FAVRET & MANEZ 

Catherine Macchi / Gênes

Texte pour l’exposition Favret-Manez
Galerie du château, Nice, 2004

 

Depuis une dizaine d’années, le travail d’Anne Favret et de Patrick Manez s’attache à définir, avec une grande précision technique, par le biais de la photographie à la chambre, le territoire urbain dans toute sa diversité et sa complexité. Après avoir arpenté les rues d’Alexandrie, puis celles de Rotterdam et de Montreuil, le couple d’artistes est parti à la rencontre de Gênes. Pour chacune de ces villes, la stratégie d’approche photographique a été définie en fonction de la topographie du site. Les réseaux denses et chaotiques d’Alexandrie ont ainsi donné lieu à des tirages en noir et blanc dont les cadrages resserrés sur les murs des immeubles restituaient une sorte d’épiderme, tout en faisant écho à la saturation d’espace de la ville. Pour Favret/Manez, cette méthode de travail garantit une perméabilité optimale au lieu, tout en respectant un devoir de neutralité. L’idéal étant d’adopter un point de vue démocratique sur le site. La remise en question systématique du cadrage dans chaque série permet également aux photographes d’évincer les tics qui pourraient s’ériger en style.
Présentée dans le cadre de l’événement Les murs, l’exposition propose un choix de 14 clichés en couleurs parmi les 40 existants qui seront prochainement augmentés par un complément d’enquête. Gênes étant devenue pour Favret/Manez un territoire générique d’expérimentation. Les artistes, résidants à Nice, ont manifestement été séduits par la proximité du paysage ligure et du paysage azuréen. Leur travail s’est construit sur les écarts entre le sentiment de familiarité et d’étrangeté suscité par cette ville à l’enchevêtrement physiquement impossible où l’immeuble d’habitation côtoie le silos industriel, l’échangeur d’autoroute, le centre commercial, etc. La série de photographies réalisée à Gênes s’articule sur la notion de lisière entre le port et la ville. Elle naît de la géographie du site très allongé, coincé entre la mer et les collines. Partant du constat que Gênes est issue de la réunion de différents villages autour de l’activité portuaire au XIXe siècle, les photographes s’attachent à repérer différentes zones de conflit entre la ville et le port. L’accrochage rejoue la cartographie, de l’ouest vers l’est, en gros de Voltri vers le centre ville. Quatorze points névralgiques, donc, qui font écho à l’histoire de la construction en chapelet de la ville. Chaque point de vue donne lieu à des séquences (non montrées ici), sorte de promenade dans l’image où l’on perçoit un même quartier sous un autre angle de vue, souvent rapproché, un peu comme si la ville se dépliait sous les pas du regardeur au fur et à mesure de son trajet. Il ressort de ces vues une formidable énergie qui fait état de la métamorphose d’une ville toujours en chantier dans laquelle le patrimoine industriel donne une charge mobile à l’espace urbain. Dans ces photographies remarquables, où le moindre détail est visible au même titre que les éléments principaux, tout se passe comme si l’image parfaite de la chambre tentait de compenser la dureté du réel de la ville. Le constat de la capacité de transformation de Gênes, envisagée comme un laboratoire pour les années à venir par Favret/Manez, milite contre l’apriori selon lequel tout réel urbain est nécessairement uniforme.

 
Fermer la fenêtre / Close window