Serge LE SQUER 

C'est au départ en engageant un travail sur la ville de Lorient, que Serge Le Squer en vient à la photographie. Avec Benoît Pouvreau, historien de l'architecture de la reconstruction, il a parcouru la ville en tous sens, pour y trouver celle d'avant-guerre détruite et abandonnée, matière à nostalgie pour tous les Lorientais, alimentant ainsi, tel un remords, un regard acerbe sur la nouvelle ville, forcément laide pour la plupart de ses habitants. Leurs balades urbaines les ont amenés à percevoir dans cette mémoire amputée, tronquée la permanence de l'identité de cette ville.
Avec cette première réalisation, Serge Le Squer pose la base de ses futures recherches plastiques : travailler le réel.
Cette posture l'a amené à intervenir directement dans l'espace urbain en détournant des signalétiques : passages piétons aboutissant au centre d'un rond-point, passage-piétons s'arrêtant au milieu de la chaussée. Plus récemment, il envisage de construire une bibliothèque dans un ascenseur. Créer des accidents du sens intéresse Serge Le Squer.
Laisser des trous, des vides et provoquer des retournements. Dans sa vidéo sur le camp de Rivesaltes, Les pas perdus, il donne sa vision de l'histoire, celle de la tectonique des plaques qui fait rejoindre sur une même surface des temps différents. Cette surface, c'est celle du montage que ce soit le montage d'une vidéo ou le montage d'une exposition. Cette problématique se retrouve dans la plupart de ses travaux, le mur d'affiches fluo Éblouir-Oublier mêlant des photographies d'espaces urbains normés et des leitmotivs de la société de consommation, ou l'installation …à un jour de travail. Après la fin de… composée de 20 reprographies sur calque comportant chacune un montage de cinq photographies de presse extraites de leur contexte d'actualité ou le triptyque vidéo Et que ça tourne qui fait se confronter trois temporalités différentes. Avec Pas à pas, les arpenteurs, il a choisi de donner à la vidéo une structure trouée, à l'image des immeubles détruits ou en construction de Beyrouth, où l'histoire s'inscrit dans un dialectique de la construction/ruine. C'est en entrecroisant des points de vue sur la ville et le jeu de deux acteurs jouant des arpenteurs sur la scène d'un cinéma détruit par la guerre que Serge Le Squer nous interroge sur Beyrouth. Ce sont moins de nouveaux immeubles qui manquent à la ville que l'espace du laisser jouer d'une fiction.
Pour l'exposition Périféerique 2, il se détourne de l'idée de périphérie pour donner trois représentations d'une position : le phare, la foreuse et l'émetteur. En septembre 2005, invité à réaliser une pièce sonore à partir de la Goutte d'or, il décide de s'enfermer dans une cuisine du 20 rue Affre, allongé sur le sol, un talkie-walkie à la main, il écoute des scènes de travail entrecoupées par des silences et le grésillement des fréquences.

Serge Le Squer, octobre 2005

 

 
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