Mémo

Textes synthétiques qui présentent le travail des artistes documentés au fil des ans, les mémos accompagnent chaque mise en ligne de nouveaux dossiers. Ils sont un outil de lecture rapide permettant d'entrevoir les grands axes d'une production plastique. Outil de communication, les mémos sont également le moyen d'une approche directe d'un univers artistique.  
Ils sont regroupés ici par année d'entrée des artistes dans le fonds documentaire.


2010



Hervé PARAPONARIS
La pratique artistique d'Hervé Paraponaris est suffisamment ouverte pour qu'on ne puisse pas la cantonner à une catégorie définie. Sculpteur, photographe, peintre ou performeur… les formes dont il se saisit sont avant tout déterminées par la nature des projets qu'il mène. Quant il travaille sur l'espace public, Hervé Paraponaris devient le pilote d'un véhicule équipé d'une sono diffusant un programme radiophonique et offrant un espace de parole (en 4x120 watts) aux passants (City Space Radio - 1996/2000). Quant il s'intéresse aux limites de la production et à la faculté de provocation du geste artistique, il endosse alors le rôle de voleur et expose méthodiquement une série d'objets qu'il a dérobé (à l'institution, à l'entreprise, au particulier...). Cette collection d'objets (série Tout ce que je vous ai volé - 1993/1996), qui sera rapidement saisie par la police, deviendra une matrice ouverte de production (Further Replica - 1996/2010), donnant lieu à des œuvres dont les mesures, les formes, les modalités d'accrochages… sont déterminées par des indices préalablement définis par l'artiste et indexé sur différentes échelles (risque du vol, encombrement de l'objet…).

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Nihal MARTLI
Chacune des peintures de Nihal Martli peut se lire comme un espace scénique à l'intérieur duquel l'artiste embrasse la tradition de la peinture et la fait résonner avec avec son expérience personnelle. Ses tableaux sont les moyens de « faire exister [sa] propre histoire dans l'Histoire », de devenir le personnage d'une aventure héroïque, tragique ou banal. Les autoportraits, qu'elle peint de manière quasi exclusive (voire compulsive) rencontrent alors quelques-uns des grands thèmes de l'histoire de l'art et convoque avec un mélange de fascination et de défiance d'illustres peintres comme Eugène Delacroix, Frida Kalho ou d'autres… Tournée vers l'autobiographie plus ou moins fantasmée chaque œuvre de Nihal Martli révèle le désir d'une évasion. C'est une œuvre dévorante qui dit le lien étroit entre la nécessité de peindre et la nécessité de vivre.

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Clara PERREAUT
Toute l'œuvre de Clara Perreaut se construit sur le rapport frontal entre le monde animalier et la société contemporaine. Biche contre capot de voiture, pattes de sanglier contre cosmétique, cartouches de fusil de chasse contre romance, eau de rose contre guerre du feu… La domestication de la faune se fait parfois dans la douleur et l'artiste nous propose un regard décalé sur cette état de fait. Clara Perreaut prend le parti du glamour contre celui du réalisme trash, et ses sculptures qui révèlent l'incompatibilité d'humeur entre l'homme et son environnement sont alors le lieu d'une contradiction. Les animaux empaillés cohabitent avec les strasses, les canons de fusils de chasse revêtent des couleurs tonitruantes et les balles 22 long rifle reposent sur le velours rose d'un élégant coffret. Cette œuvre paradoxale ne prend pas le parti d'un camp contre un autre, elle ne milite finalement qu'en faveur de la poétique des formes.

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Nicolas RUBINSTEIN
Nicolas Rubinstein revendique avec un certain plaisir sa fascination pour les os. Au-delà de la qualité éminemment structurante de ceux-ci, l'artiste voit dans les fémurs, crânes et autres tibias le lieu d'un secret inaccessible qu'il convient de chercher sans répit. Alors le squelette devient l'élément central de ses œuvres, la clé de voute sur laquelle s'appuie une folle production. Si les os s'orchestrent avec une certaine virtuosité, ils ne renvoient à rien de morbide et appellent plus volontiers la boulimie que l'épuisement. Car ils se déploient et construisent des architectures monumentales (des ponts suspendus, des cathédrales de 3 mètres de haut…), ou rejouent à l'infini et avec humour le squelette d'une souris médiatique (Mickey). La liste des matériaux dont use Nicolas Rubinstein dit le plaisir de chacune de ses réalisations : résine polyester, os, bronze, crayon, ou bien rat peint.…

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2009



Pierre-Laurent Cassière
Si on peut considérer sans trop se risquer que la matière première de l'œuvre de Pierre-Laurent Cassière est constituée par le son, il faut d'emblée préciser que celui-ci est envisagé en tant qu'élément déclencheur d'une relation dynamique entre le corps (de l'artiste, du spectateur) et l'espace. Développant des dispositifs sonores spécifiques, souvent liés à un lieu (Tectophonie, Mag-Net, Voyage dans le temps...), il s'intéresse également aux postures d'écoute et aux moyens de l'audition (Vent tendu, Schizophone).
La perception est sollicitée jusque dans ses limites et souvent ses œuvres appellent une attention particulière. Parfois au contraire, elles se font la réponse violente à l'agression sonore quotidienne et deviennent alors des actions de « vandalisme acoustique » en milieu urbain (NoiZystem).
Loin de la fascination technologique, le travail de Pierre-Laurent Cassière joue avec des éléments anodins. Sa recherche plastique l'amène alors à travailler avec de la poussière (Chant de poussière) ou des objets trouvés (Harpe de fortune, Mimnemesis). Mêlant une connaissance précise des phénomènes acoustiques à un exercice ouvert de l'art (installation, vidéo, performance, instrument, photo, dessin...), Pierre-Laurent Cassière développe un langage sonore qui invite résolument chacun à l'expérience de l'écoute.

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Julien Tiberi
L'œuvre de Julien Tiberi se construit d'abord à partir d'une pratique ouverte et maitrisée du dessin qui l'autorise à s'approprier une variété non arrêtée de styles. Dessinant à la manière des caricaturistes du XIXème lors du procès Colonna auquel il assiste (Les fantômes de la défense) ; empruntant le style du dessin d'audience pour rendre compte d'un colloque d'art contemporain (Proposition de colloque) ; ou entamant une histoire du dessin américain à travers une série représentant divers points de vue du mur de Tijuana séparant le Mexique des États-Unis (l'ensemble des dessins de Again we cut back... sera ensuite télécopié à l'adresse du Dead letter office, centre du courrier perdu américain), il fait de sa maîtrise technique non pas l'objet d'une démonstration mais l'affirmation du retrait de la figure de l'auteur.
La référence graphique fait écho à la référence historique, théorique, littéraire ou scientifique et participe à l'élaboration d'une œuvre aux multiples ramifications. Souvent bâties suivant un principe d'uchronie, consistant à produire a posteriori des documents faussement historiques afin de redéfinir le sens de l'histoire et de jouer sur des fictions possibles (Le salon, Hommage à Wallace Suitcase Jefferson...), ses pièces mettent définitivement en question la notion d'origine autant que celle d'original.

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Marion Mahu
Il y a dans l'œuvre de Marion Mahu une volonté de travailler à la charnière du transitoire et du pérenne, de la ruine et du bâti, du nomadisme et de l'habitat. C'est dans cette apparente contradiction qu'elle développe une pratique du dessin, de la vidéo et de l'installation liée à la dé/construction, à l'absence et au territoire. Dans son travail, l'architecture est souvent perçue comme un environnement, le lieu de l'organisation humaine, mais aussi comme une histoire, une mémoire...
Dans sa série de dessins Dwell sur Aube, le chantier devient pour l'artiste un principe fondateur envisagé en soi comme un élément finalisé. L'habitude du work in progress s'expérimente également à travers des projets tel Fast fish (poisson amarré), consistant en la construction toujours rejouée d'une caravelle à l'aide d'éléments de mobilier (armoire, tête de lit...). Dans sa vidéo Flying Dutchman, Marion Mahu met en scène à travers l'image de synthèse, l'emprunte de la « Marie Céleste », un bateau fantôme retrouvé en mer vidé de son équipage en 1872. Le son du premier enregistrement sonore d'Edison accompagne l'emprunte discrète du navire et laisse deviner sa présence fantomatique.
C'est de l'insatiable désir de conquête des territoires dont il est question dans cette œuvre de la partance, de l'énergie parfois désastreuse qui conduit l'humain à vouloir maîtriser sans cesse son environnement.

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Emmanuel Regent
L'œuvre d'Emmanuel Régent joue sur la discrétion et l'effacement. L'artiste préfère invariablement le peu à l'excès. Ce parti pris lui permet de créer un art discret qui s'accorde au monde sans outrance. L'attente, le doute, l'apparition / disparition, le délicat, l'imperceptible sont autant de leitmotivs qui nourrissent son travail.
Ses dessins de files d'attente et de manifestations stigmatisent une pratique qui s'envisage également comme une position. La perte du temps, l'arrêt de la production, la marche collective et l'absence de slogan (non pas pour taire les révoltes mais pour dire l'infini des possibles) témoignent d'une posture distante par rapport aux règles généralisées de la productivité.
Les volumes comme les dessins affirment l'égale valeur du « projet » et de l'objet. La durée du processus, sa lenteur, est d'ailleurs souvent au cœur de l'œuvre finie (une planche d'un seul tenant qui se retourne sur elle-même, Vice et Versa ; une pierre recouverte d'une feuille d'argent, Pierre…). Ce temps du faire ou du non faire occupe une place centrale dans la démarche conceptuelle d'Emmanuel Régent. Il se mêle sans contradiction à une économie de geste, et construit une œuvre à la présence silencieuse, à peine visible, comme un sac oublié dans un espace d'exposition (J'avais oublié).

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Matthieu Montchamp
A travers une pratique exploratoire, la peinture et les dessins de Matthieu Montchamp mettent en place des espaces de curiosité. Ses toiles se font le lieu de présences familières et étranges, d'objets organiques, de paysages architecturaux, d'éléments de mobiliers hybrides… C'est un univers fantastique, inquiétant et onirique qui s'élabore dans chacune de ses œuvres, un monde dans lequel la recherche formelle semble s'allier à l'expérience des textures, des transparences, des matières de la peinture. L'espace du tableau est une zone fictionnelle à multiples entrées, un espace rugueux ou glissant sur lequel le regard chemine, dérive ou accroche.
Il y a une part infiniment sombre dans l'art de Matthieu Montchamp, comme une profondeur qui renvoie directement au fondement de la construction personnelle. « Je cherche finalement à dégager du sens, quelque chose comme une relation souterraine érotique et violente », écrit-il. Car c'est une œuvre de l'intérieur qui se livre sur la surface de ses toiles ou sous le trait de ses dessins. Matthieu Montchamp y convoque les mondes du désir insondable et les explore avec virulence.

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Susanne Strassmann
Si la production artistique de Susanne Strassmann s'est d'abord construite sur une pratique quasi sociale de la peinture (ce qu'elle nomme la peinture in situ et qui consiste à transformer le lieu de l'exposition en atelier pour communiquer à travers la création - utilisant la peinture comme un outil de travail), son intérêt pour la figure humaine se développe également à travers la photographie.
Les images de sa série Art People or Employees, prennent pour cadre les principaux événements qui marquent le calendrier du monde l'art contemporain. De Art Basel à la biennale de Venise en passant par Frieze ou la Documenta, la somme de photographies qu'elle réalise interrogent les codes propres au microcosme des professionnels de l'art.
La question des codes et de l'image donnée est au cœur de la pratique de Susanne Strassmann. Comment dans un soucis d'autopromotion évident, les usagers d'un célèbre site de rencontre se livrent-ils au regard de l'autre ? Comment les pêcheurs fiers de leur prise posent-ils devant l'objectif pour présenter le pesant objet de leur victoire ? Comment la femme-objet dénudée devient-elle le faire valoir de l'objet d'exception ? La représentation sous toute ses formes, la communication, l'ouverture vers l'autre… autant d'intérêts qui fondent cette pratique artistique ouverte.

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Sylvain Ciavaldini
Si l'art a, dans son acception commune, souvent à voir avec l'imaginaire, l'œuvre de Sylvain Ciavaldini semble dire ce lien avec une rare insistance (une conviction). C'est qu'il y a dans ce travail, qui fait du dessin et de la sculpture ses moyens d'expression privilégiés, une sorte d'émerveillement pour ce qui touche à l'inconnu et à l'irréel. Ce territoire de formes, de couleurs, de formules péremptoires et joyeuses (« Le désir est porteur d'absolu » « la réalité est irréductible »), de cris d'oiseaux (dérangés) et de digressions graphiques dessinent un monde enjoué dans lequel l'évasion et le décalage semblent être des nécessités.
C'est pourtant en s'appuyant sur le rC3el que cet univers se bâtit, en puisant dans la culture populaire, l'actualité ou les données scientifiques. Ainsi cette masse noire dont on ignore à peu près tout hormis qu'elle existe quelque part (et qu'elle constitue 90 % de l'univers) et dans laquelle Sylvain Ciavaldini voit le possible lieu d'existence des choses de l'imaginaire. Un territoire de rêves qui devient invasif et fond peu à peu sur le monde réel. Il y a de l'humour, de la dérision et de la narration dans cette œuvre vivifiante. Pourtant derrière le vernis du ludique se cachent parfois des inquiétudes, des doutes, des remises en question. Les productions de Sylvain Ciavaldini disent aussi avec légèreté les difficultés de se faire entendre et comprendre dans le brouhaha du monde contemporain.

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Sandra D. Lecoq
L'usage des techniques dites « féminines » (couture, tressage) dans le travail de Sandra D. Lecoq affirme d'emblée son intérêt pour les questions liées aux identités sexuelles. S'appuyant sur son expérience relationnelle, familiale, sociale, elle met en place un langage artistique qui puise ses formes jusque dans l'intime. On trouve dans cette œuvre, les visages familiers, le sien, celui de son fils, de son compagnon, ils côtoient les crânes, les majeurs levés et les dessins d'enfants. On y voit également le travail des amis, des artistes proches (invités à produire ensemble). Il y a le phallus omniprésent, celui majestueux et abattu sur lequel on marche (Penis Carpet), celui plus générique qui se multiplie sur fond de patchwork (Flacid Paintings). Et tout s'organise pour monter les pans d'un univers qui fait du rapport à l'autre une clé de voute.
Quand elle peint, Sandra D. Lecoq bouscule la peinture jusqu'à devenir insultante. Lettre après lettre sur la toile, les pires injures s'enchainent, la « h de guerre » ne s'enterre pas vraiment, elle explose, se lance avec rage sur des champs colorés en 2 mètres sur 2. « Female Wild Soul » retentit alors comme un slogan qui dit une attitude réfractaire à toute docilité, une position offensive qui embrasse la vie avec passion et une once de démesure. 

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Damien Berthier
Ordonner des ordures ménagères dans la rue en attendant que les services de nettoyage viennent les récupérer ou imbriquer sans les fixer un nombre incalculable de chaises pour envahir un espace, sont des pratiques aussi vaines qu'intrigantes. Ces gestes (parmi d'autres) constituent pourtant le ferment de l'œuvre de Damien Berthier. L'artiste y trouve une forme d'économie de moyen grâce à laquelle il questionne les possibilités de l'art. La modestie de l'acte de création explicite une posture qui pourrait également se définir par l'attention particulière qu'il porte à ce qui est déjà là, à ce qui constitue le quotidien.
Accumulation, agrégat, rangement, travailler à partir des objets usuels (verre, chaise, seau, ampoule...), semblent être les conditions de réalisation de cette œuvre qui déploie sa palette de photographies, vidéos, installations et sculptures. Parce que faire avec ce qui vit autour, c'est inscrire un travail artistique dans le réel. Et les objets sont alors utilisés pour ce qu'ils sont, leur usage détermine les formes, les ampoules s'allument et clignotent Eureka, les verres de vins s'emplissent de vins (blanc, rose, rouge) et s'ordonnent pour le Vernissage, ils se superposent aussi pour former de fragiles constructions. Damien Berthier n'ajoute rien au monde, en posant la question du regard plutôt que celle de l'objet, l'artiste interroge également la permanence de la production aujourd'hui.

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Judith Bartolani
Parfois Judith Bartolani sculpte comme elle dessine, avec des formes graphiques qui s'écrivent dans l'espace, des formes plates qui semblent tenir tout juste debout. D'autre fois ce sont des volumes lourds qui s'écrasent et se répandent ou contiennent. C'est que ses sculptures semblent prises par les tourbillons du souvenir. Qu'elles s'élancent ou s'assoient dans l'espace comme le passé surgit ou s'installe dans le réel.
Cette œuvre grave et sensible tente de formuler un rapport à la mort. Elle est chargée de mémoire, s'en fait le réceptacle. Elle s'intéresse alors aux chaos de l'Histoire, aux rites, aux funérailles. Elle se fait la boite de Pandore des douleurs informes qui marquent ou traversent nos vies.
Les livres s'inscrivent dans ces problématiques, ils accompagnent les sculptures ou existent indépendamment. Le recueil devient l'objet d'un recueillement, il mêle l'écriture au dessin comme pour tenter de cerner la complexité des sentiments à travers l'éventail des possibles de la représentation.

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2008



Till Roeskens
Paradoxalement, la pratique artistique de Till Roeskens s'appuie sur une approche du monde rigoureusement subjective et parfois déraisonnablement scientifique. Ses projets témoignent d'expériences, de rencontres, d'enquêtes, de voyages, qu'il restitue à travers des conférences, des vidéos, des livres, des pétitions... Le langage et le récit sont au cœur de cette œuvre, il s'agit de nommer les choses, de relayer ou de donner la parole. C'est alors la question du point de vue qui survient.
Till Roeskens s'attache à l'anodin autant qu'au politique et montre que l'un est inévitablement lié à l'autre. Il déambule alors entre le proche et le lointain, et relate ses errance et rencontres en autostop, ou se lance dans des explications hautement didactiques pour indiquer aux spectateurs « comment aller chez Krimhilde » (au départ de la gare de Strasbourg). Ces récits de déplacements sont un prétexte pour embrasser un fragment du monde, dessiner un contexte, et déambuler à nouveau dans une géographie vivante, parcellaire et infinie.

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Alfons Alt
La pratique photographique développée par Alfons Alt tient autant d'une connaissance précise et scientifique des processus de révélation que d'une certaine forme d'alchimie (avec tout le caractère magique que ce terme peut comprendre). La technique dite « résinotype » qu'il utilise, allie les principes d'apparition de la photographie à ceux de la peinture par l'utilisation de pigments qui vont plus ou moins colorer des zones rendues auparavant photosensibles. Ce procédé photographique pigmentaire (non argentique) lui permet d'envisager l'image au-delà du seul moment de la prise de vue à travers son intervention sur la préparation du support ainsi que durant le moment de la révélation elle-même.
Les œuvres d'Alfons Alt sont peuplées d'animaux, de nature, de mythologie ou de ville. Cette fascination pour le biologique et son organisation l'entraine dans une sorte d'inventaire infini, de taxinomie subjective et sensible du monde dans laquelle des termitières cohabitent avec des célèbres gestes architecturaux, ou des plantes invasives revêtent des apparences de monuments et où la « faune » new-yorkaise voisine avec celle du Pakistan. Tout ici est attrapé, comme une parcelle de vivant épinglée sur un mur.

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Anthony Duchêne
Les dessins et les sculptures d'Anthony Duchêne figurent le son sans jamais le donner à entendre. Ses pièces utilisent les codes visuels des instruments de l'émission sonore mais restent invariablement muettes. L'œuvre, s'élaborant sur cette apparente contradiction qui consiste à donner à voir un usage retenu, s'offre alors à l'interprétation. La synesthésie devient ici un moyen pour poser les jalons d'une (im)probable narration.
L'impossibilité physique d'émettre des ondes sonores dans un milieu aquatique constitue pour Anthony Duchêne le prétexte idéal pour investir cet univers et mêler au flot de l'eau le flux du son et de la désinformation. Il élabore alors un environnement fait de « liaisons sub-acoustiques » et de machines invraisemblables d'une transmission sous-marine irréelle... Jouant du leurre comme d'un argument permettant une distance ironique, il semble proposer à travers son travail une réponse amusée aux flux constants d'informations qui perfusent le monde contemporain.

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Dorota Buczkowska
Dorota Buczkowska travaille par série. Chacune d'entre-elles délimite un univers, un événement, un intérêt... et se compose d'une somme d'œuvres qui, du dessin à l'installation en passant par la vidéo, la peinture ou la photographie, vont écrire un ensemble ouvert et polymorphe. Le rapport de l'homme au paysage et à son environnement constitue la trame à partir de laquelle va s'élaborer son langage artistique. Posant un regard attentif sur cette incessante tentative de compréhension ou de maîtrise des phénomènes naturels à travers les outils de la science, elle s'approprie le vocabulaire technique (celui de la météorologie, de la cartographie...) et lui redonne une qualité picturale.
Les choses apparaissantes / disparaissantes, les états instables de la matière, les entre-deux incertains de la perception, deviennent pour Dorota Buczkowska les sujets fragiles d'une œuvre suspendue, offerte et insaisissable à la fois.

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Katharina SCHMIDT
Le signe occupe une place centrale dans le travail de Katharina Schmidt. Il est souvent issu d'emballage, de dépliant publicitaire, de mode d'emploi, ou renvoie à travers un langage formel éthéré, à des architectures (La Grande Motte...) ou des constructions publiques (les échangeurs autoroutiers...). Parfois, il se multiplie jusqu'à enrober (et déborder) l'espace, il se répète à l'infini sur du papier peint ou des rideaux... Sérigraphié, dessiné ou peint, il se déploie comme un motif sériel, élément de décor à partir duquel l'artiste interroge notre environnement.
A ce travail de « signalisation du monde » envahissante, Katharina Schmidt articule une pratique précise de peinture aquarelle et de dessin monochromes. S'attachant à poser son regard sur des architectures remarquables (Les unités d'habitation de Le Corbusier) ou plus triviales (un centre commercial de Marseille), elle met en place les moyens d'une lecture à la fois sensible et distante du réel. L'œuvre de Katharina Schmidt s'appuie sur une exacte appréhension de l'espace qui nous entoure, son geste épuré et détaillé mise d'avantage sur l'infime que sur l'effet, ainsi elle parvient à tracer avec justesse les lignes de construction du monde.

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David ANCELIN
Les rencontres qui se produisent dans les œuvres de David Ancelin ont le charme de l'inattendu et la justesse de l'évidence. C'est cette mécanique impossible qui les offre au regardeur comme autant d'objets ou d'environnements décalés. Malgré l'attention qu'il porte à la réalisation de ses pièces, l'artiste n'attache qu'un intérêt tout relatif à la majesté de la sculpture. Alliant à son savoir-faire une pratique décontractée, il met en place des œuvres élégantes qui se jouent souvent de leur propre statut. L'hybridité semble être ici le moyen d'une distance ironique.
Les œuvres de David Ancelin travaillent l'équilibre et la distorsion, et les techniques qu'il utilise (sérigraphie sur papier, sur miroir ou aluminium... , photographie, dessin...) paraissent répondre à ce désir sans cesse rejouer de mettre en question l'ordre des choses. Les éléments industrialisés (moto, flipper, motoculteur, transat...) qu'il choisit sont réinterprétés et livrent avec humour un univers à la discordance harmonique.

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Olivier BEDU
Architecte de formation, Olivier Bedu développe, à travers son travail plastique, une œuvre dont on pourrait dire qu'elle traite de notre manière de fréquenter et d'habiter notre espace au quotidien. A travers ses photomontages qui mettent en regard les architectures standardisées de différentes régions et leurs paysages, il tente une analyse formelle qui met en exergue de possibles rapprochements entre l'élément naturel et des formes d'habitats génériques.
Avec le collectif Le Cabanon Vertical, Olivier Bedu travaille sur les grands ensembles et sur la manière dont la vie s'installe et s'active dans ces constructions à l'autorité affirmée. Il s'agit de faire jaillir le vivant de ces systèmes collectifs. A l'heure des expropriations, Le Cabanon Vertical pense plus volontiers en terme de reconquête d'espace. Leurs interventions reprennent souvent le principe de la greffe, celle-ci vient parasiter les structures des constructions de béton. Ces architectures légères se posent symboliquement comme les gestes d'une ré-appropriation poétique qui va à l'encontre du standard pour s'intéresser plus précisément à l'individu.

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Émilie PEROTTO
Les œuvres d'Emilie Perotto travaillent l'agrégat, elles sont le collage imprévu d'éléments hétérogènes qui s'organisent étrangement jusqu'à affirmer avec force une présence. Sculptant, rognant, le bois industriel (les plaques d'aggloméré, de contreplaqué, de mélaminé...) elle met en place des agencements de formes abstraites auxquelles viennent s'articuler des éléments figuratifs (cendrier, souris, éléphant, masque et tuba…). Ce rapport de formes contre-nature participe à l'équilibre, sans cesse chahuté, qui constitue le corps de sa pratique. La collusion des référents répond alors à l'empilement des volumes et crée une sorte de précarité obligeant le mouvement du regard posé sur ces œuvres.
Dans sa pratique de la sculpture, Emilie Perotto réutilise ses chutes de bois, elle les réintègre afin de composer de nouveaux ensembles. A travers cette écologie, elle requalifie le creux, la perte, en fait un volume par omission qui se déploie et met en question la détermination du geste autant que celle du regard.

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Christophe BOURSAULT
À travers une production plastique protéiforme Christophe Boursault pose les bases d'un travail sans concession. Dans ses vidéos, il réinterprète et combine les langages (ses jargons), les attitudes normées (les postures, les tics) et pose un regard précis et parfois inquiétant sur les mécanismes de représentation en cours dans la société. Il s'agit pour lui d'adopter l'idiotie comme une « philosophie de la compréhension, attentive à l'expérience immédiate » (J.Y. Jouannais), il élabore ainsi un espace critique. Sa peinture et ses dessins rejouent infiniment la question de la figure, de la représentation, du masque, ils sont liés à cette expérience corporelle qui donne à ce travail sa force expressive.
Lieu d'un télescopage obsessionnel entre le langage et le corps, l'œuvre de Christophe Boursault se construit comme une chorégraphie à la violente poésie. Elle se donne à voir dans sa cohérence avec intégrité et radicalité.

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Pierre BELOUIN
À l'ère de la postmodernité, le champ de l'art est régulièrement traversé par des objets qui interrogent son espace et l'élasticité de ses limites. L'œuvre de Pierre Belouin pourrait être un de ces objets aux contours flous et à l'appréhension fuyante. Revendiquant la pratique de l'art comme moyen de collaborations, l'artiste devient le cœur d'un réseau ouvert multipliant les ramifications et le développement de projets en tout genre (du partenariat au commissariat en passant par l'édition de disques, l'organisation de concert...).
Ce qui signe d'emblée le travail de Pierre Belouin, c'est le désir affirmé de multiplier les champs plutôt que de les soustraire et d'inscrire ainsi sa pratique au sein du label Optical Sound (dont il est le créateur) dans sa production plastique. Qu'elle soit jouée ou citée (les références se rencontrent avec une certaine érudition), la musique, son actualité et son histoire, ses codes et ses croisements, y constitue donc le socle à partir duquel tout s'élabore. Se mêle alors, sur une même vibration, l'expérience sonore et la sensation visuelle.

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2007



Arnaud VASSEUX
Arnaud Vasseux travaille la fragilité comme on travaille un medium. Il ne s’agit pas de porter un discours “sur” mais de donner à expérimenter “avec”. Avec le risque, avec l’inframince, avec le temps,avec la matière qui fait corps jusqu’à se déliter. Dans son œuvre, le plâtre est non armé, livré à l’équilibre et à la pesanteur, les sculptures s’élancent avec fragilité, parfois s’effondrent et se brisent. La rupture n’est pas recherchée ni dissimulée, mais assumée comme un accident possible parmi d’autre. Ce que tente de saisir l’artiste c’est l’insaisissable, ce point de tension à partir duquel les corps deviennent instables, s’usent, cèdent ou font front. Alors les Cassables tremblent, les résines fixent le mouvement, le plastique enserre, les roches s’agglomèrent. Aux formes minimales qui composent le vocabulaire plastique d’Arnaud Vasseux répond la matière minimum qui vient les structurer, ainsi s’élabore une œuvre aux contours tracés d’essentiel.

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Pascal MARTINEZ
Qu’il s’attache aux moments anodins qui composent avec légèreté les souvenirs, ou à ceux plus précieux qui marquent une vie, Pascal Martinez se fait le témoin attentif du quotidien. A travers la vidéo, la photographie et parfois l’installation, il saisit les mouvements de la société à travers le prisme de l’individu. Ces pièces traitent souvent de l’intime d’une manière sensible et sans voyeurisme, elles s’attachent aux relations entre les personnes, aux événements sans valeur, aux codes implicites des rapports humains. Pascal Martinez nous plonge dans ces petits riens qui comptent finalement bien plus que ces larges mouvements de l’existence. Son œuvre se donne à voir comme une anthropologie par le détail, elle élabore un langage qui fait le pari de l’indiciel comme porteur d’une certaine forme d’universalité.

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Olivier MILLAGOU
Il y a indiscutablement quelque chose qui tient du life style dans l’art d’Olivier Millagou, une attitude décomplexée, comme un rapport au monde California surf. Son œuvre s’appuie sur les contre cultures initialement américaines, celles du surf ou du skate, des Marvel Comics du rock ou du cinéma indépendant… Il en a une connaissance précise. Au foisonnement de ces éléments culturels répondent une variété non arrêtée de médium : disque, installation, objet, environnement, dessin mural en punaises, peinture Tippex sur cartes postales … l’artiste multiplie les champs d’expressions et produit une œuvre globale et séduisante. Derrière cette fascination immédiate des images, Olivier Millagou donne également à voir avec subtilité les rapports de pouvoirs en jeux dans certaines « rencontres » de civilisations. Et tout alors devient noir, aussi sombre qu’un vieil album de Mötorhead.

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Wilson TROUVÉ
L’œuvre de Wilson Trouvé oscille entre la rigueur de structures minimales et l’accident du geste et des matières. Souvent composées de volumes géométriques ou de lignes simples auxquelles viennent s’ajouter des coulures, des accumulations, des dégoulinures, des glissements de matières incongrues (cire, bonbons fondus, colle thermofusible…), ces pièces se donnent à voir comme des objets baroques décadrés. Dans les dessins comme dans les peintures ou les sculptures de Wilson Trouvé des forces apparemment contraires se rencontrent en une lutte silencieuse. La stabilité y est abîmée par le geste de l’artiste qui la perverti par la matière et donne à voir les lignes continuellement faites, défaites, refaites… comme autant de fragiles structures en équilibre.

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Katia BOURDAREL
L’œuvre de Katia Bourdarel se nourrit de notre imaginaire. Elle convoque sa douceur et sa cruauté à travers l’imagerie populaire des contes et légendes. Les personnages, les éléments de décors ou autres indices de ces récits deviennent dans ses peintures, ses photographies ou ses installations des invitations à repenser le conscient et l’inconscient dans toute leur complexité d’émotion et de symbole. Ici, le plaisir, la douleur, l’érotisme, le “moi” et le “ça”… sont autant d’éléments discordants qui se mêlent et écrivent une lecture du monde réel. Car au-delà des contes, ce qui intéresse Katia Bourdarel, c’est, comme elle le dit elle-même, «l’essence des choses, la chair, la vie même».

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Julien BLAINE
Que la poésie de Julien Blaine soit qualifiée de séméiotique, d’expérimentale, de matérielle, ou de visuelle n’a finalement que peu d’importance dans l’appréhension de son abondant travail. Depuis les années soixante, l’artiste n’a de cesse d’incarner (de désosser) le langage. Par la performance, comme à travers l’édition, il s’attache à délivrer la qualité corporelle du poème. Il y a donc du physique dans cette œuvre, de la masse, de l’organique. C’est un corps chutant des escaliers de la gare Saint-Charles de Marseille (Chute-chut !) ; une langue sortie, pendante, tremblante et qui déclame (La langue n’a point d’os). La poésie de Blaine c’est le corps du mot autant que le mot du corps.
Fondateur de la revue Robho (1967), de DOC(K)S (1976)… l’artiste multiplie également les expériences éditoriales. Figure nodale d’un réseau international de poètes, il est aussi l’entremetteur de nombreux événements mettant en scène ceux qu’il nomme les ambassadeurs. Car on croit le comprendre à travers son œuvre, comme à travers sa vie, la poésie est une politique (et réciproquement) et Julien Blaine est un homme engagé.

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Alexandre GÉRARD
S’il fallait désigner la matière première de l’œuvre d’Alexandre Gérard, il faudrait alors parler d’un état de flottement de la conscience, plutôt que d’un matériau stricto sensu. Son travail s’alimente de moments d'incertitude, furtifs ou durables, face à des objets ou des situations dont l'appréhension est problématique. Ses vidéos, aux scénarios élémentaires (feindre de lâcher involontairement une plaque de verre dans une file d’attente, ou saisir le sursaut de frayeur d’une personne voyant apparaître quelqu'un alors qu'elle se croyait seule), captent ces instants de défaillance de la pensée, elles saisissent les réactions spontanées de personnes troublées dans leurs habitudes. De la même manière, avec les photographies, il traque (ou du moins, évoque) l'hésitation, l'incompréhension, plus ou moins prolongée, face à un agencement de lettres. Son travail s’attache à l’insignifiant, et à l'étrangeté de certaines situations quotidiennes. De manière décomplexée, il semble s’amuser à trouver dans l’événement perturbateur et dérisoire une certaine forme d’universalité.

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Bettina SAMSON
Ce qui frappe d’abord, dans l’œuvre de Bettina Samson, c’est l’immédiateté avec laquelle elle nous enlève au réel. Entrer dans une de ses expositions, c’est faire le choix d’une immersion totale. Ses œuvres jouent de la mise en scène, elles convoquent sur un même plateau certains éléments de l’histoire de l’art (de Mondrian à Malevitch en passant par l’art minimal…), de la littérature (du roman d’espionnage à la science fiction), du cinéma ou de la bande dessinée… A partir de cet assemblage hétéroclite, l’artiste parvient à créer un langage plastique autonome qui met le spectateur face à de possibles narrations dont il devient inévitablement l’un des acteurs. Ses pièces fonctionnent comme autant d’indices qui s’articulent les uns aux autres jusqu’à faire sens (Electrolux…).
L’atmosphère est souvent noire, les matériaux singuliers (bitume, micro-billes de verre, aimant…) et tout cela concourt à donner à son art une trajectoire paradoxale, onirique ou inquiétante.

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Élise SENYARICH
Entre un travail de dessin compulsif et une peinture obsessionnelle, l’œuvre d’Elise Senyarich rend compte d’un univers habité par l’angoisse, la joie, l’amour, les crises… Son art se pratique au quotidien, il s’écrit (notamment dans des carnets), se rature, foisonne. Et ces toiles ont la vie des personn(ag)es qu’elles décrivent, toujours mouvantes, offertes à l’intrusion des motifs qui viennent parfois les recouvrir a posteriori (car « l’idéal dans le couple » est une donnée capricieuse). A la croisée du récit autobiographique et d’un imaginaire bouillonnant, l’œuvre d’Elise Senyarich offre le regard baroque d’une artiste qui parfois « explose d’allégresse » quand elle ne se plonge pas dans de « solides études de la solitude ». En prise directe avec le monde qui l’entoure, elle l’explore comme on vit brutalement, douloureusement, passionnément.

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Geoffroy MATHIEU
Les œuvres de Geoffroy Mathieu refusent d’être indexé aux catégories formelles qu’il est d’usage de convoquer dès qu’il est question de photographie contemporaine. Regards poétiques et/ou documentaires, elles amalgament les genres ne se revendiquant pas d’un bord plutôt que d’un autre. Croisant les sujets comme autant d’intérêts personnels (le corps et son environnement, le paysage en transformation, la ville méditerranéenne), on trouve dans ses œuvres un regard sûr qui donne à voir avec maîtrise et esthétisme un rapport au monde sensible. L’épure des formes, les distances au réel signent les images de Geoffroy Mathieu du sceau de ce que l’on pourrait d’abord prendre pour de l’artificialité. Mais la dimension temporelle des projets (qui parfois durent sur plusieurs années) et l’intrusion d’accidents visuels nous rappellent pourtant qu’elles constituent des relevés sociologiques ou géographiques précis de notre environnement.

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Virginie LE TOUZE
Entre la performance, la vidéo et la photographie, Virginie Le Touze déploie son univers délicat, décalé, délicieusement suranné. Elle aime la guimauve internationale, porte des robes roses et sature sa bouche de rouge à lèvres quand elle chante (trop fort) des Hyperchansons d’A sur la scène d’un théâtre vide. La figure de l’amoureuse sillonne son œuvre, elle est parfois plus timide (Euphorbia), plus réveuse (Insomnie) et chaque fois l’artiste endosse ces rôles avec drôlerie ou émotion. L’art de Virginie Le Touze a le charme de la fausse évidence, il se donne à voir en légèreté, effaçant l’important travail de sa propre méthode. Ainsi c’est avec une certaine poésie que le Sapin de sa vidéo brille de tout éclat au rythme d’une mélodie d’Erik Satie. Un enchantement visuel allant de soi, 298 points de montages après…

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Florence Louise PETETIN
La peinture de Florence Louise Petetin est sans retenue, elle livre sans aucune complaisance son point de vue intime, parfois brutal, sur le corps, la famille, les comportements sociaux… Florence Louise Petetin fait de sa peinture une position, celle d’une femme qui prend la mesure d’un monde censément rangé, verrouillé par les règles du groupe et dont à chaque instant elle semble percevoir les failles.
La série Baisse les yeux recèle de ces tensions, 110 peintures de petits formats réalisées à partir de photographies prises lors d’un mariage. Pas de tri, les flous, les répétitions, les décadrés, sont tous bons à récupérer, ils affirment ce choix de prendre du recul, de glisser vers une abstraction plutôt que vers une narration. « Enlever son sujet à l’image » « mettre à distance le sentiment » « Voir au-delà ». Et la couleur devient une irruption, une rayure sur le vernis du monde, en même temps qu’elle engendre la forme, elle parait la déconstruire. Comme ces cosmétiques qui parfois donnent le change aux pigments de peinture, et qui chez Florence Louise Petetin offrent à voir autant qu’ils cachent.

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Maciek STEPINSKI
L’œuvre de Maciek Stepinski oscille entre la volonté de capter sans complexe la trivialité du réel et le désir d’extraire de cette réalité sa substance fictionnelle. Ses photographies parfaitement soignées écrivent un monde déserté à l’intérieur duquel les paysages tiennent lieu de décor, où les quelques hommes en uniforme s’offrent au regard comme autant de personnages / habitants. Dans la série N-113, Maciek Stepinski semble s’intéresser à la construction d’une route nationale, à l’intrusion du mécanique dans le paysage naturel, mais on s’aperçoit lentement que cette traversée n’est qu’un prétexte, et que la vérité documentaire des images n’a de valeur qu’en regard de la révélation qu’elles opèrent. La révélation qu’un monde imaginaire préexiste dans chacuns des clichés. N-113 est un assemblage, une mise en regard de plusieurs chantiers (des routes de Lorraine, d’Autriche, de la véritable N-113…) qui dessinent ensemble un univers indifférencié à l’intérieur duquel tout est là et tout s’évade.

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