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ARTISTES
DE A à Z


Claire DANTZER 

Lire le texte de Jean-Christophe Arcos : Autrefois on m'appelait chaos, altérité et fusion dans l'oeuvre de Claire Dantzer






Il disait : « Je n'ai que toi, laisse moi devenir une partie de toi ». J'ai répondu : ce n'est pas possible sauf si je te mange. » Armin Meiwes (condamné en 2006)
La folie - amoureuse, enfantine, cannibale - plane autour des oeuvres de Claire Dantzer comme un murmure nous rappelant que celle-ci, à la fois douce et mortelle, n'est jamais loin.
Dans les contes inventés au bord du sommeil déjà, dans les fictions ensuite que nous tramons avec hargne pour mettre corps et sens à nos vies vacantes, parfois le fil se tend, casse et ça dérape.
Si l'univers de l'artiste est peuplé de ballons roses, caramels et chocolats, héroïnes et princes charmants, cette tarte à la crème ne tarde pas à nous exploser à la gueule. En revers : les monstres prédateurs, les entrailles animales, les icones déchues, un ciel brisé.
Après cela, restent les rires, ou les hurlements. Dans ceux que Claire met en scène, il y a là « une revendication, désespérée, d'avoir abandonné la raison ».
L'artiste développe ainsi une démarche mettant le corps et les rêves à l'épreuve, et où la douceur frôle dangereusement la douleur dans l'excès. C'est dans cette tension que ses pièces entrent en bascule. C'est dans cette déchirure, ce moment où, dans l'image, la légèreté se dérobe, où le charme vacille, où les masques tombent, que l'oeuvre agit : une désillusion du merveilleux, un écart trouble.
Sous la séduction première des surfaces, les figures familières se révèlent inquiétantes et l'oeil non averti pourrait s'y méprendre: C'est « pour mieux te manger mon enfant » quand derrière les portraits léchés se cachent les amants pervers, ogres Don Juan. C'est l'explosion du coeur d'une jeune fille en fleur, une Bunny ligotée s'étouffant dans la chantilly, un adieu à Wonder Woman. Quand les sucettes colorées se moulent autour d'ossements, le baiser, lui, vient baver à l'écran et engloutir ses spectateurs dans un long silence dérangeant.
Une partie du travail de Claire Dantzer s'attaque ainsi, non sans humour parfois, aux imageries construites autour d'une innocence présumée virant bien souvent aux dénouements foireux. Au moment précis de la chute, l'enfance et la féminité - figures rhétoriques de ce travail de sape - en prennent un coup. Déclinées dans des compositions où la séduction opère dans les brèches du beau, le rapport au matériau vivant (le langage, le maquillage, la nourriture), entraîne la métamorphose de formes prenant le risque de la perte à tous moments.
Mais il s'agit également d'un travail contextuel dressant les cartographies fantasmatiques des lieux dans lesquels ses oeuvres naissent et souvent meurent aussi. Dans la cour intérieure de l'hôtel d'Assezat à Toulouse, l'artiste s'attelle à mouler le sol en sucre aux mesures du carré de ciel la surplombant, pour une oeuvre craquelant alors sous nos pieds à la manière de plaques de glaces. « Contretemps » se nourrit des histoires hantant le lieu : croassements dans le ciel, un corbeau empalé achevé à coup de becs par ses congénères glisse le long d'une flèche meurtrière dressée aussi haut que la folie des richesses le peut, pour y dépérir. Prétention de l'homme à atteindre les cieux, et y trouver la chute. C'est l'oiseau de malheur, l'accident, le miroir brisé, les fantômes dans les caves sous le sol pavé et le puits de lumière d'où sort danser chaque nuit une famille de chauve souris.

Dans le salon d'honneur de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Marseille: un gâteau de génoise et confiture de framboise, recette de mamie disproportionnée, trône comme le symptôme monstrueux et psychosomatique de l'excès, le baroque, l'obscénité rapace portés jusqu'à l'écoeurement. Sorte de Cup cake qui, le soir d'inauguration, réveilla les pulsions primaires et boulimiques des convives en haut lieu de la retenue bourgeoise, pour y fêter sa déchéance.
Dans la friche culturelle de Pékarna en Slovénie, squat flanqué dans les ruines de l'ancienne fabrique de pain de l'armée yougoslave, l'artiste expose « Consomatum est », (tout est consommé) dernière parole du Christ sur la croix et titre d'une installation composée de bouteilles d'alcool formant une rosace : écho visuel aux chants sacrés infiltrant les murs qui entourent là un sol jonché de cadavres, comme une lithurgie punk illuminée dans la petite Autriche en maison de poupée.
Ces mêmes bouteilles forment les arabesques d' « Octopus vulgaris » : installation éphémère dans la cage d'escalier d'un immeuble reconverti en chambres d'hôtes et dont les formes tentaculaires rappellent le poulpe: symbole d'érotisme et de perversion.
La chambre, lieu de l'intime et du fantasme est investie par l'artiste dans « Chambre 02 »: des os en sucre trônent comme les reliques d'un trésors maléfique sur le lit bordé de sucre blanc sous lequel se propage une lumière appelant à d'autres paradis artificiels, et d'où se laisse percevoir une respiration abyssale, comme le rappel à nos cauchemars d'antan.
Nous sommes alors tentés d'avaler la poudre, de lécher le mur de chocolat souillé des baves d'autrui, de manger sans y prendre garde les scènes des enfers dissimulés sous une tapisserie brodée de bonbon rose, d'aller voir ce qui se cache sous le lit ou traverser le portail de caramel dégoulinant sous la pluie, et passer le pas vers un au-delà du monde... Claire Dantzer nous replonge ainsi dans les contes bien réels de nos enfances perdues comme les images à la fois délicieuses et terrifiantes d'après un trip, ou les visions troublées en état de demi-sommeil.
A travers et au-delà de son propre personnage, Claire Dantzer invoque ainsi les histoires personnelles et mythes collectifs composant les dérèglements du désir.
La bouche, elle, est souvent convoquée. Leitmotiv traversant l'ensemble de ses oeuvres, c'est le conducteur du sens de lecture. Prétexte à parler du langage, elle est « cet organe démesuré de l'être », consommateur de sens. Dans l'une de ses premières vidéos (« Espace d'exposition »), Claire donne le ton d'une supercherie dont on ne saurait être dupes : « la pratique de l'artiste où le discours sur l'art avec ses tics de langage, ses formules toutes faites se rapproche d'une certaine vacuité. » Du langage nous faisant pensé, au baiser nous faisant éros, elle est aussi ce membre consommateur de chair, signe de nos instincts les plus triviaux, là où nous demeurons animaux : déglutition, voracité, dévoration.
Au moyen du dessin, de la vidéo, de la sculpture ou de l'installation, l'artiste engage ainsi un rapport entre formes, signes et matériaux dans lequel s'opère un glissement, une dérive.
Des casseroles aux pinceaux, du crayon aux nappages ou du moule à la caméra, l'artiste convoque un certain classicisme du métier mêlé aux sens d'opérations plastiques secrètes et intuitives. La délicatesse de son travail de couches, de voiles, d'empreintes ou d'enrobages entre ainsi souvent en heurt avec le terrible, la cruauté de son avènement : brisure, fêlure, dégoulinement, disparition.
D'un geste à la fois précis et radical, elle s'empare parfois d'une fourchette (la bouche encore) pour la planter dans le mur, et s'ouvre alors une nouvelle histoire.
Celles que l'artiste nous conte en traversent d'autres, du lac des cygnes aux monolithes, des perles irrégulières – origines du baroque, aux actions performatives minimales en passant par le kitsch.
En clins d'oeil parfois cyniques et regards acerbes teintés de nostalgie, Claire Dantzer crée des failles, féériques, faisant violence au réel. Ce qu'elle met en oeuvre, avec malice, s'approche tant de farces désenchantées que de vanités, dont la fragile beauté nous attire - tel le chant des sirènes - au bord du précipice.

Leïla Quillacq, Novembre 2011.





Un incendie sucré et mortel


De quoi peut être fait un désir mêlé de crainte, un désir foudroyé ? Nous aimons, adultes, nous repaître des tourments de nos jeunes années. Et nous nous sentons prêts, dès la première incartade dans le temps, à revivre ces batailles et les échecs qui se découpent dans un ciel illuminé. Sur nos langues, à l'approche de la fête, le piège du diable se referme. Nous le savons tous, nous l'attendons, notre existence se trouve ainsi pourchassée, sujette à des tentations, de brutales envies, des frayeurs délicieuses. Le piège du diable est dévolu à l'enfance. Il s'est construit sans doute à notre insu, entre le vivant et l'inanimé. Des hordes s'agitent dans les brouillards, une ombre cherche un passage, un décor surgit. Les propositions que Claire Dantzer égrène depuis quelques années ressemblent à ces commencements. Le merveilleux s'y déploie, mais sous le voile, sombre, pousse un refus. Si l'on franchit la porte, familièrement, l'espace dans lequel on se trouve littéralement projeté peut se révéler lugubre. L'anéantissement n'est jamais loin.

La fête, celle que nous avons choisie, où s'affranchissent les lois, consume en nous l'histoire des points de vue. Avec elle nous nous délestons, croyons-nous, or nous ne prenons appui que sur des illusions. Un génie nous hante en proie à toutes les métamorphoses. Le génie (le mauvais, le fol) s'offre suave, il a pris toutes les apparences d'un mirage, il n'hésite pas à vouloir nous séduire, il y réussit avec d'autant plus de facilité que nous aimons endosser des costumes de gentil et improbable veilleur. Nous savons que tout cela est éphémère. Et doit le rester.

Car l'art est aussi une affaire de focale. Les points de vue, disions-nous, s'altèrent. Car c'est bien d'altération qu'il s'agit, de tremblements, des craquements d'un édifice ou d'un corps, d'un jeu meurtrier artiste. Et le veilleur devient la victime ou le complice. La fête de nuit aura bien lieu, quelqu'un la signe sous l'averse. Dans le feu. Les catastrophes relèvent ici du burlesque.

Je naît de son double. Comme dans un film, le spectacle est déjà commencé quand se déroule la première scène, celle qu'on appelle inaugurale, l'improbable désastre. Le ciel est couvert. La disparition des oiseaux reste un mystère. Celui à qui l'on a donné le rôle principal paraît avoir égaré des cartes. Qui dirige ? Et qui est dirigé ? Le visiteur vacille, le décor se tient au bord d'un gouffre.

Commencée selon les termes du conte, nul ne sait comment se terminera l'histoire. Un doute demeure. Hissés entre splendeur et carnage, nous sommes parcourus d'images saisissantes.

Tout semble ici voué à la destruction. L'installation réalisée en 2008 Consomatum est à partir de bouteilles d'alcool vidées et nécessairement goûtées se présentait sous la forme d'une cartographie élégante mais leur nombre entraînait inéluctablement le visiteur à penser la vie d'un monde souterrain adossé à l'ivresse d'une consommation excessive. La séduction laissait ainsi place à l'écoeurement, la fête finie récitait sa litanie désespérée.

Le mur entièrement recouvert de chocolat réalisé à Marseille se présente également comme une magnifique surface presque vivante. Surface qui appelle son envers, on peut lécher le mur, on peut même s'y frotter, s'y tacher. Surface dangereuse, le sucré appelle des formes oubliées, réveille des ombres contradictoires, je me souviens d'un film « Sweet movie » où des corps s'enlisaient dans un chocolat fondu. Le désir tout à coup fouetté de boue appelait le meurtre.

Le sucre encore, colorant coulant sous l'effet de la chaleur et déformant des objets en forme d'os. Réalisés aujourd'hui en isomalt, ces objets n'ont pas perdu de leur inquiétante séduction. La figure de l'ogre apparaît plus précise à travers la série des dessins consacrés aux tueurs en série. Pour mieux te manger mon enfant se présente comme une collection de dessins réalisés à partir de portraits diffusés dans le cadre d'affaires criminelles concernant des cas de cannibalisme. Le dessin est un mode d'appropriation permettant de redonner vie à ce qui relevait de l'archive. Il suppose un temps particulier, une rigueur, une fantaisie qu'on pourrait qualifier d'érotique, ou sensuel. L'horreur est pourtant là, tapie dans les traits délicats du visage. L'innocent, absent, réapparaît avec d'autant plus de violence qu'il avait été exclu de ce « rafraîchissement » opéré par le dessin. On touche alors une limite et C.D. prend peur : sur elle le piège du diable ébranle sa santé mentale.

Dans ce fastueux gaspillage, la folie ressemble à une intimidation. Conjurant le danger l'artiste va prendre les vêtements de cette folie et adopter des pauses extrêmes. Danse orgiastique dans la forêt, baiser blasphématoire dans une église ( la vidéo fut projetée Chapelle des Réparatrices à Pau dans le cadre d'une programmation orchestrée par l'artiste et qui s'intitulait « EAT ME »), l'effroi s'accouple à la nourriture, la bouche devient l'organe palpitant de la chair, le cri se mêle aux contorsions, le rire insupportable blesse. L'animalité envahit tout.

C'est dans ce contexte survolté que prend sens Pièce montée à Gelos. Reproduisant au centre de la ville le portail d'un haras (orgueil de la cité), C.D. réalise une sorte d' anti-monument. Elle joue en effet sur deux tableaux : la rigidité d'une structure d'acier sur laquelle se trouve déposé un sucre caramélisé. Evocation du passé, cette porte est l'expression d'un présent discutable et incertain. Le merveilleux contenu dans cette apparence d'or change au rythme des saisons, des chaleurs et des froids, des vents, le mouvement qui allait vers le rêve ne survit pas, l'apparence était trompeuse, et le rêve s'évanouit. Le mouvement, c'est sans doute cela la matière même de l'oeuvre.

L'Infini turbulent fut le titre donné par Henri Michaux à l'un de ses livres les plus troublants. Je me souviens m'y être engouffré avec délices alors qu'adolescent je quittais sans regret des années qui m'apparaissaient sans fin. Curieusement cette Pièce montée me ramène à ces années impatientes. J'aime l'idée que cette porte me soit interdite. Ouverte, elle me sépare encore plus du monde. Symbole d'une fierté animale devenue légende, elle ploie sous les chocs du monde comme si son destin était d'avoir revêtu des habits trompeurs que le temps déchirerait inévitablement. Brusquement cette porte magicienne prend les traits d'une vanité.

A l'évidence ma mémoire a bifurqué dans un trou d'air. Je me tiens là, sur une corde, compromis par la forme même de mon rêve. Tout à l'heure je pensais maintenir mon vol sans m'alourdir, désormais je ne maintiens plus mon élan, j'hésite, je plonge. L'art est parfois le lieu affirmé des incertitudes et des irrégularités. Quand nous pensons danser, il nous maintient au sol. Mais la formule est réversible. Quand nous nous voyons à jamais rivés, nous nous arrachons des terrains balisés. Tout aussi lestement. J'oubliais que la porte s'était ouverte sur un sourire. Sur une gourmandise. Une main gantée. Un bruit de départ s'impose. J'ose donc apostropher à nouveau l'enfance. L'image qui m'évoquait une chasse dangereuse désormais s'estompe. Pièce montée redevient un mirage. Cette grâce inimitable qui nous fait quitter le sang du monde se répand désormais sans heurt. Un rire l'accompagne. Dans cette irréalité, une remarque claque annonçant des départs animés. Mordillant cette agitation, un mot glisse. Un mot de trop. Chauffé à toute vitesse. Il rejoint l'humour de Claire Dantzer. Noir et coloré. Sans trêve.

Pierre Giquel
A Sweet and Lethal Fire

What can a desire mixed with fear—a desire struck down—be made of? We grown-ups like feeding on the tribulations of our youthful years. And from our very first escapade in time, we feel ready to relive those battles and the failures etched against an illuminated sky. On our tongues, when the party draws near the devil's trap closes again. We all know it, we expect it, our existence is thus hounded, subject to temptations, violent desires, and delightful frights. The devil's trap is assigned to childhood. It has probably been built unbeknownst to us, somewhere between the living and the inanimate. Hordes move about in the fog, a shadow seeks a passage, a décor looms up. The propositions that Claire Dantzer has been coming up with for several years resemble these beginnings. The marvelous is developed therein, but beneath the dark veil grows a refusal. If you walk through the door, in a familiar way, the space into which you are literally projected may turn out to be lugubrious. Annihilation is never far away.

The party—the one we have chosen, where laws are set free—consumes within us the story of viewpoints. With it we shed things, believe us, and rely on nothing more than illusions. A genie haunts us, prey to all manner of metamorphosis. The genie (the bad, the mad) off ers itself all mellow, it has taken on all the appearances of a mirage, it does not hesitate to want to seduce us, it manages to do so, and all the more easily because we like to don the costumes of some kindly and unlikely watchman. We know all this is ephemeral. And must stay that way.

For art is also a matter of focus. Viewpoints, as we were saying, become altered. Because what is involved is indeed alterations, quakes, cracks in a building or body, a murderous artistic game. And the watchman becomes the victim or accomplice. The nighttime party will indeed be held, someone is signing it in the shower. In the fire.Catastrophes, here, have to do with the burlesque.

I and self come into being from their double. As in a film, the spectacle is already under way when the first scene unfolds, the one we call the opening scene, the improbable disaster. The sky is overcast. Why the birds have vanished is still a mystery. The person who has been given the leading role seems to have mislaid the cards. Who is in charge, directing? And who is being directed? The visitor wavers, the décor is on the edge of an abyss.

Nobody knows how the story, which began on the basis of a tale, will end. A doubt lingers. Caught somewhere between splendour and courage, we are run through by arresting images.

Everything here seems doomed to destruction. The installation made in 2008, titled Consumatum est, using bottles of alcohol that had been emptied, and perforce sampled, was presented in the form of an elegant mapping, but the number of bottles inevitably involved the visitor in thoughts about the life of an underground world propped up by the intoxication of excessive consumption. Seduction thus gave way to disgust, the party, over, recited its desperate litany.

The wall completely coated in chocolate, made in Marseille, is also presented as a magnificent, almost living, surface. A surface which summons its flipside, you can lick the wall, you can even rub up against it, and be stained by it. A dangerous surface, the sweetness calls upon forgotten forms, arouses contradictory shadows, I remember a film called Sweet Movie where bodies became bogged down in melted chocolate. Desire suddenly lashed with mud called for murder.

Sugar again, a dye flowing from the eff ect of heat and distorting bone-shaped objects. Today made with isomalt, these objects have lost none of their disconcerting seductiveness. The ogre figure appears more precise through the series of drawings devoted to serial killers. Pour mieux te manger mon enfant [The Better to Eat You with My Child] is presented as a collection of drawings made from portraits issued as part of criminal cases involving cases of cannibalism. The drawing is a form of appropriation making it possible to give life back to things coming from archives. It presupposes a specific time, a rigour, a fantasy which might be described as erotic, or sensual. Horror is there, though, hidden in the face's delicate features. The absent innocent reappears all the more violently because he had been excluded from that “freshening up” carried out by the drawing. A limit is then touched and C.D. takes fright: over her, the devil's trap shakes her mental health.

In this sumptuous squandering, madness looks like an intimidation. Keeping danger at bay, the artist will take the clothing of this madness and adopts extreme pauses. An orgiastic dance in the forest, a blasphemous kiss in a church (the video was screened in the Chapelle des Réparatrices in Pau as part of a programme orchestrated by the artist, titled “EAT ME”), terror is paired with food, the mouth becomes the palpitating organ of the flesh, the scream is mixed with contortions, the unbearable laughter wounds. Animalness invades everything.

It is in this over-excited context that Pièce montée, on view in Gelos, starts to make sense. In the middle of the town, Claire Dantzer reproduces the portal of a stud farm (pride of the place), a kind of anti-monument. She actually plays on two pictures: the rigidity of a steel structure on which caramelized sugar is deposited. As an evocation of the past, this gate is the expression of an uncertain present, begging discussion. The marvelous content, in this gold appearance, changes with the seasons, with the arrival and departure of hot and cold spells, and winds, the movement heading towards the dream did not survive, the appearance was deceptive, and the dream fizzled. The very stuff of the work is probably movement.

L'Infini turbulent [Turbulent Infinity] was the title given by Henri Michaux to one of hismost disturbing books, based on his mescaline experiences. I remember plunging into it with relish when, as a teenager, I was unregretfully moving on from those years that seemed endless to me. I like the idea that this gate is out of bounds to me. By being open, it separates me even more from the world. As a symbol of an animal and now legendary pride, it bends beneath the impacts of the world, as if its fate was to have put back on deceptive clothes which time would inevitably tear. All of a sudden, this magician's gate takes on the features of a still life.

My memory has obviously taken a turning into an air hole. I stand there, on a rope, jeopardized by the very form of my dream. Just now I was thinking about staying in flight without growing heavy, henceforth I am no longer maintaining my momentum, I hesitate and dive. Art is sometimes the asserted place of uncertainties and irregularities. When we think about dancing, it keeps us on the ground. But the formula can be reversed. When we see ourselves forever riveted, we wrench ourselves from staked out terrains. Just as nimbly. I was forgetting that the gate had opened onto a smile. Onto a delicacy. A gloved hand. A noise of departure is imposed. So I dare to shout at childhood once more. The image evoked for me by a dangerous hunt is now blurred. Tiered Cake becomes an image again. This inimitable grace that makes us leave the blood of the world now spreads smoothly. A laugh accompanies it. In this unreality, an observation rings out announcing busy departures. Nibbling this restlessness, a word slips in. One word too many. Heated at full speed. It rejoins Claire Dantzer's wit. Black and colourful. Never-ending.

Pierre Giquel