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ARTISTES
DE A à Z


Hervé PARAPONARIS 

Grille cognitive
1% artistique Collège Puget

Groupe scolaire Mèlizan-Fiolle-Puget 13006 Marseille

ANNÉE 2009

COMMANDITAIRE Ville de Marseille

MAÎTRE D'ŒUVRE MARSEILLE AMENAGEMENT
Mandataire de la ville de Marseille
49, La Canebière
13232 - Marseille - Cedex 01

ŒUVRE


La grille cognitive se veut être un projet cohérent, ayant la vocation d'être appliquée à l'ensemble du groupe scolaire. Elle se décline donc aux 3 établissements qui le composent.
Le projet intervient sur le parvis à la liaison entre espace public et équipement. Les 3 propositions, véritables déclinaisons d'un même projet, sont pensées de façon autonome afin de laisser libre choix au jury et au maître d'ouvrage et ses représentants.

1-les axes de réflexions et de travail

Le programme fonctionnel propose 3 thématiques pouvant être abordées :

-le rapport à la ville et au quartier
-la transmission du savoir
-l'architecture en Méditerranée


1.1 Le rapport à la ville et au quartier

Sur la base de multiples visites et repérages dans le quartier environnant l'équipement, plusieurs points intéressants ont servi à construire des pistes de réflexions et de travail.

Tout d'abord la situation géographique du bâtiment. Situé au coeur d'un îlot formé par les rues Paradis, Breteuil, Fiolle et Escat, le bâtiment communique avec un environnement dense et passant.

Le tissu urbain dans lequel doit s'implanter la commande artistique, est en effet formé de plusieurs strates architecturales autonomes qui communiquent mal ou peu entre-elles. Beaucoup de marseillais connaissent ses rues pour les emprunter en voiture afin d'accéder à l'autoroute Est. Il y est souvent question de saturation, d'intimité contrarié, de conflit d'usage, de brouillage des perspectives, de nuisance sonore plus que d'animation.

En s'y déplaçant à pied, il est facile de noter et d'apprécier la qualité et le nombre des ouvrages de ferronnerie, garde-corps, balustrades et portails. Ces éléments peuvent représenté en partie l'identité de ce quartier et révélé ainsi son histoire. Ils participent à l'animation des façades et peuvent être repris dans leur fonction en prenant soin de de mettre à jour leurs référents esthétiques et de tenter de leur appliquer, autant que faire ce peu, d'autres intentions.


1.2 Le savoir. Transmission ou construction ?

La psychologie cognitive distingue le savoir (en fait les savoirs : savoir-faire, savoir-vivre, savoir-être) des connaissances. Les savoirs sont des données, des concepts, des procédures ou des méthodes qui existent hors de tout sujet connaissant et qui sont généralement codifiés dans des ouvrages de référence, manuels, cahiers de procédures, encyclopédies, dictionnaires.

Les connaissances, par contre, sont indissociables d'un sujet connaissant. Lorsqu'une personne intériorise un savoir en en prenant connaissance, précisément, elle transforme ce savoir en connaissance. Dans une perspective constructiviste, on dira qu'elle construit cette connaissance, qui lui appartient alors en propre car le même savoir construit par une autre personne ne sera jamais tout à fait le même.

Le savoir se distingue par divers traits d'un ensemble de connaissances en particulier par la dimension qualitative : l'acquisition d'un savoir véritable suppose un processus continu d'assimilation et d'organisation de connaissances par le sujet concerné, qui s'oppose à une simple accumulation et rétention hors de toute volonté d'application. Au niveau individuel le savoir intègre donc une valeur ajoutée en rapport avec l'expérience vécue et une multitude d'informations contextuelles.

Chaque individu organise et élabore son savoir en fonction de ses intérêts et besoins : la composante consciente et volontaire de cette élaboration s'appelle la métacognition. La plupart des "savoirs" individuels sont naturellement utiles à l'action, à sa performance, sa réussite: "Savoir, c'est pouvoir!". C'est aussi sur des mises en situation que reposent les meilleures évaluations du savoir alors que des tests basés sur la seule restitution d'informations ne garantissent pas sa qualité et par conséquent sa valeur.

Les savoirs les plus intellectuels reposent sur l'appropriation ou la création de concepts, en parallèle avec le développement des "savoirs scientifiques", de la philosophie ou de l'art. La notion de "savoir être" quant à elle, renvoie aux attitudes et aux comportements qu'un sujet met en oeuvre pour s'adapter à un milieu.


1.3 L'architecture en Méditerranée

Le programme fonctionnel demande de porter une attention particulière aux percées visuelles et aux communications en rez-de-chaussée pour contribuer à l'effort d'insertion et donner vie aux espaces extérieurs. Il sera question de réduire les impacts de l'activité comme de protéger celle-ci face aux agressions d'un trafic automobile important. L'insertion dans le site tient compte à la fois de la perspective «publique» et du repère urbain que représente l'équipement. Il est question d'échelle et de confrontation entre une destination fonctionnelle et une destination humaine.

En Méditerranée ces fonctions sont assurées par le moucharabieh ou le claustra. Élément d'architecture urbaine traditionnelle, le moucharabieh délimite les deux espaces : public et privé. De dimensions et de formes variables selon les sociétés et les époques, les moucharabiehs sont des grilles dont les aspects fonctionnels dépassent l'unique fonction esthétique qu'on leur a longtemps assigné.
Certains architectes se sont basés sur les multiples potentialités qu'offre cet art pour construire de nouveaux schémas et en imaginer les transpositions dans un contexte socio-culturel différent. Le parti architectural adopté sera ici résolument moderne en intégrant des éléments traditionnels revisités par le jeu des matériaux et des formes d'ouvertures. Les fonctions de régulation de la lumière sont alors majorées de fonctions d'animation visuelle des espaces intérieurs et extérieurs.


2- synthèse de la commande

2.1 Un diviseur commun aux 3 établissements

Il est apparu, à la lecture du programme fonctionnel, et lors de l'élaboration de ma réponse au projet, la volonté de garder en mémoire les points évoqués dans ma note d'intention et de m'attacher tout autant à leur valeur qu'à leur contexte. Il a été question de créer en transparence et de mettre en correspondance tout à la fois les lieux, les fonctions et les êtres. Pour ainsi dire, d'apparaître et de disparaître, d'être présent et de me fondre afin de répercuter et de faire résonner les attentes, les désirs, les situations et ce sur les 3 parvis, pensés comme lieu d'intervention privilégiés.

La commande s'opère, en effet, sur un groupe scolaire composé d'une école maternelle, d'une école élémentaire et d'un collège. Le 1%, pensé tout d'abord comme seul et unique aux 3 établissements, a évolué pour prendre en compte leur spécificité. Un groupe scolaire, 3 entités pédagogiques, 3 tranches d'âge, 3 rapports au monde, liés entre-eux par des passages (notamment le passage d'une tranche d'âge à une autre, d'une classe à une autre, etc').

De plus, le confinement du chantier autant que les abords réduits et la forte densité urbaine, un temps d'exécution et de livraison minimal, ne permettent pas de s'étendre mais de travailler finement, en bordure, en lisière, à la verticale, en plan. Il m'est apparu essentiel d'utiliser l'art, non pas, pour occuper mais pour définir, pour révéler, pour transmettre avec une grande générosité.

Aussi le programme de la commande du 1% artistique propose bien de questionner les espaces extérieurs autant que les transferts espace public ' établissement scolaire et de répondre sur un ensemble d'oeuvres liées entre-elles par un concept fort.


2.2 Le choix d'un objet suprématiste

Rapportée aux termes et précepts proposés, la grille s'est révélée, avec une certaine perspicacité, comme le diviseur commun aux 3 établissements et comme réponse aux termes (tous les termes) génériques évoqués ainsi qu'à la localisation proposée. Définir un objet suprématiste, c'est à dire fondée sur l'abstraction et n'employant que des formes géométriques (cf Malevitch), permet d'exprimer simplement des sensations picturales et dynamiques.

Parvis : Cette place située devant un édifice représente les mystères, qui, à l'origine, se jouaient devant les églises. Ce lieu figurait le paradis. Il peut donc être question de la grille du paradis.

Savoir : Avoir connaissance de. Être instruit, être habile dans une matière. Avoir une connaissance acquise par l'étude, par l'expérience. Ici peut être évoquée la grille de la connaissance. C'est à dire les systèmes cognitifs qui mettent en oeuvre les méthodes les mieux adaptés afin d'exploiter au mieux les acquis.

Rapport : Relation entre les choses. Par exemple les relations entre intérieur/extérieur, public et privé, plein et vide. Mais aussi la grille des rapports, celle qui évalue, gradue, constate.

Transmission : Action de transmettre un mouvement, la communication d'un mouvement, d'une force, d'un corps à un autre au travers de. Soit la grille, ou les grilles de transmission. Celles qui codent et décodent les informations, pour les transférer mieux ou plus rapidement.

Transparence : Propriété d'un corps qui laisse passer la lumière ou la chaleur. Il s'oppose à réflexion. La grille dans sa présence "entre-deux" permet d'évaluer de la transparence relative de la lumière au même titre qu'une mire (de mise au point par exemple) qui décompose les éléments pour les analyser et les transmettre. Il en va de même pour le son (transparence du son dans les phénomènes acoustiques utilisés notamment pour en étudier la réduction.) La transparence étant ce qui permet d'être intelligible, compréhensible, clair.

Comment et sur quelle base attribuer une identité à chacune des entités pédagogiques?


2.3 La perception du monde chez l'enfant et l'adolescent : 3 représentations

La grille représente aux yeux d'un enfant ou d'un adolescent le lieu, le jardin, l'école, le collège. C'est là qu'il se regroupe avant l'entrée ou la sortie de l'établissement. C'est là qu'il y attend ses proches, ami(e), famille, accompagnant. La grille représente tout autant la défense que la localisation d'un territoire ou encore la protection : protection d'un établissement, protection de soi, protection des savoirs et de la connaissance.

La grille cognitive est la grille de représentation du monde (des mondes) et de son évolution aux différents âges et étapes du développement de l'enfant, de son passage de l'enfance à l'adolescence.

Le développement psychologique de l'enfant est divisé en plusieurs stades. Chaque individu est obligé de passer par ces 4 stades puisque chacun conditionne le suivant. C'est un passage obligé (comme la grille et le portail).

Ces différents moments du développement sont :
-le stade de l'intelligence sensori-motrice (de la naissance à 2 ans)
-le stade de l'intelligence pré-opératoire (de 2 à 6 ans)
-le stade des opérations concrètes ou de l'intelligence opératoire (de 6 à 10 ans)
-le stade des opérations formelles (de 10 à 16 ans)

Les 3 derniers moments nous intéressent ici. Ils regroupent les classes d'âge des enfants et des adolescents des 3 établissements : maternelle, élémentaire et collège.

Il est donc question d'attribuer à chacune des 3 entités pédagogiques, un dessin de grille spécifique et ce, au regard des usages et des usagers (leur âge, leur faculté, leur rapport au monde). Chacun des dessins conjuguent avec la localisation, l'orientation et l'ouverture de ces entités au quartier, à la ville. Le projet propose, ainsi, d'accompagner un enfant scolarisé de la maternelle à la 3eme et d'aider à son apprentissage par la compréhension de ses structures cognitives.


3- Le projet : Une grille par tranche d'âge

3.1. La maternelle - Le stade de l'intelligence pré-opératoire

Caractéristiques techniques :
Localisation : Parvis de l'Ecole Maternelle Fiolle 1, Marseille
Dimensions, L x H x P (en mm) : 12800 x 2000 x 50
Matériaux : Tube acier 50 x 50mm, plaque acier S235 10mm (NF EN 10219) et ouvrant Metalux
Technique de fabrication : découpe laser et soudure
Finition : Apprêt antirouille et peinture époxy noire (RAL 9005) en 3 couches

3.1.1. Analyse :
Au début de cette période, l'enfant assure la maîtrise des notions d'espace et de temps et commence a apprécier des fonctions symboliques. Ces objets bien que généralement acquis lors du stade précédent sont alors plus assurés. La permanence de l'objet est aussi totalement acquise car l'enfant peut se représenter l'existence d'un objet présent ou pas. Cette période est surtout marquée par diverses acquisitions. En premier lieu l'enfant développe fortement ses capacités langagières. Il est capable peu à peu de dialoguer. C'est aussi durant cette période que se forme la notion de quantité.

La maternelle c'est le moment du scribouillage, celui de la maîtrise de l'outil, celui de l'écriture ou en tout cas de la trace réalisée à la main avec l'outil et sur un support plan. Cet étape est fondamentale et, même si elle ne représente, comme dans sa définition, qu'une médiocre écriture, elle n'en est pas moins synonyme d'un intérêt certain. Elle est ancrée dans le présent (dans l'espace du présent) et prépare l'avenir (demain je serais grand, pompier, vétérinaire, ...)

3. 1.2. Intention
L'oeuvre proposée pour la maternelle prend donc comme modèle le scribouillage un geste libre pouvant sortir de son cadre, un geste continu voulant embrasser la totalité du support proposé, ici, le cadre respecté du portail d'entrée. L'oeuvre est visible de part et d'autre du parvis et agit donc sur différents points de vue par la disposition et la taille des ouvertures, leurs orientations. Elle propose des contre-jours et donc des ombres portées différents lors de l'entrée dans l'établissement au matin et lors de sa sortie en fin d'après midi.

Il s'agit d'un ouvrage original de serrurerie composé de panneaux d'acier corten de 10mm d'épaisseur découpés au laser et montés sur une structure de tube acier de section 50 x 50 mm apprêtée antirouille et laquée noir. Tous les angles de coupe sont chanfreinés afin de ne présenter aucune surface coupante. Le choix d'un dessin résolument contemporain dans le contexte urbain de ce quartier est en adéquation avec la volonté de l'architecte exprimée dans sa note et coïncide avec l'objectif de renouvellement urbain établi dans le programme. L'oeuvre compose sur près de 13 mètres linéaires et 2 mètres de hauteur avec les éléments architecturaux. Elle en est, elle-même, un des éléments puisqu'inscrite dans le registre des ouvrages d'art du bâtiment et de la construction. Les ouvrants comme la composition de base de la serrurerie sont respectés et inchangés.

Elle se découvre pleinement au fond de l'impasse Laurana et est perceptible dès la rue Jean Fiolle. Sa localisation défie l'impression de cul-de-sac (fond d'impasse) en proposant une vibration visuelle forte couplée aux effets de contre-jour. Elle propose ainsi un arrière plan possible, une ouverture, un au-delà, qu'un simple barreaudage rigide et vertical ne pourrait que contrarier. L'oeuvre est attirante, elle est chargée de l'espoir et de l'attente qu'un enfant est en droit d'exiger. Elle participe à l'affirmation et à la qualification de l'institution scolaire dans le tissu urbain et en accentue le repérage autant qu'elle en distingue les flux.

3.2. L'élémentaire - Le stade des opérations concrètes

Caractéristiques techniques :
Localisation : Parvis de l'Ecole Elémentaire Fiolle, Marseille
Dimensions, L x H x P (en mm) : 3 panneaux (8600 x 2000 x 50), (6000 x 2000 x 50), (9000 x 2000 x 50)
Matériaux : Tube acier 50 x 50mm (NF EN 10219) et ouvrant Metalux
Technique de fabrication : Barreaudage
Finition : Apprêt antirouille et peinture époxy noire (RAL 9005) en 3 couches

Analyse : Pendant cette période, l'enfant construit une structure intellectuelle lui permettant de manipuler des opérations mentales de façon logique. Néanmoins, cette intelligence, dite opératoire, reste dépendante de la présence dans le champ de la perception des éléments sur lesquels porte la réflexion. Elle est marquée par la réversibilité de toute opération.L'élémentaire c'est le moment de la prise en compte des éléments, de leur inscription dans le langage, de leur première transformation et leur positionnement dans l'espace (dessus/dessous, dedans/dehors, endroit/envers, gauche/droite).

Intention :L'oeuvre proposée pour l'élémentaire se réfèrent aux éléments. Non pas les éléments de la nature mais ceux des codes, pour ainsi dire du langage. Ces éléments sont des formes simples opposées deux à deux. La chose et son contraire ; l'horizontale et la verticale, l'oblique à gauche et l'oblique à droite. Ces éléments permettent une composition simple mais d'une grande rigueur géométrique dans l'exécution.
Il s'agit d'un ouvrage original de serrurerie composé de motifs de barreaudage montés sur une structure de tube acier de section 50 x 50 mm apprêtée antirouille et laquée noir. Le choix d'un dessin résolument contemporain dans le contexte urbain de ce quartier est en adéquation avec la volonté de l'architecte exprimée dans sa note et coïncide avec l'objectif de renouvellement urbain établi dans le programme.
Elle compose sur près de 24 mètres linéaires et 2 mètres de hauteur avec les éléments architecturaux. Elle en est, elle-même, un des éléments puisqu'inscrite dans le registre des ouvrages d'art du bâtiment et de la construction. Les ouvrants comme la composition de base de la serrurerie sont respectés et inchangés.L'oeuvre n'est pas directement visible de la rue Jean Fiolle et propose ainsi un effet de surprise. Composée sur une trame de plan en U, comprenant à la fois l'école élémentaire, l'entrée et le corridor d'accès du parking, elle participe pleinement à la sensation de patio intérieur bien lisible sur le plan réactualisé de l'agence d'architecture. Elle en accentue la distinction des flux en se jouant de sa différence (avec l'entrée du gymnase par exemple). La superposition de plans crée par le patio, propose ainsi des effets de trames suivant la hauteur et la vitesse de déplacement de l'utilisateur. L'oeuvre, ainsi localisée, laisse entrevoir les seconds plans qui viennent en remplir et en animer les interstices (la couleur portée par un enfant par exemple). Elle accueille et protège les 3 arbres de Judée avec lesquels elle cohabite et en sublime les différences de matière, de dessin et de texture.


3.3. Le collège - Le stade de l'intelligence formelle

Caractéristiques techniques
Localisation : Parvis du Collège Pierre-Puget, Marseille
Dimensions, L x H x P (en mm) : L x H x P (en mm) : (16800 x 2600 x 50)
Matériaux : Tube acier 50x50mm (NF EN 10219), panneau serrurier (NF EN 294) (Maille 100x100, 50x50, 40x40, 25x25), système coulissant et ouvrant Metalux
Technique de fabrication : Découpe laser et cerclage
Finition : apprêt antirouille et peinture époxy noire (RAL 9005) en 3 couches

Analyse : Cette période est celle de l'adolescence. À partir de 11 ans et jusqu'à 16 ans, l'individu va mettre en place les schèmes définitifs qu'il utilisera tout au long de sa vie. Alors que l'enfant, jusqu'alors, ne pouvait raisonner que sur du concret, l'adolescent peut maintenant établir des hypothèses détachées du monde sensible. L'accès à la logique formelle est la dernière étape d'un processus qui débute dès la naissance.

Comme toute étape, elle est le fruit d'une succession d'adaptation au réel. Vers l'âge de 11 ans l'enfant ne peut plus se contenter d'une logique concrète, il commence à ressentir le besoin d'établir des hypothèses, des raisonnements hypothético-déductif pour mieux appréhender le monde (du type : si...alors). Durant les cinq ans que dure ce stade, les schèmes logiques vont se mettre en place et s'affirmer jusqu'à ce qu'ils soient totalement opérationnels vers l'âge de 16 ans. Jusqu'à l'adolescence, le possible est une forme du réel. Au stade de l'intelligence formelle, c'est le réel qui est une forme du possible. Cela signifie que pour l'enfant la base est le réel et qu'il échafaude des hypothèses à partir de celui-ci. Par la suite il sera capable d'imaginer des théories décontextualisées pour les appliquer au monde sensible.

Le collège c'est donc le moment des hypothèses du réel. Le moment des superpositions (et souvent des conflits) entre les différentes strates du réél. Ces strates sont pensées comme différentes trames de compréhension et d'appropriation. Ces superpositions dessinent des intersections, des moirages, des effets de plan, c'est le début de l'appréciation de la perspective.

Intention : L'oeuvre proposée pour le collège se réfère à la perspective pris au sens de la multiplication et de l'ordonnance de plans. Ces plans sont matérialisés par des cerclages de plusieurs diamètres (le monde, la famille, les amis, les autres). Ces motifs sont réalisés à partir de barre d'acier plat de section 30/10mm cintrée à froid et de panneaux serrurier de maille différente. Ils se superposent et s'orientent comme autant de composantes du réel. Ils s'amalgament et créent ainsi des intersections, des moirages, de nouveaux motifs, de nouveaux sens.

Il s'agit d'un ouvrage original de serrurerie apprêtée antirouille et laquée noir. Le choix d'un dessin résolument contemporain dans le contexte urbain de ce quartier est en adéquation avec la volonté de l'architecte exprimée dans sa note et coïncide avec l'objectif de renouvellement urbain établi dans le programme. Elle compose sur près de 17 mètres linéaires et 2,60 mètres de hauteur avec les éléments architecturaux. Elle en est, elle-même, un des éléments puisqu'inscrite dans le registre des ouvrages d'art du bâtiment et de la construction. Les ouvrants comme la composition de base de la serrurerie sont respectés et inchangés.

L'oeuvre est directement visible de la rue du Docteur Escat en retrait de l'alignement à la voie. Elle propose ainsi une double lecture. Une première, perceptible par les automobilistes et les passants, rend compte des effets stroboscopiques créé par le maillage confronté à la vitesse du trafic. Une seconde, appréciable dès le parvis, et ce, de part et d'autre du portail, propose un monde, un environnement calme dans lequel il est facile de se projeter. Les effets de moirage sont doublement perceptible. Par la transparence ; suivant la maille, l'arrière plan se découvre pleinement ou en séquence. Par la lumière ; le moirage transforme l'ombre portée en autant de riches séquences graphique. Ces séquences évoluent tout au long de la journée. La composition de l'ouvrage, proche d'une structure en nid d'abeille, a vocation de tamponner et filtrer les nuisances visuelles et sonores de la rue.