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Ça va ? Je peux encore avoir un minimum dintimité ou il ne me reste désespérément plus rien ? Quoi ? Ça, là-bas, ben comme tu peux le voir, ce sont mes bagages. Ouais, il y a un taxi qui vient me chercher dans dix minutes. Mais je te rassure, hein, je te laisse tout. Je te laisse cet appartement poussiéreux, où se nichent des monticules de poils de chat, de miettes de pain, dongles de pieds rongés. Je te laisse cette odeur durine dans la salle de bain, sans parler des écoulements deau qui ne se font plus. Je te laisse même les tâches de graisse dans la cuisine ; enfin bref, en clair je te laisse ce cloaque. Parce que le problème, et il faudrait quand-même que tu le comprennes, Henri, cest que depuis quelques mois je te regarde avec ces yeux ignobles que sont ceux de lanalyse. Tu sais, ce recul froid de lobjectivité. Oui, moi qui tai tant aimé. Pfouf... Envolée, la magie ! Je te regarde et je contemple tes éternelles crottes au coin des yeux, ton visage toujours mal rasé. Je contemple tes oreilles ensevelies de cire pour ne pas mentendre et je contemple avec émerveillement tes vêtements abominablement troués, toi qui aurais tout le temps de les recoudre vu que tu ne fous rien. Alors malheureusement tout ce qui me reste pour toi, cest de la pitié et je ne suis plus charitable.
Is everything ok? Can I still have a minimum of privacy or is there hopelessly nothing left? What? That over there?...Well, as you can see, those are my bags. That's right, a taxi's picking me up in ten minutes. Let me reassure you however, I'm leaving everything to you. I'm leaving you this dusty apartment, where mounds of cat hair, breadcrumbs, and chewed toenails nest. I'm leaving you the smell of urine in the bathroom, not to mention the backed-up water pipes. I'm even leaving you the grease stains in the kitchen. Finally, just to be clear I'm leaving you this shit hole. Because the problem -and you should get it through your head Henry- is that for the last few months I've been watching you with the vile eyes of analysis, you know, the cold distance of objectivity, I who loved you so dearly. Poof... the magic's gone! I watch you and I contemplate the eternal crusts in the corners of your eyes, your ill-shaven face. I contemplate your ears stuffed with wax so as not to hear me and I contemplate in amazement your clothes filled with holes, you who have all the time in the world to sew them seeing that you do nothing. Unfortunately then, all that I have left for you is pity and I no longer feel charitable.
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Voilà. Jai vécu cinq ans près de toi et jai limpression que ça fait deux mois tellement il ne sest rien passé, tellement tout a été monocorde comme une de ces grandes journées grises et interminables quon peut vivre à Obnisc pendant lhiver et où on préfère rester au lit et vraiment rien faire. En cinq ans, Henri, on na pas déménagé un seul meuble. On na pas fait denfant. On est parti en vacances toujours au même endroit. La seule chose qui a changé, cest mes seins qui se sont affaissés et mes fesses qui sont devenues un peu plus molles. Ce sont les seules choses qui me font dire que jai vécu cinq ans auprès de toi, Henri. Et cest la chute de mon corps qui me fait dire que ça signe un peu la chute de notre histoire.
There you have it. I've spent five years by your side and so little has happened that it seems like two months. Everything has been so monotonous like a cloudy day without end, to the point that one can live in Obnisc during winter and prefer to stay in bed and do nothing really. For five years, Henry, we moved not a single piece of furniture. We made no baby. We spent our vacation always in the same place. All that has changed are my breasts, which have drooped, and my buttocks, which have become a bit softer.
These are the only things that allow me to say I've spent five years by your side, Henry, and it's my body's decline which points out to me the demise of our relationship.
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Henri, jai longuement réfléchi à ce que tu mas dit ; que mon refus était quoi finalement, cétait un refus militant de la figure intime, enfin si jai bien compris, comme lexaspération énonciatrice de notre relation. Alors jai interrogé lappartement, euh, je le trouve désespérément trop minimaliste à mon goût. Jai questionné le chat ; je dois dire que je ne comprends pas bien sa logique. Jai regardé mon géranium, jai limpression quil pue. Alors, à force, tu vois comme ça, je veux dire bon de me poser plein de question, parce que je crois que je suis quelquun comme ça, je crois que jai trouvé la réponse, ou du moins comme dirait Deleuze « une réponse » et puis je crois quon va en rester là toi et moi.
Henry, I thought a lot about what you told me; that my refusal in the end, was, if I understood correctly, a militant refusal of the intimate figure as the foreboding exasperation of our relationship. So I interrogated the apartment, Uh, I find it too helplessly minimalist for my taste. I interrogated the cat; I must say that I have a hard time understanding its logic. I looked at my geranium, I have the impression it smells. So, as a result of asking myself all these questions, because I think I'm that kind of person, I think I've found the answer or at least, as Deleuze might say, "an answer" and I think that you and I are going toleave it at that.
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Henri III, la chute 1999
Vidéo couleur, son, 1529 en tourné/monté
Comédienne Mireille Loup
Textes improvisés, conception et réalisation Mireille Loup
Assistant réalisation et cameraman Yvan Isaac |
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