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ARTISTES
DE A à Z


Dalila MAHDJOUB 

       
 
Sans-titre
Photographie d'écran n°1/46
Série « Stigmates », 46 photographies d’écran _ Source : « Banlieues – États d’urgence », « La Marche du siècle », France 3, 1993




NOUS LES RIEN
un sentiment



Cet extrait provient d’un récit audio réalisé en août 2020. À ma demande, ma sœur Habiba est revenue sur un sentiment récurrent, voire permanent - que nous partageons - et avec lequel nous composons.

« Je me sens comme si j’étais rien. Ça me vient au moins une fois par jour quasiment. Surtout quand je suis dans mon milieu professionnel. C’est que je me sens toujours inférieure aux autres. Les autres, pour moi c’est les français en particulier, « français-dits-de-souche ». Pourtant moi je suis française, née en France, j’ai toute la culture française, je pense que je m’exprime relativement bien et on me le dit. Mais j’ai toujours ce sentiment d’être inférieure.

Je le ressens beaucoup dans le milieu du travail parce que je côtoie beaucoup de monde dans l’entreprise et à l’extérieur de l’entreprise lors de mes déplacements. Et je vois très peu de « personnes-d’origines-étrangères », quand je dis « d’origines-étrangères » c’est pas que algérien comme moi, c’est marocain, turc… J'ai l’impression que si je me mettais devant un miroir avec d’autres personnes qui ne sont pas « d’origine » et bien je serais transparente. On ne me verrait pas dans le miroir. On verrait les autres mais moi pas. J’ai l’impression qu’on n’a pas de considération pour des « gens-comme-nous ». On a toujours un sentiment qui est négatif. Il faut toujours prouver. J’ai l’impression moi d’avoir prouvé toute ma vie. On prouve à l’école qu’on sait travailler, on prouve qu’on sait faire aussi bien qu’un homme, on prouve que parce qu'on a des origines on écrit aussi bien que quelqu’un qui ne l’est pas.

Y a plein de choses qui s’mélangent. Je lis beaucoup la presse, je discute beaucoup avec mes collègues de travail de sujets divers et variés, mais y a toujours ces questions relatives à l’immigration qui reviennent systématiquement, qui me reviennent en pleine face et moi j’ai toujours l’impression que ça me revient en pleine face. J’ai l’impression qu’on est toujours mis dans le même sac que tout le monde ! Et je pense qu’il y a un petit peu de ça qui fait qu’on ne se sent pas à « notre place » ! On a beau faire toutes les études qu’on veut, on a beau être reconnu techniquement comme je le suis – je pense dans l’entreprise – mais y a toujours ce sentiment ! Parce que quelque part on nous dénigre quand même beaucoup. Quand je suis entrée dans l’entreprise, les premiers jours, j’avais alors été recrutée sur un poste de cadre, sur le poste d’un monsieur qui partait bientôt à la retraite - ils avaient alors beaucoup de mal à trouver le remplaçant ou la remplaçante - et en fait quand j’ai été retenue, eh bien j’ai entendu dès les premiers jours, c’était au coin café, y avait des messieurs - il y a d’ailleurs très peu de femmes, j’étais la seule du secteur - et j’ai entendu : "oui, de toute façon, « ces arabes » - on était en pleine période d’élection présidentielle - oui, « ces arabes », de toute façon, ils nous prennent tout ! Ils nous prennent notre boulot ! Ils veulent prendre « notre place » quoi ! » C’est l’accumulation de ces petites choses qu’on peut entendre dans les médias, qu’on peut entendre autour de nous - j’ai pleins d’autres anecdotes de ce type que j’ai pu entendre en Alsace - qui accentuent encore ce sentiment. »




Un sentiment comme une persistance qui n’est pas sans rappeler "La description de l'état psychique du dominé" décrit par Alice Cherki : "se prendre pour rien, se prendre pour un déchet, avec recours de modes de défense qui peuvent être du côté de la sidération ou de la violence incontrôlée." 1


Ce que nous dit Léon-Gontran Damas du corps colonisé dépasse largement le cadre historique de la colonisation en tant que période historique et système politique particulier. Le corps colonisé est celui de tout individu à qui l’on impose de s’intégrer corps et âme au corps social normé et réglementé selon des valeurs et des lois visant à effacer les différences. Ce corps est alors pris dans le dilemme suivant : effacer sa différence ou s’effacer du corps colonial. 2




1- Alice Cherki, conférence Frantz Fanon, mémoire d’asile. Mucem, Marseille 2017
https://www.youtube.com/watch?v=ea9IqUBc4A8


2- Gabrielle Saïd, Léon-Gontran Damas, corps colonisé, poésie mise à nu, Diakritic, 21 décembre 2016
Cité ici


Sans-titre
Affiche Impression offset sur papier
Dimensions 80 x 60 cm
Photographie d’écran _ Source : « Banlieues – États d’urgence », « La Marche du siècle », France 3, 1993
Numéro 2, Casa-Factori, Marseille, 1995











N°2-1995 - Affichage Marseille 15°



Sans-titre
Photographie d'écran n°37/46
Série « Stigmates », 46 photographies d’écran _ Source : « Banlieues – États d’urgence », « La Marche du siècle », France 3, 1993

 
 
 
VOICE OVER, n°7 de la revue en ligne réalisé en partenariat avec la compagnie - lieu de création et les Beaux-Arts de Marseille - INSEAMM, conçu avec un groupe d’étudiant·e·s des Beaux-Arts de Marseille, avril 2022

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Prise d’empreintes réalisées – à l’aide de plastiline – sur des monuments, ici « Colonies d’Asie » du sculpteur Louis Bottinely, avec Cara Schmitz, Marie-Myriam Soltani et Alejandro-Alfonso Glaentzlin.
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David Liver, Oussama Mouhoubi, Paul-Emmanuel Odin, Marie-Myriam Soltani dans les locaux de Coco-Velten à Marseille, le 11 mai 2022
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