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ARTISTES
DE A à Z


Lina JABBOUR 

« L'agroglyphe, parent pauvre du land art, n'est pas une discipline ésotérique! » Hurlait rageusement Guillaume Piot à la face du monde, depuis les commandes de sa moissonneuse-batteuse.


Pierre Bamford, sculpteur installateur, travaillant dans le Berry et ayant mené de multiples projets comprenant des notions de développement rural et d’échanges locaux au sein du collectif “la Berrichonne du Salut” s'est vu offrir une feuille blanche de 20 hectares et un pinceau de 5m de large par Guillaume Piot, agriculteur, musicien et organisateur de concerts. Loin des préoccupations mystiques et des messages extra terrestres, nos deux protagonistes ayant l'eau comme préoccupation commune, le projet d'une anamorphose à motif de gouttelettes a vu le jour. Cet acte pictural simple, effectué en pleine champagne berrichonne, zone de culture céréalière intensive, impose une réflexion sur la place de l'environnement dans l'équation agro-industrielle tout en proposant une relecture des canons de la fenêtre sur paysage propres à la peinture du 19 ème.

L'élaboration de ce projet a suscité l'engouement inattendu de plusieurs agriculteurs et nous a amené à élargir le cadre de notre démarche en intégrant de nouvelles propositions plastiques nous permettant ainsi une recherche plus générale sur les corrélations possibles entre certaines pratiques artistiques et les problématiques intrinsèques au Land Art. Aussi avons nous choisi de convoquer différents media et artistes dans un projet d'exposition pressenti au château d'eau à Bourges et dans la ville elle- même. Cette exposition, en parallèle à un événement dans la ferme de Baugy ancrant la démarche dans sa ruralité, a pour objectif de toucher un plus large public et de permettre une véritable confrontation entre les outils contemporains de création et notre exercice champêtre. Avec cette opération nous cherchons à réaliser plusieurs transferts, d'une part la délocalisation de l'œuvre au centre du désert céréalier, territoire inconnu de la majorité du public, puis le captage d'intérêt d'une frange de la population agricole autour de thématiques et de parcours artistiques qui leur sont habituellement peu accessibles et enfin une distorsion de la production artistique du fait de la démesure de l'échelle et le minimalisme de la palette proposé par l'activité agricole. Pour que ces glissements s'opèrent sans frictions il est nécessaire que les artistes inscrivent leur travail dans l'activité agricole sans en perturber le déroulement outre-mesure, on s'achemine donc vers des interventions éphémères, pendant les récoltes avec des constats photographiques qui seront présentés en parallèle à des travaux d'atelier et des productions inhérentes à l'exposition.

Produire du signe à telle échelle, nous contraint à expurger de notre travail les recettes esthétiques héritées de notre maîtrise du format et de nos habitudes de production. L'enjeu est bien d'interroger le sens en rendant caduques nos acquis formels. Au regard des dimensions offertes aux artistes l'exercice paraît flatteur mais il n'est pas si aisé et force à une certaine humilité. Mettre en évidence les rapports entre les œuvres agricoles et leur corollaires d'atelier nous semble donc essentiel afin d'offrir au public les clefs nécessaires à la compréhension de la démarche des artistes. Pour valider notre démarche, garder une trace de cette expérience inédite et préparer son renouvellement sous la forme d'événement annuel ou bisannuel nous projetons d'éditer un catalogue de l'exposition. Il faut noter la relative faiblesse d'investissement nécessaire à la production d'œuvres monumentales sur des espaces de plusieurs dizaines d'hectares due à une conjonction exceptionnelle de moyens: la bienveillance d'un club d'aviation et de ses pilotes pour les prises de vues aériennes et l'accueil chaleureux d'agriculteurs particulièrement curieux de participer a un événement artistique sur leur terres.


Les dessins dans les champs ont été réalisés en juillet 2008 dans les fermes de Guillaume Piot, Laurent Poirier et Stéphane Pascaud respectivement à Saligny-le-vif, Gron et Villequiers.

Les artistes participants à ce projet sont
Pierre Bamford (sculpture installation), Richard Compte (photo), Lina Jabbour (dessin sculpture installation), Dominique Mercklen (peinture photo) et Johann Ollivier (peinture)

La pieuvre 2008
Dessin à la moissoneuse-batteuse
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