Vortex
Cest un personnage. Un individu, de sexe masculin, qui marche, se déplace, sarrête, fait lamour, boit, se drogue, continue à avancer. Cest un personnage de nuit qui finit par sapprocher de la définition stendhalienne du roman, à force de marcher sur une route et de lui servir de miroir. Peut-être, dailleurs, ce personnage est-il à lui seul un roman.
Cest un personnage qui sorganise dans le temps, dans une chronologie et des localisations qui font semblant de nous révéler un espace-temps qui nest, si lon est un tant soi peu attentif, quune nouvelle fiction : les traces du personnage, même organisées ainsi, étonnamment sages par rapport aux agissements de lindividu, ne nous apprennent, en fait, rien de crédible ou de certain. Mais il est vrai que la seule trace de ces déplacements est photographique. À considérer, donc, avec la plus grande prudence. À mettre à la fois en doute et en cause.
Dailleurs, à plusieurs reprises, le personnage se dissout, sévanouit, se dérobe, comme si, au moment même où il fait semblant dexpliciter une manière de biographie, il brouillait encore plus les cartes quil ne le faisait auparavant. Impression forte que se représenter est vain et aboutit à se nier, en fait ou en images.
Qui a pris les images, dailleurs ? Le personnage, un voyeur commandité ou accompagnateur ? Les deux ? Aucune certitude, si ce nest celle de la contradiction, du mélange, de la terrible nécessité de retourner à un magma dont la mise en séquence se dérobe sans cesse à lexplicite. Et cela bien quelle soit savamment organisée.
Au final, une compilation dont lapparente cohérence se dérobe plus violemment à lintelligence que les propositions auxquelles nous a habitués Antoine dAgata mixant des degrés successifs du chaos.
Cest un personnage, qui restera une énigme, à moins quil ne soit un révélateur. Et cest ainsi.
Préface de Vortex
Christian Caujolle.
Séoul. Mai 2003
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