Stéphane LE MERCIER
 
DÉPLACÉ
L‘exposition est un scénario, un révèlateur. Trés vite, dans mon esprit, l‘exposition Déplacé à la Galerie du Dourven devait faire intervenir un appareillage central qui laisse une certaine liberté aux regardeurs, quelque chose d‘assez savant et d‘un peu rudimentaire; une gravure-écran Le mercier pillé par les singes sur son chassis en métal et que le spectateur peut faire circuler sur un système de rails. Dans ce sens, ce système n‘est pas trés éloigné des panoramas et des décors escamotables qui fascinèrent Méliès, Walter Benjamin et aidèrent à construire peu à peu l‘image de la modernité naissante, un mélange de poésie naive et de pédagogie.
Grâce á ce système, j‘ai la possibilité de relier deux temporalités présentes dans mon travail; quelque chose d‘assez rapide -la réalisation des sculptures en plâtre, des blocs d‘aquarelle qui toujours répondent à un ou deux gestes plastiques ainsi que différents projets réunis sous forme de maquettes et croquis- (voir aussi les Objets blancs et Dessins) et quelque chose de plus élaboré dans le temps.
A l‘origine de ce projet, une gravure de Peter Brueghel
Le mercier pillé par les singes assez riche voire déconcertante pour aborder tous les thèmes qui m‘intéressent : le nom, l‘économie du travail artistique, le territoire.
Le mercier figure bonnasse rêvassant au creux d‘un fossé pendant que des singes improbables lui font les poches. Monnaies de singes, marché de dupes, mais de quel marché s‘agit-il ? Quel échange peut réunir ce commis-voyageur qui ne cesse de dessiner son propre paysage mental avec ses colifichets, ses sculptures minimums et cette humanité douteuse habitée d‘une énergie jubilatoire ? En fait, tout oppose ces deux mondes, l‘économie, la vitesse d‘action. D‘un côté, il y va du commerce, de la gestion et de l‘autre, du jeu, de la dépense sans qu‘on ne sache jamais quel espace privilégie la figure de l‘artiste. Déplacée, en somme.


DISPLACED
The exhibition is a scenario, an indicator. I quickly realized that the Déplacé exhibition at the Galerie du Dourven required a central apparatus which would grant spectators a certain liberty, something knowledgeable but rudimentary at the same time; an engraving/screen of The merchant robbed by monkeys on a metal armature which the viewer could move around on a set of rails. In this respect, the system is not very different from the panoramas and collapsible decors that fascinated Méliès and Walter Benjamin and which gradually helped construct the image of a nascent modernity, a mixture of naive poetry and pedagogy.
This system allows me to connect two timeframes that are present in my work; something rather rapid –the plaster sculptures or watercolor blocks as recurrent responses to one or two plastic gestures and various projects taking the form of models and sketches - (see also White objects and Drawings) as well as something more elaborate in terms of time.
At the origin of this project is the engraving by Peter Bruegel The merchant robbed by monkeys. Quite rich and perhaps even disconcerting, it allows me to deal with all the subjects that interest me: the name, the economy of artwork and territory.
A merchant of meek appearance appears daydreaming at the bottom of a pit while unlikely monkeys empty his pockets. Monkey business in a market of fools, but exactly what market are we speaking about? What exchange binds this traveling salesman who incessantly draws his own mental landscape form his array of knick-knacks and minimum sculptures to this dubious humanity inhabited by a jubilatory force? As a matter of fact, everything opposes these two worlds, the economy, the quickness of action. It's a matter of commerce and management on one side and play and expenditure on the other, without ever really knowing which space privileges the figure of the artist. To sum up, displaced.

Déplacé 2005
Vues de l'exposition à la Galerie du Dourven, Trédrez Locquemeau
Photographies Hervé Beurel
Displaced 2005
Views from the exhibition at the Galerie du Dourven, Trédrez Locquemeau

Déplacé 2005
Le mercier pillé par les singes 1562
Gravure de Peter Brueghel sérigraphiée sur verre
Displaced 2005
The merchant robbed by monkeys 1562
Engraving by Peter Brueghel silkscreened on glass

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