|
|
| | |
 |
| L'expérience d'une pratique commune débute pour le couple Christine Bouvier / Rochdy Laribi en 1994. Ils coréalisent des oeuvres alors fortement imprégénées de leur histoire personnelle. Deux ans plus tard, ils entreprennent d'introduire des personnages / donateurs dans leurs installations : prenant comme point de départ l'univers de cet autre, ils l'invitent à évoluer dans un espace qu'ils ont aménagé pour lui. Le principe conducteur de ce travail est la tentative de repenser, à partir de l'individu, les relations sociales et l'organisation de l'espace. Ils élaborent un lexique ( donateur, situation ordinaire, espace public ) pour les actions réunies sous le titre générique de Au lieu de le faire chez soi qui présente une série de situations ordinaires décalées dans des lieux publics. Une superposition de situations aussi surprenantes que Se raser devant un supermarché ou que Laver son pull sur un marché, permet de faire surgir des moments d'intimité ou plutôt de donner à voir des gestes, répétés par chacun d'entre nous, dans son quotidien, mais que d'ordinaire nous réservons à ceux qui pénétrent notre espace domestique ( domicile ). Grâce à l'architecture transparente érigée avec le film plastique, l'espace privé s'insère ici ( s'introduit, s'immisce ) temporairement dans l'espace public. Une sorte de campement provisoire s'établit. L'intérieur et l'extérieur sont redéfinis par ce film plastique, qui délimite, relie, propose et contraint à de nouveaux cheminements, gestes, postures... et qui tour à tour protège, isole, inclut, exclut le donateur et son environnement, les passants, le lieu et ses utilisateurs ( activité qui n'est pas sans rappeler celles des arts de la rue ). Ce film plastique se déroule à partir du dos de l'un ou des deux artistes, qui comme l'araignée, tisse sa toile. L'implication corporelle des deux artistes est primordiale : cette seconde peau qu'ils étirent pour créer ce réseau, leurs corps en tension, tantôt contre-poids, tantôt poteaux ou supports, sont des membres fonctionnels de cette micro-société en pleine activité. Discrets mais occupés comme l'insecte au travail, les artistes font partie de l'événement, ils incitent et participent à une nouvelle gestuelle ( chorégraphie ). Récemment, Bouvier / Laribi ont conçu de nouveaux dispositifs : Les chambres de lecture et Les cabines de conversation. Des tentes, suspendues en vis-à-vis, proposent aux passants, aux visiteurs, des situations nouvelles, des contextes différents, pour lire ou discuter. De manière modeste, ils suggèrent d'autres moyens de communiquer. Les cabines peuvent être installées pour quelques heures ou quelques jours, en présence ou non des artistes. Pour les projets actuels, comme Mondial Off, les échanges se complexifient, on multiplie les acteurs, les modes de participation et les degrés d'implication, on augmente la durée d'activation du projet et on enrichit sa retranscription. Mondial Off propose d'aborder l'événement planétaire hypermédiatisé qu'est la Coupe du Monde, à partir de l'individu supporter, et ceci sur un mode ludique et interactif. Les artistes entretiennent avec le supporter / donateur une correspondance et lui demandent une participation très engagée. Des moments festifs, spectaculaires, sont organisés pour marquer les buts lors de faux matchs, des activités domestiques viennent se surajouter ou parasiter le jeu ( on épluche les légumes pour préparer le tajine suivant la suggestion du supporter marocain ). Au fur et à mesure de leurs performances, Bouvier / Laribi se sont constitué des panoplies, un kit ( vaisselier et nappe pour les repas ), sac à dos ( pour le Mondial off), les cabines ( de conversation ou de lecture ). Leur vocabulaire plastique traduit une volonté de légereté. Tout doit pouvoir se déployer et se replier en quelques minutes. L'occupation de l'espace est brève, à l'image du voyageur qui plante sa tente le soir et repart à l'aube. Une partie du matériel utilisé est d'ailleurs empruntée à l'équipement de randonnée et d'escalade ( baudrier, mousqueton, sac-à-dos... ). Le corps est ici autonome, élastique, agile, en mouvement ou en tension. Un corps qui évolue librement dans l'espace. Ce qui est la règle dans un camping ( se laver les dents, ou laver son pull en public ), produit un effet déroutant dans la cité. Les scénarii choisis, qui fonctionnent comme autant d'amorces de fiction ( préparatifs pour un voyage ou pour un rendez-vous amoureux ) et le dispositif visuel mis en oeuvre ( les tentes, le film plastique ) évoquent la nomadisation comme un mode de pensée. Que reste-t'il des performances, des actions, des projets ? Des photos, des vidéos, les panoplies, les produits des échanges, les legs des donateurs et des dispositifs prêts à s'animer.
décembre 1998
| |
 |
| The couple Christine Bouvier / Rochdy Laribi begin working together in 1994. They co-author works strongly marked by their personal histories. Two years later, they begin introducing characters/donors into their installations : using a specific person's world as a starting point, they invite him/her to perform in a space specially designed for him/her. The work's common thread is to attempt to re-think social relations and spatial organization, starting from the individual. They establish a vocabulary ( donor, ordinary situation, public space) for the actions grouped under the heading "Au lieu de le faire chez soi" which presents a series of ordinary actions transferred to public spaces. Superimposing such surprising situations as shaving in front of a supermarket or washing one's sweater at the market lets intimate moments and gestures we're all familiar with but normally reserve for the household to appear in public. Thanks to the transparent architecture of stretchable plastic film, private space temporarily introduces itself into public space. A makeshift campsite establishes itself. Interior and exterior are redefined by this stretchable plastic film, which delimits, binds, proposes and induces new lines of thought, gestures, postures... The film also protects, isolates, includes, excludes the donor from his/her environment, passersby, the place and its users (activity reminiscent of street theater). This stretchable plastic film unrolls off the back of one of the two artists, who weave his web like a spider. The bodily presence of the two artists is primordial :this second skin they unravel to create this network, their bodies under tension, acting as counterweights, posts, or supports, make them functional members of this micro society in full activity. Discrete but busy like insects at work, the artists are part of the event, they incite and participate in the creation of new body movements (choreography). Recently, Bouvier / Laribi conceived new devices : Reading and conversation rooms. Tents, suspended facing each other, propose new situations, new and different contexts for reading or discussing to passers-by. In a modest way they suggest other ways of communicating. The cabins can be installed for a couple of hours or days, independently of the artists' presence. In current projects like the Mondial Off, the exchanges are more complex, the actors more numerous, there are more ways of participating and more degrees of implication. An activity lasts longer and its recounting is enhanced. Mondial Off takes on the hypermediatic event of the World Cup in a playful and interactive way. The artists maintain a corespondency with the supporter/donor and ask for his/her active participation. Festive, spectacular moments are organized to score goals during the fake matches, domestic activities come complement or parasite the game (vegetables are peeled to prepare the Tajine stew according to the suggestions of a Moroccan fan). As their performances develop, Bouvier / Laribi assemble kits (tableware and tablecloth for the meal), backpacks (for the Mondial Off), the cabins (for reading or conversing). Their plastic vocabulary betrays a will for lightness. Everything must unfold and pack in minutes. The occupation of space is brief, in the image of the voyager who hitches his tent at dusk and moves on at dawn. Part of the material used is borrowed from hiking and mountain climbing ( harnesses, crabs, backpacks... ). The body here is autonomous, elastic, agile, in motion and under tension. A body moving freely in space. What constitutes the rule in camping (brushing one's teeth, or washing one's sweater in public) produces a disturbing effect in the city. The scenarios chosen, which work like so many budding fictions (preparing for a journey or a date) and the visual display for presenting the work suggest the nomadizing of a thought mode. What remains of the performances, actions, and projects ? Photos, videos, outfits, products, exchanges, the donor's bequest and devices ready for re-activation.
December 1998
| |
 |
Techniques et matériaux
|
|
structures mobiles / mobile structures réseau internet / internet network multimédia objets divers et multiples / various and miscellaneous objects | |
 |
Mots Index
|
|
expérience subversion nomadisme action urbanité commando | |
 |
champs de références
|
|
Art contextuel
Arts martiaux
Danse
Sociologie
Urbanisme
Philosophie :
Nasr Eddin Hodja (soufiste du 13ème siècle philosophe de l'absurde / Sufi from the 13th century philosophy of the absurd)
Théorie du chaos / Chaos theory
| |
 |
repères artistiques
|
|
Fluxus Ilya Kabakov Joseph Beuys Jorge Luis Borgés Esthétique relationnelle | |
|
|
|