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ARTISTES
DE A à Z


Moussa SARR 

Si Moussa Sarr utilise l'atelier comme un espace de recherche et d'expérimentation lui permettant d'agrandir son corpus de personnages animaliers, c'est également un lieu de retrait et de lâcher prise où, à travers l'interprétation d'animaux, il se laisse aller à ses délires pour, enfin, devenir un homme-animal. Dans cet espace où personne ne regarde, ni ne juge, le seul témoin reste la caméra. Il s'agit pour l'artiste d'un asile autant politique, social qu'artistique.

Chaque personnage se distingue par des traits de caractères et des mises en situations précises, qui semblent être le corollaire de leur identité, ici clairement assignée : le singe est en état de jouissance sexuelle, l'étalon parade et combat, le coq fait carillonner son chant. La question des préjugés est au coeur de la pratique de Moussa Sarr, qui fait souvent écho à l'actualité avec humour et positionne le spectateur, riant et gêné, dans une certaine zone d'inconfort.

Certains de ses plus récents personnages, abordant des problématiques ayant trait plus particulièrement au champ de l'art. Parmi ceux-là, Super Congo, un singe dont les peintures ont intégré le circuit de l'art contemporain international, ou bien encore Duckman, un canard philosophe et critique d'art.
Renouvelant ses sujets d'expérimentation, Moussa Sarr enrichi également son corpus de vidéos et de performances par la création d'un nouveau personnage nommé Narcisse, à la fois avatar et métamorphose de l'artiste. Cet avatar vient compléter son corpus de personnages (pour la plupart des animaux) et ouvrir son champ à de nouveaux modes d'actions et d'expressions artistiques, pour poursuivre ses questionnements sur le langage. Car en effet, les animaux qu'il incarne sont dotés du langage, mais s'exprime uniquement par des gestes et des onomatopées.
Ici, la particularité de Narcisse réside dans le fait qu'il parle et écrit, mais dans une langue inconnue: le Pelistic








Moussa Sarr est artiste. Scène émergente. Corse, il vit et travaille entre Paris, Dakar et Londres. Sexe masculin, nationalité française, origines diverses et variées, incarnation d'un seul (malgré lui ? ) : l'étranger.
Moussa Sarr n'a pas peur des poncifs. Il s'empare des symboles, des signes et des codes formant ceux de l'Histoire, celle des hommes, des patries et des nations : hymnes, emblèmes et drapeaux. Il conte les fantasmes tissant celles – les histoires - que l'on se raconte et que l'on se transmet dans le but héroïque de réguler nos sauvageries latentes : contes, légendes et mythes fondateurs.
Il s'en amuse, et nous grinçons.
Moussa Sarr abuse d'allégories pour mettre en scène - à travers lui - une posture « de front » au sein du champ de batailles : qu'elles soient sociales, politiques, culturelles ou artistiques, collectives ou personnelles.
Si l'entreprise paraît claire, l'artiste oeuvre pourtant entre les lignes : là où se jouent discordes et polémiques. Là où l'on se met en jeu.
Son corps, sa question identitaire soumise à l'universel et les fables alentours forment ainsi les composants d'un discours sans paroles qui s'affirme comme autant de coups de poings dans la fourmilière.
Car si l'on peut bien rire, l'heure est toujours grave...

Leïla Quillacq, octobre 2014