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ARTISTES
DE A à Z


Francesco FINIZIO 

Francesco Finizio ASSURE la vivacité de votre esprit

Installé à Marseille peu après sa participation à Cosmos au Magasin de Grenoble (1995), Francesco Finizio montre dans la ville phocéenne un travail dont la reconnaissance ne peut aller qu'en s'amplifiant. Son exposition à la Galerie RLBQ, conjointe à la présentation d'une oeuvre au [MAC], confirme ainsi sa Ligne ouverte (2000) achetée par le FRAC, ses Dialogues avec la grande distribution (2001), son Centre de Tri Visuel (2002-2003, au 3bisF d'Aix), ses Transmetteur polyphonique de rêves, Pléstéchonne et Eco-Filtre audiophonique, également visibles au [MAC] en 2003. D'ascendance italienne, Francesco Finizio, vivant en France, est bien américain : né à New York en 1967, il y a fait ses études artistiques au Hunter College, là où son enseignant Robert Morris a lui-même passé ses diplômes. De tels zigzags culturels ne sont certainement pas étrangers à l'une des constantes de son travail : la mise en visibilité - en audibilité - des difficultés de transmissions ou de traduction de toute forme de langage, verbale ou visuelle. Significatifs à cet égard sont les deux posters avec lesquels l'artiste a choisi d'introduire son dernier catalogue personnel. Parodiant les propositions publicitaires censées pallier les obstacles à la réussite sociale, l'un d'eux annonce : « Vous ne trouvez pas vos mots » [?] /« J'ASSURE la vivacité de votre esprit ». Sous les phrases, des photos montrent un représentant en discours à la désinvolture télévisuelle. Grâce à une discrète oreillette, il insuffle l'aisance verbale à son « client », dont la substance semble alors comme aspirée par sa prothèse communicationnelle. Bien que Finizio ait ici recours à sa propre image à titre de démonstration, son travail ne prête jamais à une interprétation relative au moi de l'artiste. Car il pointe (entre autres) un phénomène partagé : le différentiel entre le fantasme de précision des technologies nouvelles (toujours plus de pixels, pureté d'enregistrement, perfection prothétique, etc.) et l'entremêlement infiniment chaotique des émotions, sensations et rêves qui régissent nos corps et nos paroles. Le Transmetteur polyphonique de rêves, par exemple, avec ses tapis de gym reliés par un tuyau, est une sorte de substitut primitif de nos machines électroniques conduisant des flux de messages. Mais en amenant le public à s'allonger pour être à l'écoute des sons transmis dans les conduits, sons qui se révèlent des narrations de rêves, l'oeuvre réintroduit un corps réceptif aux transmissions imparfaites mais riches d'imaginaire (passage du bruit au sens, traduction nécessairement défectueuse de l'inconscient, alanguissement du corps prêtant au fantasme).
L'inadéquation de la transmission est un des ressorts du comique, dont Finizio use avec une grande subtilité, et qu'il mêle souvent à une étrangeté de situation. C'est selon ces principes : confrontation non manichéenne entre corps et machine, défectuosités des traductions, que fonctionne l'installation vidéo présentée cet automne au [MAC], Bicameral Libidinal Voice Processor. Au centre, parasité par une pulsation stroboscopique, le savant tétraplégique Stephen Hawking tient une conférence de sa voix restituée par ordinateur. De part et d'autre, deux « vrais » sosies d'Elvis - tels des corps enregistrés, mais trop humains - s'évertuent à incarner les mots du savant reçus par oreillette, et qu'ils ne peuvent visiblement s'approprier.
N. Bourriaud affirme que les artistes intéressants aujourd'hui se réinscrivent dans la lignée des années 1970. De fait, Finizio poursuit les explorations langage/corps de Nauman, mais en développant un nouveau rapport inconscient/narrativité. A l'exposition de RLBQ, des téléphones d'urgence programmés racontent ainsi du corps absent, à la fois onirique et trash. Finizio y réinterroge aussi R. Morris, lequel ne recherchait pas le relationnel, mais la relation entre le corps et l'objet moderne muet. Quelle relation peut-on établir aujourd'hui avec la boîte minimaliste ? Celle exposée par Finizio à RLBQ suggère, au moyen d'une petite fente à pièces, qu'elle a un intérieur accumulateur : le spectateur se sent-il alors inconsciemment amené à nourrir cette boîte-tirelire, image d'une économie à sens unique, qui ne donne rien en échange ?
Sylvie Coëllier, in 02 Marseille, n° 4, automne 2005



Mon travail se nourrit majoritairement de phénomènes de société plus ou moins médiatisés, plus ou moins passionants portant sur des questions de puissance, de pouvoir, d'écologie et de communication - la santé de Yeltsine, l'avenir de la momie de Lénine, les records de vitesse, les déchets et les odeurs, la pollution sonore, etc.

La création de formes et d'espaces qui déploient des stratégies de circulation et d'hybridation, me sert comme moyen principal pour distiller ces mêmes phénomènes afin d'y extraire tout ce qu'il peut y avoir de vital, de tragique et de comique. Ici réside l'aspect cynique du travail.

Plus récemment, le travail se dirige avec une préoccupation grandissante vers la conception de lieux ou de services pour répondre a ce qu'on pourrait dénommer des pathologies post-industrielles, les paroxysmes de la sur-individualité consumériste. Ces services, comme par exemple, la ligne téléphonique qui permet aux personnes souffrantes de mémoires musicales persistantes de s'en débarrasser, ou le projet de récyclage qui engage directement les utilisateurs des aires de picnique dans le réamenagement de la nature vantent une certaine valeur médicinale ou thérapeutique. Si ceux-ci flirtent ouvertement avec des pulsions utopistes, ils le font de manière péripatétique, refusant tout programme et toute notion de loi naturelle ou d'origine perdue.

Ces services, ces lieux existent, s'intègrent momentanément dans le réel pour le fuir aussi sec, l'objectif principal étant d'éclaircir le temps d'un coup de foudre, d'autres chemins, d'autres économies, d'autres manières de faire et d'être, où l'ambivalence a aussi sa place.

Francesco Finizio, 2000


My work is nourished primarily by more or less publicized, and more or less enthralling social phenomena bearing on questions of power, ecology, and communication -Yeltsin's health, the destiny of Lenin's mummy, speed records, waste and rubbish, noise pollution, etc.
The creation of forms and spaces deploying strategies of circulation and hybridization, is my principal means of distilling these phenomena so as to extract all their vital, tragic, and comic substance. The cynical aspect of the work lies herein.
More recently, the work moves with a growing concern towards
the conception of spaces or services responding to what might be termed as post-industrial pathologies, or the paroxysms of consumerist sur-individuality. These services, such as the phone hotline allowing people to unload their persistent musical memories, or the recycling project implicating roadside picnic-area users in the refurbishing of the landscape, boast a certain therapeutic or medicinal value. While these works flirt openly with utopian urges, they do so in a peripathetic way, refusing all program and all notion of natural law or lost origin.
These services and places exist, integrate reality momentarily to abandon it just as quickly, the main objective being to shed a ray of light on alternative paths, other economies, other ways of doing and being, where ambivalence is welcome.
Francesco Finizo, 2000



Techniques et matériaux


techniques multiples
installation
mixed media
Mots Index


circulation
économie / economy
conductivité / conductivity
errance / drifting
animal
champs de références


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Friedrich Nietzsche
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Jonathan Swift
Biologie et biotechnologie
Sciences du comportement humain et animal
repères artistiques


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Gino de Dominicis
On Kawara
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Robert Morris
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