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ARTISTES
DE A à Z


Serge LE SQUER 

constellation
Pas à pas, les arpenteurs 2003
Vidéo, 26 min, Beyrouth.

Diagramme du montage :
La ligne horizontale haute, ligne image.
Ligne horizontal basse, ligne son.
Ligne verticale, ligne synchronisation.

Voir des extraits vidéo :
Extrait 1 (14,1 mo)
Extrait 2 (9,7 mo)
Extrait 3 (11,5 mo)


Dans un cinéma détruit et abandonné depuis la guerre, deux arpenteurs prennent des mesures à l’aide d’un décamètre.
À l’extérieur, la ville se reconstruit en effaçant les traces visibles de la guerre et en faisant ressurgir les ruines d’un passé antique pour mieux oublier le passé récent des luttes fratricides. Bâtiments détruits, ruines archéologiques, constructions postmodernes, déchets triés et recyclés, immeubles en construction abandonnées, le passé et le présent se télescopent dans une dialectique de la construction/ruine.
La scène est à Beyrouth en 2002. S. L. S.

In a destroyed cinema abandoned since the war, two surveyors take measurements using a decameter. Outside, the city is rebuilt, erasing the traces of war and allowing the ruins of an ancient past to resurface in order to better forget the recent past of fratricidal battles. Destroyed buildings, archeological ruins, postmodern constructions, sifted and recycled detritus, buildings under construction abandoned, the past and the present interweave in a dialectic of construction and ruin. The scene takes place in Beirut in 2002.


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« Pas à pas, les arpenteurs est un film construit par strates. Il faudrait lui transposer la sentence du Voyage vertical d’Enrique Vila-Matas : « Ecrire signifie transformer la vie en passé, c’est-à-dire vieillir ». Filmer consisterait à transformer la vie en passé. Que signifierait pour une ville de vieillir ? Dans ce film se noue et se dénoue l’entrelacement de temps écoulés. L’histoire récente de la destruction de la ville et de sa reconstruction où d’impitoyables constructions postmodernes et des décors peints masquent des zones encore sinistrées. La beauté passée resurgit tour à tour mais abîmée et débordée par de nouvelles constructions qui sauront-elles redonner de l’ardeur à cette ville ? Le maniement délicat de la truelle prélevant des fragments archéologiques désaccorde le rythme rodé de tapis roulant le long desquels des mains affairées séparent les détritus. Le film est construit d’après des successions de plans contrastés. Des monticules de détritus, en début de film, suivent la vision de pavements archéologiques préservés.
Beyrouth détruite, Beyrouth en cours de reconstruction. Deux arpenteurs prennent des mesures à l’intérieur d’un cinéma regorgeant de gravats. Ils disposent d’un instrument désuet, un mètre, face à l’ampleur des dégâts et à l’énergie nécessaire au déblayement. Dans cette pénombre, les deux hommes dépassés se déplacent lentement. À l’extérieur, et en pleine lumière face à la mer, ce sont des pelleteuses et des camions qui s’activent, sur des sites grandioses de décharges. Zoom avant, tracté par le bruit des machines, la blancheur des immeubles livre le grain de la pellicule. La ville est donnée par ses immeubles éventrés ou en reconstruction et l’accumulation impressionnante de déchets triés méthodiquement. Peu d’habitants sont croisés dans la ville. Les scènes de rue sont souvent des places vides, la circulation se déroule en silence. La bande sonore est très contrastée comme la succession des plans. Elle enregistre des bruits de rue entrecoupés de silences insistants. Dès lors, les voix et les instruments des jeunes musiciens en répétition traduisent une envolée, un sautillement que ne portent pas précisément toutes les images. Nulles mieux que ces voix traduisent la vie qui reprend ses pas. »

Mo Gourmelon
Saison Vidéo, 2005, n°29