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ARTISTES
DE A à Z


 STAUTH & QUEYREL 

GLISSADES (extrait)

Avec leur puissance poétique singulière, les œuvres récentes du couple d’artistes Pascale Stauth et Claude Queyrel soulèvent une des grandes questions qui traversent l'histoire de l'esthétique : est-il pertinent de considérer l’art comme un langage ? Il serait malséant, et démesuré, de prétendre épuiser ici ce vaste sujet. Imitant en cela la façon dont CQPS travaillent, c’est-à-dire de façon suggestive et buissonnière, je proposerai plutôt quelques modestes pistes d’analyse. Puissent ces dernières se tresser de manière féconde aux travaux exposés à La Gaude et à Tourrettes-sur-Loup. Je te prie de m'excuser, lecteur, mais je vais devoir commencer par un petit détour théorique. Schématiquement, on peut opposer deux modes d’être : celui des choses et celui des signes. Les choses existent matériellement, elles ne disent rien, n’ont pas de sens ; elles ne renvoient à rien d’autre qu’elles-mêmes. Les signes n’existent, par contre, qu'à travers la relation codifiée qu’ils entretiennent avec autre chose. Par exemple, le mot est l’association conventionnelle d’un « signifiant » (la graphie ou le son : dimension matérielle) et d’un « signifié » auquel on ne peut accéder si on ignore le code. Que signifie « tukki » en wolof ? Impossible de répondre pour qui ne connaît pas cette langue. Une autre caractéristique essentielle des signes est de pouvoir se combiner entre eux : avec un nombre fini de mots, on peut créer un nombre infini de phrases. Entre le monde des choses et le monde des signes, de multiples formes intermédiaires existent : c’est le cas notamment des images et des symboles. Comme les signes, ils ne sont pas réductibles à leur présence matérielle ; mais ce à quoi ils « renvoient » n’est pas aussi clairement codifié que pour les mots. Par ailleurs, les images et les symboles ont en général une existence autonome et ne participent pas d’une structure combinatoire. Sauf dans certains cas.

Marc Rosmini, 2013, Semaine hors-série Ulysses n°07


Voir le catalogue de l'exposition À légender !
 
Chariot 2011
Polycarbonate, fer, bois et tulle
300 x 270 x 60 cm
Vue de l’exposition À légender !, Château de Tourrettes-sur-Loup, 2013
Photographie Stauth & Queyrel
 
Chariot 2011
Œillets, violettes, polycarbonate, fer, bois et tulle
300 x 270 x 60 cm
Intervention dans les rues de Tourrettes-sur-Loup, lors de la fête des violettes, 10 mars 2013
Photographie Stauth & Queyrel
 
Char et Lit 2013
Polycarbonate, estrades
Vue de l’exposition À légender !, Château de Tourrettes-sur-Loup, 2013
Photographie Stauth & Queyrel
 
Tapis 2013
Polycarbonate, polypropylène
300 x 270 x 60 cm
Vue de l’exposition À légender !, Château de Tourrettes-sur-Loup, 2013
Photographie Stauth & Queyrel
 
Gyptis et Protis 2013
Polycarbonate et polypropylène
210 x 210 x 350 cm
Vue de l’exposition À légender !, Château de Tourrettes-sur-Loup, 2013
Photographie Stauth & Queyrel
 
Gyptis 2013
Impression sur papier latex
54,5 x 200 cm
 
Protis 2013
Impression sur papier latex
54,5 x 200 cm
 

L’homme est l’être qui ne peut jamais s’empêcher de séparer en reliant et qui ne saurait relier sans séparer […] Georg Simmel, Pont et porte, 1909

À légender !

DE NOUVELLES TERRES
Ulysse, en vagabond rusé, n’a pas franchi une ligne mystérieuse qui parcourt horizontalement la Méditerranée jusqu’à son bord occidental. Ce sont quelques Phocéens qui, venus d’Orient, rompirent cette limite et se risquèrent au Nord, vers l’inconnu des rives ligures.

D’AUTRES HORIZONS
Dans ses courses dans les collines, Giono accompagné d’Homère et de Melville a abordé les « grandes solitudes ondulées comme la mer » du « haut d’une vigie », plongeant son regard dans ces étendues. Dès lors, le périmètre d’un bassin peut bien embrasser l’espace d’une odyssée et un morceau de roseau par quelques coups de couteaux bien portés, devenir le véhicule d’une épopée.

LES SÉMAPHORES
Les sémaphores, ces signes remontés à la surface des apparences, s’invitent dans le monde où Thespis avec son chariot, allait de ville en ville inventer la tragédie et amuser « les passants d’un spectacle nouveau ».

TERRA INCOGNITA
Parcourir le monde comme on lit une carte : à l’aide d’une échelle et pour seule arme, le cartouche de légende qui l’accompagne. Ainsi de Tourrettes, comme nulle part et partout ailleurs.

MODUS OPERANDI
« […] puisque les mots ne servent qu'à désigner les choses, il vaudrait mieux que chaque homme transportât sur soi toutes les choses dont il avait l'intention de parler.(…) J'ai souvent rencontré deux de ces grands esprits, qui ployaient sous leurs faix comme des colporteurs de chez nous : quand ils se croisaient dans la rue, ils déposaient leurs fardeaux, ouvraient leurs sacs et conversaient entre eux pendant une heure, puis ils remballaient le tout, s'aidaient à soulever leurs charges et prenaient congé l'un de l'autre. Pour les conversations courantes, on peut se contenter d'accessoires transportés dans les poches ou sous le bras, et, chez soi, chacun dispose évidemment du nécessaire. Dans la pièce utilisée comme parloir, tous ont à portée de la main les mille choses utiles pour alimenter ce brillant type de conversation. Ce système comporte un autre avantage important, c'est d'avoir mis au point une sorte de langage universel, à l'usage de toutes les nations civilisées, car les différents outils et instruments y sont généralement identiques, ou du moins fort semblables, de sorte que leur mode d'emploi est compris de chacun. »
Jonathan Swift, Les Voyages de Gulliver, 1726

CQPS, Juin 2012

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