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ARTISTES
DE A à Z


Dalila MAHDJOUB 

Casier A.T.O.M. 1994
Photographie
 
 
 
Extrait d’un entretien filmé avec Marc Crescente / Directeur ADRIM
ex-A.T.O.M* le 29 avril 2003 à Marseille, par Martine Derain et Dalila Mahdjoub


* L’Association est fondée et dirigée pendant 30 ans par Louis et Simone Belpeer en 1950 sous l’appellation A.T.O.M (Aide aux Travailleurs d’Outre-Mer) à la suite d’une enquête effectuée par le Secrétariat Social de Marseille révélant « les difficultés d’insertion de la population nord-africaine primo-arrivante à Marseille. »
 
 
 
 
Un ensemble de documents, quelle que soit leur forme ou leur support matériel, dont l’accroissement s’est effectué d’une manière organique, automatique dans l’exercice des activités d’une personne physique, privée ou publique et dont la conservation respecte cet accroissement sans jamais le démembrer.
Arlette Farge
1

L’archive n’a pas seulement le statut de document manuscrit, elle peut être n’importe quel objet ; œuvre d’art, bien culturel, sac, chaise, table, chapeau (…) qui témoigne par le passage du temps validé par un usage.
El Hadji Malick Ndiaye
2
 
Dans mes archives, il y a une petite pile de lettres. Je les ai maintenues à l’abri, serrées entre elles avec un élastique large en caoutchouc blond. Mon frère me les a écrites – il y a une vingtaine d’année - depuis sa cellule à la prison de Joux-la-Ville. Ce lieu situé au milieu de nulle part, entouré de champs, loin de tout et surtout si loin de nous. Les mots – précieux – ont pris soin de combler le néant dans lequel mon esprit risquait alors de s’engouffrer.

Dans mes archives, il y a une petite photo de mon grand-père Lakhdar. Une image qui s'estompe avec les années. Il est assis sur un petit tabouret dos au mur. Une djellabah et un chèche, blancs, viennent enveloppés son corps, les rayons du soleil en dessinent les plis harmonieux, ne laissant apparaître que ses deux mains posées sur ses cuisses. Aux pieds, il porte des petites baskets à lacets. Mon père les lui a fait parvenir depuis la métropole. Au verso, sept mots sont écrits au stylo à encre bleue en français "Souvenir de Djorf. Ton père Mahdjoub Lakdar" – le « h » manquant. Il aurait pu être l'un des personnages du Vent des Aurès. Les images, précieuses et réparatrices, filmées par Mohamed Lakhdar-Hamina en 1966 m'ont offert le hors champ de cette petite image. Mon grand-père a été interné pendant une année entre 1959 et 1960 au centre d'hébergement de Djorf créé en 1955 près d'Ouled Derradj en Algérie, Selman dans la toponymie coloniale.
 

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143 rue du désert


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Papiers de soi(e)


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Romilla, entre rature et prénom
#1 à #16

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Lire un extrait de l'article (en anglais) :
AFRO-FRENCH OR AFRO/FRENCH ARTIST ?
Monique Kerman
Paru dans la revue IRAAA (THE INTERNATIONAL REVIEW OF AFRICAN AMERCICAN ART), VOL. 29 NO. 4, PP. 21-25. 2020

Mes archives du sol


Un ensemble de documents, quelle que soit leur forme ou leur support matériel, dont l’accroissement s’est effectué d’une manière organique, automatique dans l’exercice des activités d’une personne physique, privée ou publique et dont la conservation respecte cet accroissement sans jamais le démembrer. Arlette Farge 1

L’archive n’a pas seulement le statut de document manuscrit, elle peut être n’importe quel objet ; œuvre d’art, bien culturel, sac, chaise, table, chapeau (…) qui témoigne par le passage du temps validé par un usage. El Hadji Malick Ndiaye 2


Dans mes archives, il y a une petite pile de lettres. Je les ai maintenues à l’abri, serrées entre elles avec un élastique large en caoutchouc blond. Mon frère me les a écrites – il y a une vingtaine d’année - depuis sa cellule à la prison de Joux-la-Ville. Ce lieu situé au milieu de nulle part, entouré de champs, loin de tout et surtout si loin de nous. Les mots – précieux – ont pris soin de combler le néant dans lequel mon esprit risquait alors de s’engouffrer.

Dans mes archives, il y a les certificats de travail de mon père. Dans mon souvenir, j’ai toujours vu mon père déplier précieusement, de ses grosses mains brutes, généreuses, brunies par le soleil de son enfance, ses petits papiers jaunis, sortis de l’une de ses poches ou du dessous d’une pile de vêtements de son armoire. Cette économie – toute particulière – dans le geste, me disait toute l’importance accordée aux mots écrits. À sa mort, j’ai conservé comme un trésor ses petits papiers.

Dans mes archives, il y a une petite photo de mon grand-père Lakhdar. Une image qui s'estompe avec les années. Il est assis sur un petit tabouret dos au mur. Une djellabah et un chèche, blancs, viennent enveloppés son corps, les rayons du soleil en dessinent les plis harmonieux, ne laissant apparaître que ses deux mains posées sur ses cuisses. Aux pieds, il porte des petites baskets à lacets. Mon père les lui a fait parvenir depuis la métropole. Au verso, sept mots sont écrits au stylo à encre bleue en français "Souvenir de Djorf. Ton père Mahdjoub Lakdar" – le « h » manquant. Il aurait pu être l'un des personnages du Vent des Aurès. Les images, précieuses et réparatrices, filmées par Mohamed Lakhdar-Hamina en 1966 m'ont offert le hors champ de cette petite image. Mon grand-père a été interné pendant une année entre 1959 et 1960 au centre d'hébergement de Djorf créé en 1955 près d'Ouled Derradj en Algérie, Selman dans la toponymie coloniale.

Dans mes archives, il y a des copies de lettres dactylographiées, datée pour la plus ancienne de 1950. En 1994, je m’étais rendue dans les locaux de l'A.D.R.I.M. ex-A.T.O.M. 3, situés derrière la gare Saint-Charles à Marseille, avec l’intention de consulter leurs archives. J’avais eu connaissance de l’existence de l’A.T.O.M. dans le cadre de mes recherches autour du centre de rétention d’Arenc à la CIMADE. Ce que je cherchais alors - à cet endroit-là et à ce moment-là - je l’ignorais. J’ai été autorisée à consulter leurs archives. Je me suis retrouvée dans une salle pleine de cartons entassés sur des étagères qui encadraient la pièce. Je n’ai pas le souvenir d’un rangement organisé. Et c’est de manière très aléatoire que j’ai attrapé un premier carton que j’ai posé sur la table située au centre de la pièce. Je l’ai ouvert et je me suis alors noyée dans un flux de lettres. Elles présentaient un aspect fragile, je les tenais du bout des doigts, délicatement, de peur que le papier – pareil à du papier de soie – ne craque en mille morceaux, entraînant dans sa chute toutes les traces d’encre imprégnées dans la fibre. Et les mots deviendraient alors poussière. L’une de ces lettres, datée du 18 mars 1950, portait la signature de Louis Belpeer. En-tête on pouvait lire : « Aide aux Travailleurs d’Outre-Mer. Bureau provisoire : 12 rue Breteuil. Marseille ». Elle était adressée à Monsieur le préfet et commençait par ces mots : « Conformément aux accords passés en votre présence avec les Amitiés Africaines et le Comité d’Assistance aux Nord-Africains, l’association d’Aide aux Travailleurs d’Outre-Mer est prête à aborder la tâche pour laquelle elle s’est créée (…) » Le carton était plein de ces échanges entre le préfet et le directeur de l’A.T.O.M. Je suis revenue le lendemain. Un monsieur, perché sur un escabeau, s’attelait à repeindre intégralement la pièce voisine à celle où je me trouvais. Après un petit échange avec lui, j’ai repris avec avidité mon activité de la veille, jusqu’au moment où ce Monsieur est venu me voir en me tendant deux fiches cartonnées. En tête figuraient les mots « Aide aux Travailleurs d’Outre-Mer », suivis par « Nom, Prénom, Profession, Date d'entrée en France… » Des informations personnelles manuscrites étaient inscrites sur les lignes en pointillés : « Madjid, Algérie, 1957, manutentionnaire… » En filigrane, derrière « Madjid » je voyais - je voulais lire - « Saïd », le prénom de mon père. J’opérais inconsciemment une forme de transfert. « D’où viennent ces fiches ? Pourquoi ne sont-elles pas ici avec l’ensemble des archives ? » Le peintre m’invita alors à le suivre. Il ouvrit une porte. Face à nous, se dressaient un vieux casier en fer de couleur beige, 3 rangées de 4 tiroirs,1 bassine rectangulaire rose, 1 bassine ronde jaune, 1 serpillière, 1 balai, des produits ménagers. Deux des casiers étaient entrouverts et laissaient apparaître quelques fiches cartonnées de couleur marron. J’ai alors réalisé qu’il s’agissait des toilettes. « Autrefois, il y avait une salle pleine de ces fiches, mais il y a eu un incendie. » m’a appris mon guide. J'ai pris dans la hâte une petite photo de piètre résolution, avec un appareil jetable, comme une trace, dans la crainte irraisonnée d'un effacement. J’ai injecté cette trace dans ma contribution intitulée « Hébergement » dans le numéro quatre de la revue de l'Observatoire intitulé « Les lieux du passage », où j’avais été invitée en mai 1995. En 2003, un entretien filmé 4 avec le directeur de l’A.D.R.I.M. vient compléter mon fond d’archives, comme une nouvelle trace contre l’oubli et l’effacement. Patrick Boucheron 5 dit : « Si les archives sont un trésor, en même temps, elles sont une masse inerte. Les archives se détruisent et elles se conservent accidentellement. » Les fiches brûlées renvoient à la notion d’archives non-essentielles, comme des témoins effacés de vies singulières et minuscules. Les mots hésitants du directeur, qui décide – à la première personne du singulier - de ce qui doit être éliminé, tentent en vain de motiver son choix. Là se joue une forme d’injonction à la justification induite par notre présence et notre découverte de ce qui aurait probablement dû rester secret. « Que suis-je alors venue chercher là ? »

« Les seules archives qui ont été détruites, ce sont celles qui concernaient des individus, pas l’A.T.O.M. Les seules choses que je me suis dépêché de détruire, c’était tout ce qui concernait les individus. Je l’ai fait dès 1984, car quand je suis parti, si vous voulez… J’ai été le dernier salarié de l’accueil A.T.O.M. - ADRIM. Et quand je suis parti, je me suis quand même inquiété de ce que je laissais. On ne sait pas ce que les choses deviennent. Vous savez, vous partez, vous étiez le dépositaire d’un certain nombre d’archives qui concernaient des individus… C’est quand même un point d’interrogation… Entre les mains de qui cela risque de tomber ? Et quel préjudice il peut y avoir pour des individus ? Toutes ces fiches sont restées… Je les ai brulées. Mais tout un travail statistique, la préfecture, elle l’a ! Si vous voulez, C’est que les fiches concernant les individus, par ordre alphabétique, que j’ai brulées… Parce que je me suis demandé… À ce moment-là, quand je suis parti, il y avait une telle effervescence, une telle restructuration de tout ce système… Que je me suis dit, vraiment, tu ne peux pas laisser ça là. Parce que tu ne sais pas entre quelles mains cela va tomber… » Marc Crescente

Dans mes archives, il y a un document d’hébergement pour deux personnes, ma mère et ma sœur aînée. Le petit papier jauni que mon père avait rempli en 1967 en vue d'un regroupement familial. Il me devient l’unique trace, face au silence et aux paroles absentes autour de Romilla 7 disparue. Mots qui - lentement - émergent des lèvres cousues de ma mère.

Dans mes archives, il y a le document de naturalisation et l’acte de décès de mon père. Le rapprochement de ces deux témoins silencieux - traces d’une naturalisation post-mortem - ré-interroge le récit d’une vie tiraillée entre deux mondes, une vie « out of place. » 6

(…)


Dans mes archives, se côtoient des fragments dispersés, éparpillés, des témoignages sonores et vidéo de mes proches (mais pas que), les documents administratifs de mon père, des photographies provenant de l’album familial, des photographies provenant du champ médiatique (…) Je rapproche archives privées et archives publiques comme en résonnance aux mots de James Baldwin 8 à Éric Laurent en 1975 : « Je commençais à soupçonner un lien entre les faits divers qui ne me touchaient pas directement et l’histoire de ma famille. » Le tout enfle avec le temps qui passe et forme ainsi mon amer-dépôt à déconstruire. Ma démarche vient buter - obsessionnellement - sur les notions d’effacement, de disparition et d’oubli. Les mots d’Arlette Farge soulignent qu’il n’y a pas de sens univoque aux choses du passé. Voilà un éclairage au lent dessein que je poursuis, dans la transformation de ces traces, liées à la fois à un passé intime mais qui relèvent également de l’en-commun 9. J’assemble, je juxtapose, je bricole, je re-compose, je ré-investis, je re-dessine, je ré-interprète (…) J’affecte tout particulièrement le dessin vectoriel, la sérigraphie, l’animation, la « poussière de gomme » et l’argile blanche – en poursuivant mon travail sur la série « A.T.O.M. ». Où je re-dessine avec l’outil plume - lettre par lettre – jusqu’à l’entassement progressif, depuis le bas de la page, des mots qui tombent. Lentement, j’obtiens une vectorisation minutieuse et précise, où chaque lettre est différente de sa voisine - un « e » sera dodu à côté d’un « e » chétif (…) Un discours de la perte laisse place à un nouveau récit. « Un tableau du monde s’est effacé derrière un nouveau tableau sur lequel cependant les traces ou les marques de l’ancien n’ont pas entièrement disparu. » 10 



1- Farge, Arlette. 1989. Le goût de l’archive. Paris : Éditions du Seuil.
2- El Hadji Malick Ndiaye. 31 octobre 2019. L’art et l’archive. Dakar : Les Ateliers de la Pensée. Conférence.
https://www.youtube.com/watch?v=o8FlaBiASbc
3- L’Association est fondée et dirigée pendant 30 ans par Louis et Simone Belpeer en 1950 sous l’appellation ATOM (Aide aux Travailleurs d’Outre-Mer) à la suite d’une enquête effectuée par le Secrétariat Social de Marseille révélant « les difficultés d’insertion de la population nord-africaine primo-arrivante à Marseille. »
4- Entretien filmé avec Marc Crescente / Directeur ADRIM ex-ATOM, par Martine Derain et Dalila Mahdjoub, le 29 avril 2003
5- Boucheron, Patrick. 19 novembre 2018. Le goût des archives. Archives Départementales des Yvelines. Discussion.
https://dypac.hypotheses.org/584
6- Said, Edward W. 1999. Out of place. New York : Éditions Knopf.
7- Breton Christine et Mahdjoub Dalila. 2018. Romilla. Marseille : Éditions Commune. Le prénom « Romilla » renvoie au mot « roumi(a) » en langue arabe (dialecte algérien), qualificatif péjoratif utilisé pour nommer les Français d’Algérie.
8- Baldwin, J. 1975. Entretien de James Baldwin et Eric Laurent. Consulté le 7 décembre 2020
https://www.youtube.com/watch?v=sY2vkgSmnv8
9- Notion empruntée à Achille Mbembe.
10- Luste Boulbina, Seloua. 2018. Les miroirs vagabonds ou la décolonisation des savoirs. Europe : Éditions Les presses du réel.










Vues de l’exposition 143 rue du désert, La Compagnie, Marseille, 2019
Crédit photos Sébastien Arrighi





A.T.O.M. 2019
Sérigraphie encre noire mate, papier BFK Rives en 400g
Dessin vectoriel
Format 1,20 x 1,60 m




A.T.O.M. 2019 (détail)

AFRO-FRENCH OR AFRO/FRENCH ARTIST ? (extrait)
Monique Kerman*

Dalila Mahdjoub was born in 1969 to Algerian parents in Montbéliard, Doubs, in eastern France near the Swiss border. Her recent works in the exhibition 143 rue du desert at la compagnie, lieu de création gallery in Marseille explore the colonial history of Algeria and France through her own familial history, and in particular, archival documents. One of these works is mes archives du sol (2019), the title of which plays off the double meaning of the French word sol as both “soil” and “floor,” to be “my soil/floor archives.” The work is an installation of several diptychs of drawings done on silk alongside reproductions of these family documents. These are arranged around a larger central drawing to form a square that rests on a black tarp on the ground. The whole is then framed in wood and cordoned off with crisscrossing wire atop the frame. These utilitarian elements give the impression of an archaeological site, and this is intentional. Mahdjoub titled this part of the installation ma grille de relevé, which translates as “survey grid.” On the ground, the archives risk being trampled, torn, and erased. So placed, the artist describes them as “out of place” in France. 1

The archival documents reproduced include an application for domicile in France that included Mahdjoub’s older sister Romilla who died before her parents immigrated from Algeria; her father’s Peugeot factory work contract granted by A.T.O.M. (Aide aux Travailluers d’Outre-Mer, which translates as “Aid for Workers from French Overseas Territories”); and her father’s official French naturalization letter, addressed to her family after his death. The accompanying drawings are all composed of alphabetical letters. Each smaller drawing, accompanying a particular document, features a tumble of letters that cascade down the page and gather at the bottom. By contrast in the large drawing in the center of the composition, the letters endlessly circulate in a jumble. Gazing at the letters, the viewer imagines sorting through them for lost narratives the way an archaeologist might dig through layers to recover lost history. The depiction of letters divorced from the context of words and sentence structure evokes the act of creating meaning in assembling (his)stories, as well as the confusion of uncertainty when these stories are hidden away in forgotten documents, or lost to time. It is also significant that these are letters of the Roman alphabet, completely familiar to French-born Mahdjoub but in fact foreign to her Algerian, Arab-speaking parents. She notes that having been born in France and received an education, contrary to her parents, gives her a different perspective on the import of these particular archival materials. The distance her father felt from the French language, which he could speak only rudimentarily and scarcely read, is poignant for a man who “accorded a serious significance to the ‘weight of words,’ whether written or spoken.” 2 Certainly these official documents, which gave him and his family the right to work and live legally in France, carried significant weight. As Mahdjoub describes, “In my memory, I always saw my father preciously unfolding, with his big, rugged, generous hands browned by the sun of his childhood, his small yellowed papers, taken out of one of his pockets or from under a pile of clothes in his armoire…This economy of gesture, in particular, communicated to me the importance [he] accorded written words.” 3In her description, there is a sense of the sacred in the handling of these precious documents. Perhaps, in their ability to officially grant belonging, safety, and economic security to him and his family, her father felt they were a kind of sacred relic, a “holy grail” achieved. As for Mahdjoub herself, she came to understand their vital importance to her family’s existence in France only when she was older. She explains that, for her personally, “there is nothing of the sacred or mystical attached to these documents, but a profound attachment to this small, tender gesture, sometimes tainted with nervousness, that I could feel from my father in the moments of folding and unfolding [them]…Life has ‘promised’ me a little more than my parents…to understand some of this society’s codes in order to invent ‘a place’ within it…maybe?” 4 The generation gap between Mahdjoub’s parents and herself is poignantly expressed in mes archives du sol in terms of letters, language, and the knowledge of one’s “rightful” (that is, legal as well as just) place in French society that they can bestow. 



1- Dalila Mahdjoub, E-mail message to Monique Kerman, September 27, 2019. Translation from French by the author.
2- Ibid.
3- Dalila Mahdjoub, Gallery guide, 143 rue du desert, la compagnie, lieu de création gallery, May 18 to September 30, 2019. Translation from the French by the author.
4- Mahdjoub, E-mail, September 27, 2019.



* Monique Kerman is Associate Professor of African Art and Visual Culture at Western Washington University in Bellingham, Washington.

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