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| Dessins extraits de la série amalgame commencée en 2001 |
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amalgame
Encre et peintures acryliques sur papier, dimension variable |
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Encre et peintures acryliques sur papier, dimension variable |
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Encre et peintures acryliques sur papier, dimension variable
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Amalgame, n.m. du lat. amalgama, métathèse de l’arabe al-madjma’a, la fusion
1. Ma mère et mon père se marient le 25 octobre 1975 à Luzancy, canton de La-Ferté-sous Jouarre, département de Seine-et-Marne. L’union devant témoins est attestée par annotations (néant) et signature pour le Maire empêché de l’Adjoint.
2. Ils se sont rencontrés en 1974 au « Mimi Pinson », bal populaire parisien aujourd’hui disparu.
3. J’imagine ma mère accompagnée de quelques amies. Elles sont assises à une table. Le clair-obscur, la danse des lampions pendus au plafond et la voix de Petula Clark. Passe mon père qui de son cigarillo incandescent effleure la main de celle qui deviendra ma mère.
4. Noter qu’en 1974, l’Arabe fumait des Bastos sur les quais de la gare Saint-Lazare et des cigarillos dans les bals populaires. (De l’anecdote : comprendre, malgré son indéniable banalité, sa fonction fondamentale de nœud premier dans la constitution de l’imaginaire familial. Ajouter, somme toute, que sans bal, sans Paris, sans 1974, sans cigarillo, je serait un autre et je ne serais pas.)
5. Retenons qu’en 1974, mon père comme ma mère étaient à Paris.
6. Mon père est né à Morsott en Algérie, l’actuelle Morsott (ex-commune mixte de Morsott), daïra d’El Aouïnet (ex Clairefontaine), wilaya de Tebessa, République Algérienne, Démocratique et Populaire.
7. Naissance en 1941 ou 1942. Sur ce point, les documents officiels ne concordent pas. (Interroger : l’autorité coloniale négligeait-elle l’état-civil indigène ou est-ce l’Arabe qui se complaisait dans la paresse, le fatalisme et l’imprévoyance ?)
8. Poursuivons. Après tout, la filiation reste possible puisqu’un nom est posé : Ahmed Ghelloussi ben Naouï Ghalloussi ben Chaker Ghalloussi. D’où Karim Ghelloussi ben Ahmed Ghelloussi ben Naouï Ghalloussi ben Chaker Ghalloussi. Point. Et le couperet tombe alors même que l’on souhaiterait filer ainsi jusque dans la nuit du non écrit.
9. Ahmed Ghelloussi, né à Morsott. Commune mixte de Morsott, département de Bône, Algérie.
10. Ahmed Ghelloussi, fils de Naouï Ghalloussi ben Chaker et de Hadda Cheggrouch bent Fatima.
11. Puis Ahmed disparaît. Ne réapparaît que furtivement (est-ce seulement lui ?) sur une photographie en noir et blanc. Assis sur un âne, son père (?) à ses côtés le maintient par les hanches. (Comment accepter cette image ? Seuls les colons possédaient des appareils photographiques, non ?)
12. Contentons nous d’accorder au jeune Ahmed 3 ou 4 ans lorsqu’un doigt sur le déclencheur s’est abaissé. Nous sommes donc entre 1944 et 1946.
13. Second document photographique connu : une cinquantaine de jeunes garçons en rang. Vagues silhouettes aux visages indistincts. Tarbouches, fez, sarouals et costumes européens mêlés. Au premier plan est posée l’ardoise sur laquelle est écrit « école communale de Morsott ».
14. Maladresse ou volontaire retrait, Ahmed redisparaît. Émerge alors qu’il garde un troupeau de moutons et que tombent les rafales de l’avion militaire. (Un avion allemand ou français, questionnais-je ? D’où, nous sommes entre 1942 et 1945 et c’est l’aviation allemande qui bombarde les colonies d’Afrique du Nord, ou nous sommes entre 1956 et 1962 et c’est l’aviation française qui mitraille la ligne Morice.)
15. Entre 1957 et 1960, âgé de 16 à 18 ans, Ahmed commence son service militaire entre Alger, le Sahara et Metz. (Première traversée de la Méditerranée ?)
16. Carte de résidence de ressortissant algérien d’une validité de 10 ans. Établie en préfecture de Nanterre (département des Hauts-de-Seine) en novembre 1961. (De la fadeur des documents officiels. Pourquoi ne pas y mentionner le nom du bateau qui fît traverser la Méditerranée à Ahmed Ghelloussi ben Naouï Ghalloussi ? Embarqua-t-il à Bône, l’actuelle Annaba, capitale de la métallurgie ? À Philippeville, l’actuelle Skikda, Alger, ô Al Djazzaïr, Oran-Wahran, Bougie-Bejaïa ? La traversée fût-elle agréable ? Débarqua-t-il à Toulon ? Marseille ? Bassin de La Joliette ? Et de là ? Gare Saint-Charles ? Direct pour Paris, Lilles, Bruxelles ?
17. Que sais-je ?
18. La carte de résidence, infalsifiable, dérobée dans le buffet de la salle-à-manger, observée à la lueur d’une lampe de poche, s’obstine dans son silence administratif.
19. Il revient à ma mémoire : « alors ton père est parti. Sans prévenir ses parents. Longtemps, ils l’ont attendu, assis sur cette grosse pierre. »
20. Comparer : il y a à Courtaron (hameau de Luzancy, canton de La-Ferté-sous-Jouarre, département de Seine-et-Marne) une grosse pierre dite « grès des amoureux » comme il y a à El Maza (douar de Morsott, daïra d’El Aouïnet, wilaya de Tebessa) une pierre sur laquelle assis mes grands-parents guettaient le retour de mon père. |
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