Entre nos mains - 2021/2023
Le projet Entre nos mains explore le lien intime et incertain entre l'objet, la mémoire et l'expérience dans le contexte de la diaspora amazighe (berbère). Il met en lumière la manière dont les œuvres naissent en interaction avec des lieux et des vécus, en particulier à travers la transmission d'histoires orales et d'objets souvenirs. Cette démarche artistique, menée durant deux résidences, à la Friche la Belle de Mai à Marseille en 2021 et au Musée d'Art Contemporain Africain Al Maaden à Marrakech en 2022, interroge le passage de l'œuvre d'art d'un produit fini à un objet vivant, inscrit dans une histoire collective.
Pendant ces résidences, l’artiste a transformé son atelier en un espace de rencontre, invitant des personnes d’origine amazighe ainsi que des habitants de Marseille possédant des objets liés à cette culture à partager les récits associés à leurs souvenirs. Ces échanges ont été capturés à travers des photographies, des vidéos, des enregistrements sonores et des dessins. À Marrakech, l’artiste a poursuivi cette exploration en travaillant directement avec la communauté berbère et en visitant des lieux emblématiques de la culture amazighe, comme le Musée Majorelle et la Place Jamaâ El Fna, poursuivant son objectif de saisir la mémoire vivante, transmise à travers les objets.
Dans la culture berbère, les objets jouent un rôle essentiel en tant que porteurs de mémoire, transformant l'espace domestique en un lieu social où l’histoire personnelle de l’individu se lie à celle de la famille, des ancêtres et des événements collectifs. L’artiste s’est intéressé à cette dimension de la mémoire circulante et a cherché à rendre visible le processus de transmission de ces histoires, souvent inscrites dans l'objet lui-même.
Parmi les œuvres réalisées, l'une des pratiques récurrentes consistait à photographier les participants avec leurs objets et à leur offrir une photographie en noir et blanc lors d’une deuxième rencontre. Cette photographie, montrant la personne tenant la première photo, devient une métaphore du lien entre le passé et le présent, entre l’objet et la personne. De plus, chaque objet a été photographié à l’aide de polaroids, capturant le processus de développement de l’image, pendant lequel une voix off racontait l’histoire de l’objet, souvent en amazighe, avec des sous-titres en français et en anglais.
Une autre œuvre marquante consistait à demander aux participants de tracer sur une carte la trajectoire de leur objet et de leur parcours avant d’arriver à Marseille. Ces trajets ont été reproduits sur des dessins représentant les déplacements des objets et des individus, avec la ville de Marseille comme point central. Ces dessins ont été accompagnés d’un casque audio permettant d'écouter les récits de chaque participant, amplifiant l’aspect interactif et immersif de l’œuvre.
Les installations finales de l’artiste mélangent ces différents éléments — photographies, vidéos, dessins, sons — pour créer une œuvre qui réactualise l'oralité et les mémoires individuelles dans un contexte collectif. En réunissant les récits du passé et du présent à travers des objets et des histoires personnelles, Entre nos mains invite à une réflexion sur la manière dont l'art et les souvenirs collectifs se construisent, circulent et se transmettent à travers les générations et les espaces.
Badr EL HAMMAMI |
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| Vues de l'exposition Entre Nos Mains, Commissariat Fanny Lambert, Friche La Belle de Mai, Marseille, 2024 |