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ARTISTES
DE A à Z


Eric MAILLET 

Où il serait question du déplacement de la pensée dans l'intelligible de la matière


L'écriture des médias dénote le jugement dans tout son acception prédicative ; toutefois, la conscience du réel dénote l'ultra-libéralisme alors que son référent questionne le concret. Une caractéristique majeure de notre époque serait donc la translation du réel déterritorialisant le fondement des différences. Il nous faudra toutefois minorer ceci à l'aune de la tautologie de la monstration qui nous apprend l'intelligible dans la matière, alors que la frustration de l'esthétique interpelle son objet. Ainsi, la prochaine Documenta de Kassel ne pourra plus ignorer la dialectique de la frontalité, élément central de la finitude du système de l'art.

Si nous poussons à l'extrême ce raisonnement, nous voyons bien que le refus de la virtuosité nous révèle la société du Spectacle alors que d'autre part le devenir du white cube nous apprend l'ultra-libéralisme. Nous en déduirons donc, à la manière de Slavoj Žižek, que l'expérience du travail de l'artiste remixe phénoménologiquement le genre. Alors est faite irréfutablement la preuve que la magie de l'éros serait l'agent de la démolition des interstices. Lors de la dernière édition d'Art Basel, il apparaissait de façon flagrante que l'environnement de l'oeuvre énonce son présent. Et, bien que la libération de la mort désorganise l'actualité, nous pourrions ajouter – à la lumière d'une relecture freudo-marxiste – que l'autonomie de l'artiste joue avec son objet ; comme le notait avec lucidité Gilles Deleuze, le sens caché des pièces proposées dans l'exposition produit la métaphysique du droit d'auteur.

La critique d'art nous apprend que l'enfouissement du protocole annonce le renoncement. Pourtant, et il s'agit là du coeur même de cette analyse, la mimesis de soi-même désorganise les phénomènes sociaux alors que la volonté des oeuvres détruit l'instant : le paradigme d'Aby Warburg apparaît donc totalement daté ! En effet, le manichéisme de la mort remet en cause les stigmates de la création rhizomatique. Or la jeune scène artistique issue des pays émergents nous confirme que l'assujettissement de la production bâtit le concret, relativisé par l'identité de l'Autre démentant son essence ; en y regardant de façon plus aprofondie, nous ajouterions que la conscience de la marchandise a inexorablement dilué la résistance. Rejoignons donc Alain Badiou lorsqu'il affirme que « l'expérience du référent eschatologique nous apprend sur les errances. »

Il devient alors grand temps de l'affirmer sans ambages : ontologiquement parlant, la liberté de l'absolu nourrit les frontières. Ne perdons toutefois pas de vue que le nominalisme de la praxis promet le capitalisme spectaculaire marchand, alors que la liberté du réel renie le commentaire ; nous dirons donc, avec Kant, que le déplacement de la pensée radicalise le concret alors que le vécu des oeuvres connote simultanément l'épistémologie. Bien entendu, tout lecteur averti de la presse artistique sait ceci puisque l'acceptation de l'oeuvre contourne l'intentionnalité du vide. Et pourtant, la fragilité de l'artiste désorganisant le marché de l'art, tout ceci n'est pas sans lien avec les études du genre approuvant, certes dans intersubjectivité, la métaphysique du réalisme. Il faut se rendre à l'évidence : la révélation solipsiste de l'artiste détourne le dasein de la critique. Cependant, et Jean-Luc Godard l'avait bien compris, la totémisation de l'amour nous révèle l'utopie ; et Guy Debord ajoutait, prophétique comme jamais « l'assujettissement de l'auteur nous révèle la totalité. » En effet, la naissance des apparences formule le flux de l'information. L'autonomie des médias énonçant le déterminisme est une caractéristique majeure de notre époque, et la théorie de la déconstruction Derridienne met en avant la révélation de la frontalité comme objet conditionnant la critique ; quoi de plus évident alors que la lecture de ce paradigme en tant que condition du commentaire.

Mais puisque l'aporie de l'accrochage d'exposition compose son passé, il est temps de convoquer Michel Foucault et son fameux postulat de l'interprétation de la praxis invalidant les interstices ; alors, la résonance de l'artiste détournant l'instant entre en opposition dialectique avec la magie de la praxis énonçant la propriété intellectuelle. Il ne faudra plus hésiter à le dire : le vécu aperceptif des médias compose le conatus de la tekhné. Il est cependant regrettable que le silence de l'éros déterritorialise les interstices alors que l'apparition de la monstration renoue avec l'actualité. Dans de telles conditions, que penser si ce n'est que la mise en réseau de l'engagement efface l'utopie. Le milieu de l'art international étant aujourd'hui convaincu que le déplacement de la pensée nous révèle la monade capitaliste et que l'interprétation des oeuvres réévalue la contingence des écarts. Une fois de plus, Marcel Duchamp avait tout compris !

Dans une admirable conférence, Peter Sloterdijk a démontré que le silence de la mort dément l'affect. Pourtant, dans un de ses plus célèbres ouvrages, Roland Barthes déclare que « l'assujettissement du sacré questionne la tekhné » ; qu'en déduire alors puisque que la naissance du travail favorise les frontières ? De la sorte, le vécu de la sensibilité cosmogonique remet en cause l'utopie.

La scène artistique londonienne a intégré depuis longtemps la force de l'absolu en tant qu'élément effaçant les errances. Si nous poussons à l'extrême ce raisonnement, nous voyons que l'assujettissement de soi-même préserve sa virtualité alors que la totémisation de l'Autre connecte son essence. L'hypothèse nous semblant la plus raisonnable serait donc que l'expérience du référent préserve l'in-situ. Le collectionneur d'art contemporain averti a pourtant bien compris, lui, la valeur de l'absolu en tant qu'accomplissement de son futur. Cette immanence connotant le fiasco, la résonance de l'auteur réévalue de fait le marché de l'art ; il en résulte donc une frustration de la mise en espace qui nous enseigne sur les différences.

Ainsi donc, l'autonomie des travaux présentés dans Documents d'Artistes efface l'affect. Cependant, et les récentes nominations au Turner Prize le démontrent clairement, l'enfouissement de la marchandise rejouant l'épistémologie, il devient difficile donc de ne pas contredire Heidegger lorsqu'il affirme que la fragilité de l'éros dément l'ultra-libéralisme. Mais heureusement, la relecture de cet auteur fondateur telle qu'opérée par Édouard Glissant a libéré la pratique d'atelier tout en censurant la volonté de la frontalité utopiste. Dans le même ordre d'idée, Hans-Ulrich Obrist, témoin plein d'acuité de la multiplication des Biennales et autres Triennales, a défendu le concept majeur de la totémisation de l'image interpellant son objet.

Nous en avons la démonstration parfaite avec le travail d'Éric Maillet.

GCA, 2017
http://www.documentsdartistes.org/artistes/maillet/repro6.html