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ARTISTES
DE A à Z


Cécile DAUCHEZ 

Ça crève les yeux 2019
Vue de l’exposition Vivant, Centre d’art 3 bis f, 2019
Photographie Jean-Christophe Lett
 

Ça crève les yeux 2019
Film HD, couleur, son, 31’20
Réalisation : Cécile Dauchez
Image : Gaspard Hirschi
Son : Cécile Dauchez
Montage : Nicola Bergamaschi
Étalonnage : Isotta Trastevere
Mixage : Alexandre Rameaux
Avec le soutien du ministère de la Culture, Direction régionale des affaires culturelles de Provence-Alpes-Côte d’Azur, aide à la création année 2018 ; et de Film Flamme / Le polygone étoilé.

Ça crève les yeux est réalisé à partir d’une expérience de groupe captivante, que constitue la représentation picturale d’un lieu inconnu, uniquement à partir de cartes IGN au 25OOOe, avant de la confronter au réel.
Le paysage des massifs montagneux du Queyras (Hautes-Alpes) occupe le rôle principal, et s’y dévoile dans toutes ses acceptions (cartographiques, narratives, picturales, géologiques).
Cette expérience de “prévision” est proposée par Jean-Luc Brisson aux étudiants de l’École nationale supérieure de paysage Versailles - Marseille.

Ritournelle, Hama 2001 2014
Vue de l’exposition Symphonie printanière, Hors-Les-Murs, Printemps de l'art contemporain, Marseille, 2014
 

Ritournelle, Hama 2001 2014
Vidéo, son, couleur, 7 min, boucle

J’ai réalisé Ritournelle pour l’exposition Symphonie printanière imaginée par Caroline Hancock pendant le Printemps de l’art contemporain 2014 à Marseille.
La vidéo est réalisée à partir de séquences que j’ai filmées en Syrie en 2001. Un tisserand de la ville de Hama est à l’œuvre. L’homme est assis sur un coussin posé à même le sol. Son corps, le métier à tisser et l’espace dans lequel il se trouve ne font qu’un. Le son violent émis par la machine, aussi saisissant que la musique répétitive et minimale de Steve Reich, fait quasiment battre l’image. La scène est à la fois folklorique et déshumanisée. Le mouvement rotatif d’une des fameuses norias de Hama située à proximité de l’atelier, sur les rives du fleuve Oronte, boucle cette vidéo, inspirant aussi le titre de l’œuvre.

 
Vigile 2003
Vues de l'exposition Paysages persistants, Le Fresnoy, 2003
 

Vigile 2003
Film 16mm transféré sur DVD, couleur, son, 5’
Production Le Fresnoy, studio national des arts contemporains
Chef opérateur : Jean-René Lorand
Musique originale de Laurent Jeanneau

Vigile montre un pont au nord de Casablanca face à l’Océan Atlantique. Le pilier central du pont s’est affaissé dans l’Oued. La béance qu’il inscrit dans l’espace évoque un espace-temps suspendu, rencontre entre l’horizontale et la verticale.



L’installation des images dans l’espace d’exposition leur confère bien souvent un singulier volume. Enserrant le spectateur, multipliant les points de vue, elles semblent indiquer que l’état de choses ou du paysage n’est accessible dorénavant qu’à partir d’une dramatisation de la relation que nous pouvons avoir avec elles, comme si le sujet abordé de cette façon-là devait être interprété également comme un symptôme. Symptôme des relations psychologiques et émotionnelles, des relations de soumission et de complicité que nous continuons à avoir en dépit de ces métamorphoses avec le paysage. L’approche d’un pont cassé opérée par Cécile Dauchez lui permet de saisir des passants en proie à une soudaine disparition, puis à une brutale et non moins énigmatique réapparition. Sans le soutien d’une photographie faisant office de commentaire rien ne serait dit, ni compris de la curiosité architecturale en question. Walter Benjamin pensait que la photographie appelait nécessairement une légende pour révéler la signification historique dont elle était détentrice. Ici, la photographie est curieusement la légende de la vidéo. Cela signifie que le spectateur corrige à l’aide de la photographie ce qu’il a cru comprendre dans le défilement d’images livrées par la vidéo. Ce que l’on voit n’est alors plus ni mobile ni immobile, ce que l’on voit se loge dans un entre-deux, cerné par la combinaison de différentes images.

Anne Tronche, juin 2003, catalogue de l’exposition Paysages Persistants, Panorama 4, édition Le Fresnoy, studio national des arts contemporains.



Les corps réputés inertes vivent intensément
Sous un nouveau coup de tonnerre, les rochers s’écroulent ensevelissant Prométhée.
Au milieu d’une sorte de purée d’éléments, on ne distingue plus aucune géographie de ce ventre effondré. Le foie vole dans l’oiseau, tombe-vivante. À l’évidence il sait où il va, néanmoins son trajet est brisé. En cette période de carnaval, les cohortes lumineuses du feu volé vacillent et traînent dans le noir. De gros filons blancs laiteux de plusieurs mètres de puissance ou de courts éclats bleu vif et jaune.
Comme toute manducation. Comme toute consommation. Comme toute moisson.
La civilisation à la fois coupable et bénéfique commence sa levée par une mutilation et un vol. Dans l’hiver du sombre qui suit, la ruine germe alors de son état, épuisée par son propre potentiel chimique pour ne jamais vivre ses derniers moments, car hors de toute mesure distincte du temps et de l’espace.
Sous un nouveau coup de tonnerre, les rochers s’écroulent ensevelissant Prométhée.

Laetitia Paviani, juin 2003, catalogue de l’exposition Paysages Persistants, Panorama 4, édition Le Fresnoy, studio national des arts contemporains.

 

 
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