigor to the world's". There is then "something that resembles a landscape"(2). The idea is nice, but, as we've seen, the subject no longer measures the real through amorous or dramatic duels. It's through a game of changing positions, attacks from different angles using variable times and scales of space. Arthur Akopy is a good example. All his work relies on a "landscape" approach, a landscape inciting a new vision of things. Though a hiker, he has never ceased being a painter and a draftsman of remarkable talent. All the same, no "view", in the traditional sense of the word, no map, no territory appears in what he presents. The artist seems to ignore the compass and pokes his nose at abstract reference points and cardinal directions. Attentive to each object and concerned with its sensible qualities, he nonetheless has a taste for balance and a certain rgour, as concerns a drawing, as the order of verticals and horizontals reiterates for us. In this pastoral work, objects, rectangles and squares, suspended or laid out on the ground, introduce a dimension of serene waiting nourished by the perfection of straight lines.
Pierre Paliard, Art historian, December 1997

1 - Georges Bertrand, Le paysage entre la Nature et la Société, article reproduced in La théorie du paysage en France, published under the direction of d'Alain Roger, Champ Vallon, 1995, p. 89
2 - Pierre Sansot, L'affection paysagère, in Mort du paysage?, collection of texts assembled under the supervision François Dagognet. Coll. Milieux, Champ Vallon, 1982, p. 66

Techniques et matériaux


papier / paper
encre / ink
eau / water
miroir / mirror
boite / box
bois / wood
métal / metal
sable / sand
ficelle / string
pigment / pigment
galet / pebble
Photographie
Mots Index


nature / nature
espace / space
soleil / sun
eau / water
dispersion / dispersion
champs de références


« Car en vérité l'art est dans la nature ; il est à celui qui sait l'en extraire. » Albrecht Dürer - 1471/1528 / « For in truth, art is in nature; it belongs to he who can extract it. » Albrecht Dürer - 1471/1528
repères artistiques


Les miniaturistes du X et XIème siècle / Miniaturists of the 10th and 11th centuries
Julius Bissier 4 Alberto Giacometti4 Walter de Maria
Le XXème siècle