Matthieu MONTCHAMP 

 

Que doit-on classer dans la famille des ruines ?
Jean-Yves Jouannais

Je ne savais pas, tandis que j’écrivais un livre consacré aux châteaux de sable, Les Barrages de sable, Traité de castellologie littorale, qu’un homme peignait ces mêmes forteresses vaines, familiales, estivales, guerrières, des bords de mer. Ce n’est qu’ensuite que j’ai rencontré Matthieu Montchamp. Ce qui ne signifie pas que cela se fit trop tard. Parce que si nous nous étions penchés tous deux sur le mystère des constructions en sable, il ne nous semblait pas, ni à lui, ni à moi, avoir élucidé ce dernier. Il nous serait accordé d’y réfléchir ensemble. J’ai reçu de Matthieu Montchamp, le 2 août 2020, une photographie légendée comme suit : « Une petite forteresse de sable, aujourd’hui, sur la plage du Petit Sergent, sur la côte sud de l’île de Ré. » Une gouache verdâtre, rappelant la couleur des algues, abandonnée sur le sable, protégée du vent par quatre cailloux, semblait esquisser le plan d’une place forte disparue, comme l’emplacement fantomatique d’un château sur un cadastre. Il faut préciser qu’avant de devenir le terme de peinture dont nous avons l’usage aujourd’hui — depuis le début du 16e siècle précisément —, « gouache » a désigné un « terrain inondé », un lieu où l’eau, si elle n’y réside pas continument, y a ses habitudes, y a imposé ses règles. J’ai retrouvé là le goût premier de mon enquête, ce pourquoi je m’étais embarqué dans l’écriture de cet essai qui faisait se croiser les jeux joyeux de l’enfance et la mécanique prédatrice de la guerre.
Nous avions désiré tous deux vérifier un détail de notre enfance, lever un doute sur la nature de cette excitation qui présidait à l’édification de ces murs de l’Atlantique, sur l’apprentissage de la défaite, de la déception que supposait cette activité. Il s’agissait, dans les deux cas, de creuser, de construire, de dessiner sur la plage, avec le sable ; sur la toile, avec la peinture, des édifices destinés à la ruine, conçus, rêvés en vue de ce seul destin.

   
Digue
2019, 56x76cm
Été 1221, l’armée franque quitte Damiette, s’engage sur la route du Caire. Al-Malik al-Kâmil Nâsir ad-Dîn, vice-roi d’Égypte sous le règne de son père al-Adel, observe de près la crue du Nil. Le 26 août, un groupe de soldats égyptiens prend l’initiative de mettre à bas les digues. En quelques heures, tandis que les troupes musulmanes lui coupent les issues, l’armée franque se trouve figée sur une île en plein désert. Des hommes et des bêtes sont emportés par les flots démontés, mais la plupart demeurent prisonniers d’une étroite bande de terre. Deux jours plus tard, le légat Pélage d’Albano, désespérant de sauver son armée de l’anéantissement, réclame la paix. Les croisés se rendent sans s’être battus, obtenant leur libération contre la restitution de Damiette. Encore ne savaient-ils pas que les crues du Nil, à l’époque aussi fameuses que mystérieuses, pouvaient durer jusqu’à la période de décembre.
   

Redoute
2019, 70x140 cm
À l’intérieur d’une boucle de la Seine, dans la plaine alluviale d’Achères, exista le temps d’une saison un camp destiné à accueillir les troupes d’élite des Maisons militaires royales. Louis XIV, à la veille de la guerre de Hollande, avait désiré mettre à l’épreuve les capacités opérationnelles de ses troupes. Il fit construire en 1670 un camp qui allait servir de décor à ces grandes manœuvres. Alain Manesson Mallet, ingénieur militaire, avait eu la charge de cette réalisation. Le camp Saint-Sébastien fut son plus imposant chantier et sa contribution majeure à l’effort de guerre. Il avait été le premier averti du caractère éphémère de l’entreprise. Mais lorsqu’il lui fut demandé d’abattre son grand œuvre, d’en effacer jusqu’à la dernière trace, une tristesse s’empara de lui. Il lui fallut commander à ses ouvriers d’arracher les palissades, de brûler les redoutes. La déception gouverna dès lors sa vie. Il ne quitta plus son hôtel particulier, consacrant ses dernières années aux rééditions de son œuvre majeure Les Travaux de Mars, ou l’art de la guerre. Il mourut en 1706. Il n’avait eu de cesse de ressasser son vieux ressentiment, répétant à qui voulait encore l’écouter : « À Saint-Sébastien, je me suis vu Scipion ou Bélisaire ; je n’avais fait que m’assoupir à l’ombre d’une idée. »
   
Trou d’homme
2019, 130x100 cm
Durant la campagne de Vicksburg, le colonel Andrew Hickenlooper demanda des volontaires qui avaient une expérience de mineurs de fond. Il leur fit creuser une galerie sous la position confédérée. Le 25 juin 1863, cette galerie, de quinze mètres de long, terminée par une chambre bourrée de 2 200 livres de poudre à canon, était achevée. À 15 h 30 ce même jour, le fort Hill disparaissait en fumée. Mais les attaquants s’aperçurent que les assiégés, anticipant l’explosion, avaient élevé un parapet à l’intérieur du fort d’où ils pouvaient abattre les fédéraux qui se ruaient au fond du cratère. Grant lança des assauts pendant toute la nuit, au point que la fosse se remplit de cadavres. L’attaque fut suspendue. Ce trou, le colonel Andrew Hickenlooper avait cru y voir la condition de la victoire, ne pouvant imaginer qu’il deviendrait une fosse commune.
   

Gargouillement
2019, 110x100 cm
La reddition de Bazaine à Metz est effective le 27 octobre 1870. Le lendemain, la garnison dépose les armes. Le 29, à midi, les premiers détachements ennemis prennent possession des forts et de la porte Mazelle. Dans l’après-midi, les Prussiens investissent la ville, musique en tête. Les précède le nouveau gouverneur, le général von Kummern qui, pour guider ses troupes, tient devant lui ouvert un plan touristique de la cité. Il n’a rien de mieux à sa disposition pour s’orienter. S’y trouvent indiqués les restaurants, hôtels, théâtres, et autres lieux de loisirs, mais aucune information concernant l’emplacement des casernes. Il se met à pleuvoir. La nuit tombe. La carte tombe en charpie entre les mains du général. Ses gants en sont tout pollués. Lorsqu’ils parviennent à destination, la musique a cessé de jouer depuis longtemps. Tous, bien que vainqueurs, plus que fatigués, éprouvent une immense et inexplicable tristesse. On n’entend plus que les baïonnettes battre la chamade et gargouiller les intestins creux.
   
Donjon
2019, 80x100 cm
En 1629, le duc de Rohan, est convoqué par Louis XIII. Sortant du cabinet du Roi, il croise Richelieu, qui lui lance : « Monseigneur, je viens de jeter une bonne boule dans votre jeu de quilles ! » Il ne comprend qu’en arrivant en vue de son château de Josselin. Quatre des huit tours et le haut donjon ont été abattus. Henri II contemplait les quilles de son jeu étendues dans les prairies alentour. Il se disait que la guerre prenait l’étrange tournure d’un jeu de balle, de boule, de boulet. Il dut exister un moment précis où, dans l’histoire croisée des stratégies, de l’architecture et de l’armement, le château fortifié était devenu irrémédiablement un anachronisme. Henri II, duc de Rohan, lapait l’humilité à même l’eau stagnante de ses douves. Il lui semblait entrevoir l’envers de la puissance, la trame de lin fragile de ses attributs. Non, la tour, le donjon, l’échauguette, le créneau, n’étaient les vestiges de rien parce que leur fonction était de faire vestige. Ils ne tinrent guère d’autres rôles qu’héraldiques. Une construction de guerre, dédiée à la défensive, qui ne se bat jamais, mais ne sait que tomber. Qui ne se dresse, se redresse que pour retourner à la ruine. Comme si sa nature, effectivement, était d’être un vestige. Un symbole tendu afin d’être abattu par le Puissant, le Fort, le Vainqueur. Le vestige de rien, rien qu’un vestige.
   

Hannibal disparu
2017, 76x102cm
Une toile de William Turner, Tempête de neige. Hannibal et son armée franchissant les Alpes (1812), n’en est venue à traiter d’un sujet guerrier que par inspiration seconde. Ce qui possède le peintre, lorsqu’il fait la première esquisse de cette œuvre, c’est l’ambition de rendre la puissance des forces naturelles, de restituer la tempête sur les paysages du Pays de Galles. Le fils de Walter Fawkes se souvient d’un séjour de Turner chez eux en 1810, et en particulier d’une scène d’orage qui les avait fascinés tous deux. Les éclairs crépitaient sur les collines du Yorkshire. Turner, absorbé par le spectacle, faisait des croquis au dos d’une lettre. Au plus fort de la tourmente, il s’écria : « Regarde, Hawkey ; dans deux ans, tu reverras ceci sous le titre : Hannibal et son armée franchissant les Alpes. » La guerre, au travers de cette anecdote, tend à apparaître comme un élément d’une histoire naturelle, un motif lisible au sein des seules sciences de la terre. Ou plus exactement, un ensemble de phénomènes que par tradition l’on rattache à l’histoire culturelle et qui, tout au contraire, ne prendrait sens qu’au prisme de disciplines telles que la climatologie, la géologie, l’entomologie, la physique des turbulences naturelles, la cosmographie.
   
Dazzle landscape
huile sur toile 2014, 200x160cm
Hashima est une île du Japon, sur la côte occidentale de l’île de Kyushu. Elle a une superficie de 0,063 km2, 480 mètres de longueur pour 160 mètres de largeur. Au printemps 1945, l’USS Péquod, commandé par le capitaine Richard B. Fuller, était un bateau flambant neuf au sein de la Pacific Fleet. Dans la nuit du 9 au 10 mars 1945, Tokyo était bombardée. La flotte japonaise ayant cessé d’être, les cuirassés américains, ne se connaissant plus de prédateurs, venaient au plus près du littoral tirer à vue sur les villes côtières. Cette même nuit, l’USS Péquod escortait quatre cuirassés dont la mission était de pilonner la ville de Sasebo. C’est à 5 h 05, selon le livre de bord, qu’un officier vint prévenir le capitaine Fuller que la silhouette d’un cuirassé japonais venait de surgir, 3 milles à bâbord. Il ressemblait en tous points au Kaga, bien que ce cuirassé ait été coulé en 1942. Peut-être un bâtiment de la même classe non répertorié. Le Péquod se plaça en position de tir. Trois minutes plus tard, quatre torpilles fusaient. Rien ne se passa. Le navire n’avait pas changé de cap, n’avait pas répondu à l’agression. À 6h, le capitaine fut informé que le bâtiment qui leur faisait face était en fait l’île d’Hashima. Depuis, elle fut rebaptisée Gunkanshima, littéralement « île navire de guerre », parce que la marine américaine, l’ayant prise pour un bateau, l’avait torpillée.
   

Lunette
huile sur toile 2014, 40x50cm
François-René de Chateaubriand évoque ces peuplades de l’Orénoque disparues au gré des guerres que leur firent les Conquérants, peuplades dont il n’est resté qu’une poignée de mots chantés tout en haut de la forêt par des perroquets retournés à l’état sauvage. Doit-on classer ces chants dans la famille des ruines ?
Dans la nuit du 18 au 19 juillet 1745, le seigneur de Vernusalle, chef de brigade des gardes, fut tué à la tranchée d’Oudenarde, vis-à-vis d’une lunette qui devait être assaillie au matin. Un des derniers coups de feu qui fut tiré lui perça le cœur, dans un endroit où pourtant il n’était pas exposé. On le regretta infiniment. Pas seulement dans l’armée. Car il venait d’épouser une demoiselle de Montmorin. Certains avancent qu’il était allé ce soir-là à la tranchée afin d’y écrire un poème à sa jeune femme. Ce poème abandonné, inachevé, doit-il être classé dans la famille des ruines ?
   
Proue
encre sur papier 2014, 42x30cm
François Thomas Tréhouart de Beaulieu avait conduit l’escadre française à la victoire lors de la bataille de la Vuelta de Obligado, en 1845. Nommé contre-amiral en 1846, vice-amiral en 1851, il remplaça en Crimée l’amiral Bruat. Il fut nommé préfet maritime du 2e arrondissement maritime (Brest) en 1852. Un matin de mai 1869, il passa en revue l’équipage d’un cuirassé amarré dans la rade de Brest : la Belliqueuse, une corvette à coque bois portant un blindage en fer forgé. Son nom lui venait de ce que sa proue se prolongeait par un éperon de bronze immergé à 3 mètres sous l’eau. L’amiral de France, sur la passerelle qui le menait à bord de la corvette, retint un sanglot. On attribua cette émotion à son grand âge, à la fierté de son grade encore neuf, à la beauté des revues baignant dans les lumières du printemps. On se trompait. Lui-même, le premier, était dans l’erreur. C’est qu’il avait oublié — ou avait favorisé sa propre amnésie dans le seul but de rendre vivable son existence — une jeune femme aux mœurs de mante religieuse qu’il avait désiré conquérir dans ses jeunes années, la seule passion de sa vie — une demi-mondaine de haute volée —, connue dans le grand monde sous son nom de guerre, surnom connu de tous et de lui tout particulièrement : La Belliqueuse.
   
Textes publiés dans Atlas et légendes
Arnaud Bizalion éditeur, 2022
 
 

What should be classified in the family of ruins ?
Jean-Yves Jouannais (Translation Allison Blumenthal)

Little did I know, while I was writing a book devoted to sand castles, Les Barrages de sable, Traité de castellologie littorale (Sand Ramparts, A treaty on coastal castleology), that there was someone who painted these same pointless, familial, summer time, seashore fortresses. I only met Matthieu Montchamp after the fact, not to say that it was too late. Because even if we were both taken by the mystery of sand constructions, neither he nor I had seemed to have clarified why. We would be able to continue our reflection together. On August 2, 2020, I received from Matthieu Montchamp a photograph captioned as follows: "A small sand fortress, today, on the beach of Petit Sergent, on the south coast of the island of Ré. A greenish gouache, reminiscent of the color of seaweed, abandoned in the sand, protected from the wind by four stones, seemed to sketch out the plan of a vanished stronghold, like the ghostly site of a castle on a cadastral map. It should be noted that prior to referring to a type of paint that is in usage today- since the beginning of the 16th century to be precise - "gouache" meant a "flooded ground", a place where water has its own habits, imposes its own rules. I encountered there the first taste of my investigation, and why I chose to write this essay intertwining lighthearted childhood games and the predatory mechanics of war. We both wanted to verify a detail from our childhoods- that would remove any doubt as to the nature of this excitement that governed the construction of these Atlantic walls - learning about defeat and of the disappointment inherent to this activity. In both of our cases it was about the digging, the building, and the drawing- on the beach, with sand- and on the canvas, with paint- structures destined for ruin, conceived of and dreamed in light of this singular destiny.

   
Digue (Dike)
2019, 56x76cm
Summer 1221, the Frankish army leaves Damietta, and sets out on the road to Cairo. Al-Malik al-Kâmil Nâsir ad-Dîn, viceroy of Egypt during the reign of his father al-Adel, closely observes the flooding of the Nile. On August 26, a group of Egyptian soldiers takes the initiative to tear down the dikes. Within hours, while Muslim troops having blocked their escape routes, the Frankish troops find themselves stranded on an island in the middle of the desert. Men and animals are swept away by the raging waters, but most remain trapped on a narrow strip of land. Two days later, Legate Pelagius of Albano calls for peace, desperate to save his army from annihilation. The Crusaders surrender without a fight, securing their release against the restitution of Damietta. They didn’t yet know that the Nile floods, at the time as famous as they were mysterious, might last until the period of December.
   

Redoute (Redoubt)
2019, 70x140 cm
In a bend of the Seine on the flood plain of Achères, a camp was set up during a season for the elite troops of the military household of the King of France. Louis XIV, on the eve of the Dutch war, had wished to test the operational capacities of his troops. In 1670, he had a camp built which was to serve as a backdrop for these important maneuvers. Alain Manesson Mallet, military engineer, was in charge of the work. Fort Saint-Sébastien was his most impressive project, and his largest contribution to the war effort. He had been the first to know that the camp was not a permanent affair, but when he was told to destroy his masterpiece, to erase everything down to the last trace, he was taken over by sorrow. He was obliged to order the workmen to tear down the palisades and burn down the redoubts. The disappointment ruled him for the rest of his life. He never left his mansion, devoting his last years to reissuing his major work, Les Travaux de Mars, ou l’art de la guerre (The Works of Mars, or the Art of War). He died in 1706. He never ceased repeating in bitterness to those who were willing to listen: “In Saint-Sébastien, I saw myself as Scipio or Belisarius; I had only dozed off in the shade of an idea.”
   
Trou d’homme (Manhole)
2019, 130x100 cm
During the Vicksburg campaign, Colonel Andrew Hickenlooper asked for volunteers who had experience as underground miners. He made them dig a tunnel under the Confederate position. On June 25, 1863, the tunnel was completed- fifteen meters long, terminating in a chamber that was packed with 2,200 pounds of gunpowder. At 3:30 p.m. that same day, Fort Hill went up in smoke. But the attackers came to understand that the besieged, anticipating the explosion, had raised a parapet inside the fort from which they could shoot down the Union soldiers as they rushed to the bottom of the crater. Grant launched assaults all night long, until the pit filled with corpses. The attack was suspended. Colonel Andrew Hickenlooper had imagined this pit as the key to victory, never imagining that instead it would become a mass grave.
   

Gargouillement (Gurgling)
2019, 110x100 cm
Bazaine surrendered in Metz on October 27, 1870. The next day, the garrison laid down their arms. On the 29th, at noon, the first enemy detachments took possession of the forts and the Mazelle gate. In the afternoon, the Prussians took over the city, singing fanfares. The new governor General von Kummern led them, holding a tourist map of the city open in front of him. Having no better means for orientation, the map showed of course the location of restaurants, hotels, theaters, and other sources of entertainment, but no information about the location of the barracks. It begins to rain. Night is falling. The map falls apart in the General’s hands. His gloves are soiled. By the time they reach their destination, the music has faded away- the exhausted victors are filled with an immense and inexplicable sadness. They are left with only the marching drums of their lonely hearts and the gurgling of their empty stomachs.
   
Donjon (Dungeon)
2019, 80x100 cm
In 1629, Henry II, Duke of Rohan was summoned by Louis XIII. Leaving the King's cabinet, he crossed paths with the Cardinal Richelieu, who told him: "Monseigneur, I have just thrown a good ball in your bowling game!" The Duke didn’t understand what he was referring to until he came within sight of his Château de Josselin. Four of the eight towers and the dungeon had been demolished. Henry II contemplated the knocked pins stretched out in the surrounding meadows. He told himself that indeed the war was taking the strange turns of a game of bowling or bowls. There must have been a precise moment in the twisted history of strategy, architecture and weaponry, where the fortified castle had become irremediably an anachronism. Henry II, Duke of Rohan, lapped humility out of the stagnant water of his moat. He had encountered the other side of power and the fragile weft of its character. No, the towers, the dungeon, the watchtower, the crenels and battlements, were not the remains of anything because their function was to serve as a vestige. They play no other role than heraldry. A construction designed for war, dedicated to defense, never offense, and which is only capable of falling down. It doesn’t resist and cannot resist falling into ruin. As if, its nature, in effect, was to be a relic. A symbol held out to be brought down by the Mighty, the Strong, the Conqueror. A relic of nothing, nothing but a relic.
   

Hannibal disparu (Hannibal lost)
2017, 76x102cm
The painting by William Turner, Snowstorm- Hannibal and his army crossing the Alps (1812), didn’t intend to address the subject of war as its first consideration. When he made his first sketch of this work, Turner was possessed with the goal of rendering the power of natural forces, to reconvey the storm to the Welsh landscape. Walter Fawkes’s son remembers Turner’s stay with them in 1810, and in particular a storm that fascinated them both. Lightning crackled over the Yorkshire Hills. Turner, absorbed by the spectacle, sketched on the back of a letter. At the height of the turmoil, he cried out, “Look, Hawkey; in two years you will see this again under the title: Hannibal and his army crossing the Alps”. War, through this anecdote, tends to appear as a part of natural history, a motif only able to be understood within the Earth Sciences. Or more exactly, a set of phenomena that are traditionally linked to cultural history and which, on the contrary, would only make sense through the prism of disciplines such as climatology, geology, entomology, the physics of natural turbulence, cosmography.
   
Dazzle landscape
oil on canvas 2014, 200x160cm
Hashima is an island in Japan, off the western coast of Kyushu Island. It has an area of ??0.063 km2, 480 meters long and 160 meters wide. In the spring of 1945, the USS Pequod, commanded by Captain Richard B. Fuller, was a brand new ship in the Pacific Fleet. During the night of March 9-10, 1945, Tokyo was bombed. The Japanese fleet was wiped out, and the American battleships, thinking themselves free from predators, came as close as possible to the shore to shoot on sight the coastal towns. That same night, the USS Pequod escorted four battleships whose mission was to shell the town of Sasebo. It was at 5:05 am, according to the logbook, that an officer came to warn Captain Fuller that the silhouette of a Japanese battleship had just appeared, 3 miles to port. It resembled the Kaga in every way, although that battleship was sunk in 1942. Perhaps it was an unlisted ship of the same class. The Pequod moved into firing position. Three minutes later, four torpedoes fired. Nothing happened. The ship had not changed course, and had not responded to the assault. At 6 a.m., the captain was informed that the battleship in front of them was in fact Hashima Island. From that day on, the island was renamed Gunkanshima, literally "island warship", because the US Navy mistaking it for a boat, had torpedoed it.
   

Lunette
oil on canvas 2014, 40x50cm
François-René de Chateaubriand evokes the Orinoco people- decimated by the Conquerors during the wars waged against them- a people of which only a handful of words remained, sung in the tops of the trees by parrots returned to the wild. Should we classify these songs in the family of ruins?
On the night of July 18-19, 1745, Lord Vernusalle, head of the guards' brigade, was killed in a trench at Oudenarde, opposite a lunette (a half-moon shaped fortification) which was to be attacked in the morning. One of the last shots that was fired pierced his heart, even though he was not in a vulnerable position. This was a sad event, and not just for the military. He had just married a young lady from Montmorin. Some claim that he went into the trench that evening to write a poem for his young wife. Should this abandoned, unfinished poem be classified in the family of ruins ?
   
Proue (Prow)
ink on paper 2014, 42x30cm
François Thomas Tréhouart de Beaulieu led the French squadron to victory at the Battle of Vuelta de Obligado in 1845. Appointed Rear Admiral in 1846, and Vice Admiral in 1851, he replaced Admiral Bruat in Crimea. He was appointed Maritime Prefect of the 2nd Maritime District (Brest) in 1852. One morning in May, 1869, he reviewed the crew of a battleship moored in Brest harbor: the Belliqueuse (Belligerent), a corvette with an wrought iron plated wooden hull. Her name came from the fact that her prow was extended by a bronze spur submerged three meters under water. The Admiral of France, on the bridge which led him aboard the corvette, suppressed a sob. We attributed his emotion to his advanced age, to his pride of his still new rank, to the beauty of the troops gathered in the spring light. But we were mistaken. He himself was mistaken. It was because he had forgotten - or had taken advantage of amnesia in order to make his life liveable - a young woman with the manners of a praying mantis that he had wished to conquer in his younger years, the only passion of his life- a high flying demi-mondaine - known to all by her nom de guerre, a nickname that was known to all, and to him in particular: La Belliqueuse.
 
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