Sandra HAUSER 

Stephan Huber, Artiste visuel, Professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Munich
L'IMPACT DU PSYCHOLOGIQUE

L’œuvre la plus importante de Sandra Hauser est elle-même : en tant qu’actrice dans ses vidéos, performances et séries photographiques, ou cachée dans ses textes, où les personnages principaux reflètent toujours des parties de sa propre biographie. Dans ces images narratives et scéniques, elle jongle avec la réalité et la fiction, ainsi qu’avec le matériau historique et sa réception contemporaine.
Les personnages de Hauser ont une affinité avec le monde intérieur, le territoire de la sensibilité émotionnelle, la façade de l’étiquette et la mise en scène de la bourgeoisie. Son réservoir d’images provient également du domaine intérieur : miroirs, lumières tamisées, montres de poche, poupées en porcelaine… Sa production « Le Cabinet Des Arts – I. Après » met en scène un majordome et une personne éveillée issus de son univers littéraire artificiel, dont l’origine se trouve dans le langage du XIX? siècle et qui atteint notre époque.
Ses personnages incarnent souvent de grandes émotions, un exercice d’équilibre difficile entre le roman spirituel et le roman de gare. Hauser évite la chute toujours menaçante et joue avec la tension entre nostalgie romancée et présent sans prétention.
Ce qui m’intéresse le plus, cependant, c’est la manière dont l’univers apparemment intact de Hauser est marqué par l’agression et la menace ; comment son vernis se fissure. Il y a ces agressions silencieuses dirigées vers l’intérieur, comme dans la performance-installation « Der Tschenerali » de 2009. Chaque jour, à la même heure, un homme s’assoit à une vieille table à bière du Hofbräuhaus de Munich et boit sa bière en silence, le regard perdu dans le vide. À l’autre extrémité de la table, une petite figurine de princesse continue de tourner. Une image apparemment mélancolique se transforme rapidement en image d’autodestruction. Dans l’autoportrait photographique de 2011, « Das Mädchen mit den schönen Augen », un portrait frontal de Sandra Hauser montre un œil rouge, gravement blessé. Comme dans beaucoup d’autres autoportraits (inventés), il reste incertain s’il s’agit du résultat d’une automutilation ou d’une violence extérieure.
Cette question devient explicite dans la performance « Le Cabinet des Arts – III. Monsieur Renard ». Le majordome désormais familier balaie de manière agressive et bruyante un tas de fragments de poupées en porcelaine à travers la pièce. Cet acte surréaliste interrompt la concentration des spectateurs, et l’intrusion du balayage du majordome oblige les spectateurs à changer constamment de position. À la fin, un tas de tessons repose dans un coin de la salle, le balai est appuyé contre le mur, et le majordome est parti.
Des traces de violence apparaissent également tout au long de la vidéo « Weißt du wieviel Sternlein stehen ? » de 2009. Des billes roulent sur un sol en béton, des bottes apparaissent dans l’image. Soudain, un marteau écrase une bille – et cela continue jusqu’à ce qu’il ne reste finalement que des éclats de verre. Ici, Sandra Hauser parle d’une « revanche métaphorique sur l’enfance ». Cela est montré clairement, précisément, et sans attachement aux mondes littéraires.
Plus complexe est l’œuvre « Devi morire prima di morire », composée de vidéo et de photographie, qui se base sur le « David avec la tête de Goliath » de Caravage. Sandra Hauser assume le rôle des deux protagonistes et finit par se tuer elle-même.
Au-delà de la violence, du pathos et de l’héroïsme, c’est un portrait bipolaire (de l’artiste) qui se dessine au premier plan. Le fascinant tableau de Caravage n’est pour Hauser qu’un point de départ — l’accent principal porte sur la méditation sur soi. Les nombreuses identités qui marquent et déchirent les individus contemporains sont présentées sous une forme antagoniste, comme une mise en scène théâtrale de la vie et de la mort. La violence meurtrière chez Caravage se transforme, dans l’œuvre de Hauser, en force physiologique. Ici, un thème initialement biblique, désormais actualisé, fusionne non seulement avec la persona de l’artiste — Hauser crée une image qui exprime l’état d’une génération entière.

 
Stephan Huber, Visual Artist, Professor at the Academy of Fine Arts Munich
THE IMPACT OF THE PSYCHOLOGICAL

Sandra Hauser’s most important piece of art is herself: as actor in her videos, performances and photography series, or hidden in her texts, in which the main characters always reflect parts of her own biography. In these narrative and scenic images she juggles with reality and fiction, with historic material and its contemporary reception.

Hauser’s characters have an affinity to the world of the interior, the territory of emotional sensitivity, the facade of etiquette, and the display of the bourgeoisie. Her reservoir of images also arises from the realm of the interior: mirrors, dim lights, pocket watches, porcelain dolls … Her production “Le Cabinet Des Arts – I. Après” features a butler and a woken person from her artificial literary world, which has its origin in the language of the nineteenth century and reaches into our own time.

Her characters often embody grand emotions, a difficult balancing act between the spiritual novel and dime novel. Hauser avoids the constantly looming fall from grace and plays with the tension between romanticized nostalgia and unpretentious present.

Yet what is most interesting to me is how Hauser’s seemingly intact world is marked by aggression and threat; how its veneer is crumbling. There are the silent aggressions directed to the inside, as in the performance - installation “Der Tschenerali” from 2009. Each day, at the same time, a man comes to an old beer table from Munich’s Hofbräuhaus and drinks his beer silently, staring into space. At the other end of the table, a small figurine of a princess continues spinning. A seemingly melancholy image quickly turns into an image of self destruction. In the photographic self-portrait from 2011, “Das Mädchen mit den schönen Augen”, a frontal portrait of Sandra Hauser shows a red, badly hurt eye. Like in many other (made up) self-portraits, it remains unclear whether it is the result of self harm or external violence.

This question is clear in the performance “Le Cabinet des Arts – III. Monsieur Renard”. The now familiar butler aggressively and loudly sweeps a pile of broken bits of porcelain dolls through the room. This surreal act interrupts the focus of the viewers, and the intrusion of the butler’s sweeping forces the spectators to change their position constantly. In the end, a pile of shards lies in a corner of the room, the broom is leaning against the wall, and the butler has left.

Traces of violence also appear throughout the video “Weißt du wieviel Sternlein stehen?” from 2009. Marbles are rolling across a concrete floor, boots appear in the picture. Suddenly, a hammer smashes a marble – this continues until, finally, only glass splinters are left. Here, Sandra Hauser talks about a “metaphorical revenge on childhood.” This is shown clearly, precisely, and without attachment to literary worlds.

More complex is the piece “Devi morire prima di morire”, a piece of video and photography, which is based on Caravaggio’s “David with the Head of Goliath.” Sandra Hauser takes on the role of both protagonists and ultimately kills herself.

Aside from the violence, the pathos, and the heroic, a bipolar portrait (of the artist) comes to the foreground. Caravaggio’s fascinating painting is only a starting point for Hauser – the main focus is on the meditation about the self. The many identities which mark and tear on people of today are shown in an antagonistic form, as theatrical production of life and death. The violence of murder in Caravaggio turns into the force of the physiological in Hauser’s piece. Here, a topic which was originally biblical and is now updated merges not only with the persona of the artist – Hauser finds an image showing the state of an entire generation.

 
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