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ARTISTES
DE A à Z


Sandrine RAQUIN 

Le travail de Sandrine Raquin ressemble, pris globalement, à une petite usine de statistique, qui sortirait régulièrement des rapports sur le monde, cherchant des relations ou du sens dans les plis les plus surprenants du quotidien.

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(...) L'humour et la légèreté de votre approche sont implicites. Comment s'expriment-ils formellement ?
Par le décalage entre la rigidité de la forme et la subjectivité du fond, il se crée dans la plupart de mes dessins et installations une certaine forme d'humour qui, je crois, se trouve accentuée par l'idée de "bien fait" qui s'en dégage a priori. La véracité de l'imagerie scientifique passe par son aspect propre et net. Elle aspire à la perfection de la réalisation pour servir sa crédibilité. Pour fonctionner au mieux, mon travail doit passer par cet attachement formel qui lui donnera la confiance a priori de celui qui regarde. L'humour est révélé ensuite par l'absurdité qu'il peut y avoir à se pencher scientifiquement sur les rapports entre des choses telles que la qualité du café et celle du travail de la journée, impliquant en toile de fond une tentative vouée à l'échec de déterminer une éventuelle corrélation entre les deux ou une sorte de relation de cause à effet. Une forme d'humour peut se détacher, il me semble, d'une prise de conscience lucide du monde, d'un regard incisif porté sur le rapport à l'autre. L'installation Il y a des gens heureux se place sur ce registre, un cylindre coloré met ironiquement l'accent sur les différentes façons sous-jacentes et implicites d'être heureux en amour: par dépit, par lassitude, par habitude, par hasard, par miracle, par inadvertance ou par conviction. Ces observations ne laissent évidemment pas la place à une quelconque forme de bonheur pur et éthéré, mais évoquent sans transiger l'abîme qui existe entre nos aspirations et les choix insatisfaisants que nous offre le monde.
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Vous parlez souvent de doute, mais comment faire un travail aussi normatif et évoquer dans le même temps une politique du doute?
Le doute est un sentiment qui me court-circuite en permanence, presque tout est toujours à mettre en doute. Comment pourrait-on ne pas douter aujourd'hui ? Dans un monde où tout ce à quoi nous avons accès (ou presque) est filtré à travers la norme, formaté au plus près de notre intérêt déterminé par la toute puissance communicationnelle, comment pourrais-je faire le travail que je fais sans la valeur de recul du doute. Et surtout, quel en serait l'intérêt ? Ma façon d'utiliser la statistique est de la mettre à l'épreuve du quotidien, du futile, de l'irrationnel, du non quantifiable et, par là, mettre en doute son impact et son caractère indiscutable. La mise en exergue du côté paradoxal du monde et de nos comportements dans mon travail se met en place par le décalage entre la véracité que l'on a tendance à accorder a priori à l'élément chiffré et scientifique, à sa valeur d'information objective qui tend à exclure le doute, et la réelle facilité à le manipuler, le détourner, le subjectiviser. A partir de là, l'aspect normatif de mes dessins et installations ne vaut que pour ce qu'il est, c'est-à-dire un compromis formel que le doute peut aisément atteindre.
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Extraits d'un entretien avec Éric Mangion, avril 2000
In its entirety, Sandrine Raquin's work resembles a small factory of statistics, regularly putting out reports on the world, seeking out relations or meanings in the most surprising folds of the day to day.

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(...) Humor and lightness are implicit to your approach. How do they express themselves formally ?
The discrepancy between the rigidity of the form and the subjectivity of the contents endows most of my drawings and installations with a certain form of humor, which I think is accentuated by the "well-made" quality emanating from it. The veracity of scientific imagery is accounted for by its clean, crisp aspect. It aspires to perfection in its execution to enhance its credibility. To work at its best, my work must integrate this formal attachment to gain the trust of the person looking at it from the start. The humor is revealed afterwards by the absurdity coming from the scientific examination of the links between such things as a cup of coffee and a day's work,
and the ensuing inevitable failure to establish an eventual correlation between the two or something like a cause-and-effect relation.
It seems to me that a form of humor can arise from a lucid awareness of the world, a biting look at the relation to the other. The installation Il y a des gens heureux (Some people are happy) works on this level. A colored cylinder ironically highlights the various underlying or implicit ways of being happy in love : out of vexation, weariness or habit, miraculously, inadvertently or through conviction. These observations obviously leave no room for any form of pure and ethereal happiness whatsoever, but uncompromisingly suggest the gap that exists between our aspirations and the unsatisfying choices the world has to offer.
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You often mention doubt, but how is it possible to make such normative work and at the same suggest a politics of doubt ?
Doubt is a feeling that short-circuits me constantly. Almost everything can be doubted. How could one not doubt today ? In a world where (almost) everything we have access to is filtered through the norm and formated to correspond in the closest possible manner to our interests as determined by almighty communication, how could I make the work I make without the invaluable distance doubt allows me. Above all, what would its point be ? My way of using statistics is to submit them to the trials of the everyday, the futile, the irrational, the unquantifiable, so as to shed doubt on their impact and unquestionable aura. Tounderline the paradoxes of the world and our behavior my work uses the discrepancy between the truth-value usually granted to the scientific numbered element (its status as an item of objective truth tending to exclude doubt) and the genuine ease with which it can be manipulated, distorted, subjectified. From there, the normative quality of my drawings and installations is to be taken for what it is, that's to say a formal compromise that doubt can easily reach.
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excerpts from an interview with Eric Mangion, April 2000


Techniques et matériaux


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installation / installation
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