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Cinder peak phone booth replica (bluejacking) 2008 Résine, aluminium, bois, plexiglas, pierres volcaniques, PC et dongle bluetooth, 210 x 100 x 100 cm environ
Photographies André Morin
Messages envoyés automatiquement et intrusivement, par bluetooth (bluejacking), sur les téléphones portables des visiteurs, dans un rayon de 5m environ autour de l’installation :
Message n°1:
«Quelque chose les animait. Certains, même, se déplacèrent jusqu’à lui, en plein désert de Mojave; ce Cinder Peak phone booth dont je suis le souvenir manufacturé. Ils répondaient aux appels passés dans le vide par des personnes qui, à leur tour, voulaient voir si quelqu’un, par hasard, allait décrocher.»
Message n°2:
«Une communauté virtuelle se créait paradoxalement autour du désir d’entrer en communication avec l’inconnu, en dehors de toute communauté.»
Vue de l'exposition Replica, Module 1, Palais de Tokyo, Paris, 2009
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Je suis une réplique. Toujours est-il que je fonctionne, même si l'on pourrait voir en moi un monument. En ce sens, je suis autorisée à témoigner. Entre 1997 et 1999, des centaines de personnes firent sonner, dans le vide, une même cabine téléphonique, juste pour voir si quelqu'un allait décrocher. La chose était hautement improbable, puisque la Cinder Peak Phone Booth, retirée au milieu des étendues sauvages du désert de Mojave depuis 1960, était située à 50 km de la route la plus proche, l'interstate 15, près d'anciennes mines de cen-dres volcaniques. Qui pouvait décrocher? Quelque chose animait ces personnes. Certains, même, se déplacèrent jusqu'à elle, comme en pèlerinage, et répondèrent aux appels, qui venaient de plus en plus loin, de la part de personnes qui, à leur tour, voulaient voir si quelqu'un, par hasard, allait décrocher. De fait, les probabilités d'une réponse, quasi nulles au départ, étaient grandissantes. Devant le culte qu'elle suscitait, les autorités de la réserve naturelle finirent par faire retirer la cabine, craignant les campements et autres rassemblements de cette nouvelle communauté autogénérée autour de la Mojave Phone Booth. Ils n'avaient pas compris que cette communauté était d'obédience largement virtuelle. Curieusement, le phénomène avait pris naissance sur internet et était le fait d'authentiques internautes, tous pourvus par ailleurs de téléphones portables. Ils voyaient en elle le témoignage d'une technologie révolue par laquelle on pouvait communiquer avec l'inconnu, en plein milieu d'un nulle part cependant très situé. L'exact opposé du téléphone portable. Une communauté se créait paradoxalement autour du désir de communiquer en dehors de toute communauté.
Je suis le souvenir manufacturé d'un de ses pélerins anonymes. En tant que tels, certains détails physiques de l'original peuvent avoir été omis, bien que la plus grande fidélité au souvenir a été recherché. On me comprend parfois comme un acte de résistence de la part de celui qui m’a fabriqué de ses mains, artisanalement. En hommage à ce mode d’échange paradoxal, à ce carrefour de relations temporaires et spontanées. En effet, grâce à moi, elle continue à exister. Car elle cherche pour cela à communiquer avec vous, via une technologie du futur, encore un peu balbutiante, détournée par la pratique du bluejacking. Car je suis active, tout en étant comme un souvenir fossilisé.
Le message est intrusif. Il ne s’annonce pas. Il en est maladroit. Il y a désynchronisation entre ce temps trop rapide, immatériel, invasif, et cet autre temps de celui qui revient en arrière pour s’y arrêter et s’y reconstruire.
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