STAUTH & QUEYREL 

 

Service Carmejane, 2025
Des doléances aux assiettes

Le Service Carmejane a été conçu et réalisé comme une œuvre dont la forme relève d’un travail collectif.
Son élaboration a débuté dans le cadre d’une résidence au lycée agricole Carmejane (04). Nous avons recueilli les souhaits et les revendications d’une classe de jeunes gens qui habitent ce territoire aujourd’hui et qui projettent d’y vivre demain. À partir de leurs conditions de vie et d’apprentissage, les élèves ont rédigé, en groupe, des doléances. Ils en ont ensuite expérimenté des traductions graphiques qui nous ont servi de modèles pour la création de ces « assiettes parlantes ».
Nous avons réalisé, à partir de leurs doléances, un service d’assiettes dans l’atelier Bondil à Moustiers-Sainte-Marie, lors d’une résidence en entreprise de janvier à avril 2025. Les décorateurs de l’atelier ont également interprété une sélection de nos motifs en y apportant leur propre regard et leur savoir-faire.

Projet accompagné par voyons voir art contemporain et territoire, dans le cadre du dispositif Art et Mondes du travail du Ministère de la Culture.

 
Photographies Jean-Christophe Lett
 
Transfert du dessin à la poudre de charbon de bois (technique du poncif)
 
Peinture aux oxydes sur émail stannifère avant cuisson
 
Textes des doléances des élèves du lycée agricole Carmejane :
 
 

L’emploi du temps nous épuise
doléance de Manuelo, Théo et Faress.

Madame, Monsieur,
Je me permets de vous adresser cette doléance concernant l’organisation des cours de 8 h à 18 h. Bien que je comprenne la nécessité d’un emploi du temps dense pour couvrir l’ensemble du programme, une telle durée de cours quotidienne peut s’avérer épuisante et nuire à la concentration et à la qualité d’apprentissage.
Je sollicite donc, si possible, une révision de l’emploi du temps afin d’envisager une meilleure répartition des heures, notamment en augmentant les pauses trop courtes ou en allégeant certains blocs horaires. Cela permettrait aux étudiants de rester plus concentrés et d’aborder chaque cours dans de meilleures conditions.
Je vous remercie pour l’attention portée à cette suggestion et reste à votre disposition pour toute discussion complémentaire.

 
 
 

À la place des animaux
doléance de Théo, Mathys et Manuelo.

Nous devrions nous mettre à la place des animaux afin qu’ils nous fassent subir ce que nous leur faisons vivre en les maltraitant, c’est pourquoi il faut arrêter de se croire tout le temps au-dessus d’eux.
Il faut arrêter d’abandonner des chiens sur les routes. Il faut arrêter d’acheter des chiens alors que beaucoup de chiens n’ont pas de maison à eux.
Un animal ne doit pas être utilisé comme bouc émissaire, ou défouloir, cette action est lâche de la part du propriétaire envers son animal.
Il mérite autant d’amour et d’attention que n’importe quel autre être vivant. Il doit être traité en tant que tel, il n’est pas un humain et ne se plie pas aux mêmes règles sociétales ou biologiques.
On doit être en mesure de retrouver des propriétaires ayant enfreint la loi et pouvoir les juger à la hauteur des actes commis.
L’abandon ou la maltraitance ne sont PAS tolérables.

 
 
 

Ouvrir l’internat pour le repos
doléance de Florhiana, Romane, Enzo, Kim, Quentin et Mathys.

Il faudrait que l’internat ouvre plus tôt et qu’il ferme plus tard. Qu’il reste ouvert le mercredi après-midi pour tous. Il faudrait aussi un meilleur entretien et plus d’argent pour améliorer.
Des cartes pour les internes, pour qu’ils puissent aller à l’internat pendant leurs temps de repos.
Pour que tout le monde respecte, il faut mettre des cartes, des applis, des règles.

 
 
 

Un endroit où se défouler
doléance de Romane, Téo P. et Faress.

Avoir un endroit où l’on peut se défouler pour évacuer la pression, le stress, l’angoisse afin d’être plus calme en cours. Un endroit où l’on peut crier, rire, respirer pour tout évacuer, où les adultes ne viennent pas nous empêcher d’extérioriser afin d’être mieux mentalement et de ne pas craquer en cours.
En fait c’est avoir un coin pour nous où l’on peut vraiment tout lâcher. Comme ça on pourrait être mieux au sein de l’établissement. Cela éviterait des problèmes relationnels, que ça soit entre élèves ou élèves / professeurs.
Il nous suffirait d’avoir un coin dédié, pas spécialement dans une pièce mais un endroit dehors un peu aménagé, comme avoir une sorte de punching-ball où quelque chose où l’on peut frapper dedans et éloigné du lycée (assez proche quand même) et surtout où l’on peut se défouler sans être jugé pour évacuer le stress, la pression qu’on nous met ou l’angoisse.
Où on peut y aller pendant nos heures de libres ou par exemple pendant l’heure d’étude, les adultes savent où nous sommes, on irait par petit groupe.

 
 
 

Le coût de la vie
doléance de Sloan, Mathéïs et Thomas.

De nombreux élèves doivent gérer un budget limité pour acheter leurs repas, leurs fournitures scolaires, et d’autres produits d’hygiène. Malheureusement, l’augmentation constante des prix met dans le mal cet équilibre et engendre des sacrifices, notamment sur des éléments essentiels de notre quotidien, comme une alimentation équilibrée. Ou de nos plaisirs personnels par exemple pour les fêtes, le foie gras qui est devenu trop cher.
De plus, les frais de transport, qui représentent souvent une part importante du budget, ont eux aussi augmenté.
En tant que lycéens, nous devons parfois prendre plusieurs moyens de transport pour nous rendre à l’école et les dépenses sont donc de plus en plus importantes.

 
 
 

Ils abusent de leur autorité
doléance de Faress, Thibeaud, Florhiana, Téo G., Romane et Théo.

Certains adultes se croient tout permis, sous prétexte qu’ils sont plus vieux, de plus ils abusent de leur autorité.
Comme par exemple quand une surveillante nous dit «ta gueule» car on parle entre nous sans tellement déranger le reste du groupe.
Certains adultes nous retiennent en cours alors que ça a sonné. Ils nous crient dessus et on se prend des heures de colle mais on ne doit rien leur dire. Ils doublent à la cantine alors que nous on doit faire la queue. Qu’ils nous traitent comme des adultes, certains font des généralités. En tant qu’élèves de cet établissement nous exigeons plus de respect car quand certains élèves se font marcher dessus, insulter, nous ne devons rien dire. C’est vrai, l’inverse existe mais les professeurs, eux, peuvent se défendre, il existe plein de punitions.
Nous voulons :
- plus de respect,
- moins d’insultes de la part des surveillants et professeurs,
- plus de confiance pour certains élèves.

 
 
 

Plus de nourriture
doléance d’Éléonore, Timothée, Mathéïs et Anaïs.

Étant données les conditions de chantiers fatiguantes pour les élèves qui, revenant dudit chantier affamés, doivent faire face à des plateaux presque vides ; nous demandons une augmentation de la quantité de nourriture dans les assiettes.
Une quantité accrue serait suffisante.

 
 
 

Plus de bus
doléance de Valentine, Jade, Ewan et Gabriel.

Bus trop peu nombreux, pas assez de moyens de transport.
Nous souhaitons qu’il y ait plus de transports à des heures différentes (plus de lignes).
Payer plus les chauffeurs pour éviter qu’ils fassent des grèves.
Pour éviter que les personnes ne ratent le bus.
Bus ponctuels, à l’heure pour éviter les retards.
Le bus plus grand selon les arrêts, les heures et le nombre de personnes.
Des chauffeurs plus respectueux.

 
 
 

La connexion pour tous
doléance de Sloan, Mathéïs et Thomas.

Il n’y a pas de connexion dans les salles de classes, sauf dans une où on arrive à capter un peu, mais dans certaines parties de l’administration et de formation de l’autre côté de la route, ça marche.
Au lycée, on ne peut pas joindre nos parents et eux non plus si on a un truc important et urgent à leur dire. On a l’impression d’être en prison.
La Région nous a donné à chacun une tablette numérique pour travailler en cours mais on ne peut pas s’en servir. Elle donne de l’argent pour ça mais ils ne veulent pas installer un wifi efficace. Il y a eu des travaux devant le lycée mais depuis, on capte encore moins ! Il faudrait une antenne mais il parait qu’il n’y a pas d’argent pour ça…

 
 
 

L’homme ignore la nature
doléance de Thibeaud, Téo G., Melissa, Quentin, Hermione, Colline et Bartholomé.

L’Homme ignore la nature, pourtant essentielle à sa survie.
L’homme est dépendant de la nature. Pourquoi se croit-il supérieur à tous les êtres vivants ?
L’homme est responsable de l’avenir de la planète. Cette responsabilité devrait être prise en compte par chacun d’entre nous. Chacun à notre échelle, nous pouvons choisir d’agir en faveur de la nature et de la faune qui nous entoure. Et nous pouvons le faire de beaucoup de manières :
- Consommer plus de produits locaux,
- Eviter la surconsommation,
- Prendre en compte la biodiversité dans nos activités quotidiennes.
L’ignorance de la pollution nous affecte tous. C’est la raison pour laquelle nous devons agir ensemble afin de trouver des solutions à ce problème.
L’IGNORANCE NOUS AFFECTERA TOUS !!!

 
 
 

Égalité
doléance de Jade, Aglaïa, Chloé et Lana.

« Avoir un vagin ne fait pas de moi une catin ».
« La sexualisation des femmes et la domination masculine sont ancrées dans notre société. Trop souvent, l’image des femmes est réduite à un objet de désir, tandis que les hommes se voient attribuer un rôle de supériorité. Ces inégalités alimentent discriminations et violences. Il est urgent de déconstruire ces stéréotypes et de promouvoir une égalité réelle entre les sexes, fondée sur le respect et la justice. »
- Avoir à réfléchir chaque matin comment s’habiller par peur des conséquences dues aux hommes.
- Qu’un homme touche notre corps avec insistance, de manière inappropriée.
- Ne pas être prises au sérieux quand on a des règles douloureuses et les minimiser.
Personnellement mes expériences le plus souvent ce sont des remarques ou des préjugés que l’on donne sur les femmes du genre d’être plus féminine, de faire toujours attention à mon apparence pour plaire aux hommes, d’être pas trop vulgaire, tous ces genres de réflexions qui sortent de la bouche des hommes mais aussi des fois chez des femmes.

 
 
 

Aimer les petites bêtes
doléance d’Aglaïa, Jade, Luna, Gabriel et Baptiste.

L’importance des insectes, des arachnides, lombrics,… dans la biodiversité n’est pas toujours reconnue par l’Homme alors qu’au contraire ces animaux sont indispensables pour la biodiversité. Nous dépendons d’eux d’une façon et eux dépendent de nous, dépendent d’autres, des végétaux par exemple, qui sont leur maison, leur source de nourriture. Donc, il nous faut protéger leur habitat.
Afin de les protéger, il faut pouvoir ouvrir l’esprit des gens et leur faire comprendre que ces petites bêtes ont leur place au sein de notre vie, de l’environnement. Il faut sensibiliser l’humain, le pousser à aimer ces minuscules animaux, et donc à les laisser vivre sans les déranger, sans les haïr au point de les éliminer.
De par leurs formes étranges et considérées « dégoûtantes » qui effraient, les insectes sont généralement peu aimés et fuis alors qu’à l’inverse ils sont aussi essentiels que le sont les zèbres ou les serpents.

 
 
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