Karim GHELLOUSSI
 
Vue de l'exposition Un isthme à Montréal, Fonderie Darling, Montréal, Canada, 2005

A la foule du haut d'une plateforme 2005
Panneaux de contreplaqué, papiers, peintures glycérophtaliques,
pieds métalliques, roulettes, 190 x 120 x 120 cm
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Un isthme à Montréal, 10 juin – 17 juillet 2005

Le travail de sculpture de Karim Ghelloussi se bâtit sur une association d’objets disparates qui assemblés entre eux livrent une proposition poétique. Les formes et le sens des éléments mis en dialogue sont issus de champs de référence si éloignés qu’ils s’entrechoquent, dégageant ainsi une relation analogique d’une chose à une autre, rencontres inopportunes ou rébus d’objets.
Principalement, ce sont des compositions de matériaux trouvés, préfabriqués, auxquels l’artiste ajoute un élément de bois, étagère ou socle, construit par lui-même et qui sert de base à l’envolée lyrique. Le point d’équilibre, la juste balance entre la forme et le sens, est également ici une notion fondamentale au langage poétique de l’œuvre. Volontairement l’artiste crée un déséquilibre, une cassure, fragilise une composition jugée trop stable, cherche le point de neutralité des formes et des sens, du geste qui construit – ou détruit – et du préfabriqué, des pleins et des vides, des volumes et des hauteurs. Mettant en suspense l’achèvement final, l’œuvre semble non finie et ainsi flotter librement entre deux mondes.
« Un isthme à Montréal » rassemble une série de cinq sculptures : « L’Air des Alpes » (2004) est une œuvre énigmatique dont le point de départ est la trouvaille d’un puzzle endommagé représentant un paysage montagnard, associé par une branche d’arbre mort à un plateau aux paysages multiples, sur lequel est perchée, à la manière d’une antenne de télévision, une niche à oiseaux. Surprenante sculpture à teneur de cadavre exquis, son interprétation relève plus de l’intuition que du formalisme.
En mettant en danger les différentes composantes de « Sans Titre » (2001), l’artiste cherche à créer une tension, une contre-proposition à une mise en scène a priori réconfortante, communiquant l’idée que tout peut basculer, s’annuler. Tout comme les bases de « À la foule du haut d’une plate-forme », « R.A.S.D » et « Demain dure encore » (2005) semblent des prothèses, des accidents que l’artiste a volontairement figuré afin de créer une fracture, une instabilité. Les affiches déchirées de « À la foule… » portent en elles une violence latente par l’arrachage systématique de la surface picturale.
En complément aux sculptures présentées, deux œuvres murales sont exposées : l’une est tirée de la série de dessins « Amalgames » et représente, à partir d’une image trouvée un personnage en noir qui tourne le dos à l’exposition et évoque éventuellement le passage du monde réel au monde imaginaire. Sur une bâche noire, l’artiste a détouré partiellement une feuille d’érable et la nommée « Black Flag » (2005), en référence au drapeau canadien évidemment mais aussi à celui des pirates, affirmant ainsi sa position d’anarchiste contre toute classification ou assimilation de son travail à un courant artistique défini.

Caroline Andrieux