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Voir aussi :
- La banane aux bananiers (exposition)
- La banane aux bananiers (action)
René d'Azur et Roger Joly
Résumé
Roger Joly

René d’Azur pour d’obscures raisons “d’expériences sociétales” (*) dans diverses communautés amérindiennes (il aurait artificiellement instauré des systèmes d’organisation sociale tout à fait nouveaux aux conséquences catastrophiques), René donc devait être rappatrié de toute urgence en métropole par les autorités inquiètes sur un galion espagnol chargé d’or. Le 2 mai 1519, à l’instant où Leonardo da Vinci expirait, mais pas à la même heure, ce galion, alors qu’il traversait la mer des Sargaces ou le triangle des Bermudes, ou les deux à la fois, devait être brusquement frappé d’un sortilège et mué en vaisseau fantôme. Seul René d’Azur, protégé par on ne sait quel miracle ou onguent de son invention ou autre, devait être épargné. Le reste de l’équipage, figé par une peur titanesque et inexplicable, devait plus tard, seulement beaucoup plus tard, récupérer plus ou moins, chacun à divers degrès, une santé mentale. René allait ramener le galion au premier port venu avec un équipage dément mais efficace, comme robotisé et à sa merci. C’est là, dans le petit port d’une petite île inconnue (nous pensons à la Dominique), qu’il devait rencontrer pour la première fois Roger Joly ou du moins l’homme qui se faisait appeler ainsi. Un petit marché aux esclaves, un petit marchand d’esclaves et un petit esclave grandiloquent qui haranguait la foule, vantant ses mérites pour être vendu au meilleur prix. La petite foule et le petit marchand étaient comme écrasés devant une telle éloquence pourtant incompréhensible. Il parlait en effet dans une langue de son invention qui devait bien des années plus tard dans la région s’appeler le Créole. C’était le premier Africain, Nèg’ maron mais il ne le savait pas encore, que René, lui le Chabin, le Nègre blanc, voyait dans ces parages.
Attiré par cette voix puissante, par ces propos peu ordinaires que bizarrement il comprenait parfaitement et par cette situation cocasse où un brillant esclave noir éclipse un sombre maître blanc par un rayonnement rarement observable, immédiatement séduit, René conclut l’affaire en un éclair, laissant le petit marchand repartir les mains vides, ravi, envoûté, comme saoûl. Un effet du duo René-Roger qu’avec crainte, haine, respect ou admiration on allait dénommer RR, un effet qui devait agir ou sévir bien souvent par la suite. L’équipage était resté à bord, prostré, soumis comme un seul homme, prêt à obéir au premier venu pour une raison inconnue ou connue de René seul ou de Roger ou des deux. Ces hommes et le galion fantôme rebaptisé “La Ganda“ par René en souvenir de cette odeur à la peau si douce, son premier amour, son obsession, allaient silloner la mer des Caraïbes et bien au-delà sous pavillon di Azuro, le fameux triangle circonscrit dans un cercle inscrit dans un carré. René et Roger allaient terroriser la région quelques années durant, piratant les riches colonisateurs pour redistribuer aux pauvres colonisés. Les ambitions politiques de Roger Joly, entre autres fonder une “République Bananière“ (*), l’avaient amené à se faire “déporté volontaire“ (*) sur ce nouveau continent, sans doute le premier Noir à fouler ces terres. Elles l’amenèrent, dans son obsession de “communication optimisée“ (*), à élaborer une nouvelle langue. Africain originaire d’un comptoir portugais de la côte ouest où faisaient escale Espagnols, Anglais et autres Français (celui-là même du roi Bõ N’Diaz, le grand-père de René), Roger Joly, probablement un N’Diaz, déjà poussé très jeune par un idéalisme utopique de “fusion des peuples du monde“ (*), avait tenté et finalement réussi à faire un mix, un métissage, de toutes ces langues avec la sienne, africaine. Espérant tôt “atteindre une unité idéale“ (*) par le biais d’une “linguistique relationnelle interactive“ (* ). La langue créole était née et devait survivre sur plusieurs continents quelques siècles plus tard. Ces rêves provoqueront la fin de René-Roger, la fin du RR. Un autre RR (Rosa & Rosae) prendra avec succès la succession. Roger dessina en effet le projet de créer un journal créole et de le diffuser partout sur son passage. Ce projet pris forme manuscrite avec l’aide de l’ingénieux René. Mais les résultats étaient insatisfaisants aux yeux d’un Roger ayant pris connaissance d’une machine à imprimer allemande qui avait un succès fou en Europe. Nos deux amis se mirent en tête de transformer leur vaisseau fantôme en une sorte d’imprimerie et de maison d’édition ambulante. Ils pensèrent alors à se rendre chez les enfants de J. Fust, ex-associé fortuné de l’infortuné Monsieur Johann Gutenberg. Ce qui fut pensé fut dit et fut fait. Des circonstances encore inconnues par la Fondation René d’Azur ne nous permettent pas de retracer avec précision ces péripéties qui envoyèrent Roger Joly dans les geôles germaniques, puis, nous ne savons pourquoi, au Royaume-Uni dans les années soixante. Là, rebaptisé Joly Roger selon l’étrange coutume anglaise inversant toute chose, il devait mener une carrière artistique, sportive et politique sans grandes conséquences immédiates dans ce Royaume mais très influante, quatre siècles plus tard, retraversant l’Atlantique, dans les États du même nom.

(1) dixit Roger Joly.

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Perpendiculairement à sa route du riz mais quelques vingt ans plus tard René d’Azur lors d’un de ses retours de Chine en direction de la Thrace, de passage à Samarcande, en admiration devant les moulins à papier (n’oublions pas sa fascination pour les hélices et engrenages de toutes sortes), décida de fabriquer du parchemin ou quelque chose comme ça. Cette idée avait déjà fait son chemin depuis qu’il s’était lié d’amitié (puis délié) dans une île montagneuse ou marécageuse (on ne sait plus!..) du Japon avec un certain Tsaï-Lun, Chinois d’origine dont un célèbre ancêtre du même nom, Ministre de l’agriculture au 1° siècle sous l’empereur Hoti, aurait, d’après ses dires, inventé une nouvelle sorte de parchemin végétal. Ce jeune garçon qui appelait notre ami René d’Asie prétendait par ailleurs être un cousin éloigné et avoir le même anus que lui, René lui aurait collé un marron (1).
Bref, cette idée de papier faisait son chemin, entre autre, pour servir la cause de Roger Joly, le Nèg’ marron (2), son frère de piraterie qui, souvenons-nous, militait pour la RIB, la création d’une République Indépendante Bananière. Alors installé en Angleterre, on le nommait Joly Roger et son parti le BIR (Bananas Independent Republic) selon l’habitude locale d’inverser toutes choses et de ne pas distinguer le féminin du masculin. Seul un célèbre drapeau et une boisson devaient subsister de son passage sur cet îlot royal. La mixture de René à base de fibres végétales, résine, latex et autres essences produisait une sorte de papier grossier marron (3) non imprimable sur la fameuse machine du fameux Gutenberg fait marron (4) par J. Fust. Si bien que Roger était triplement marron (2, 3 et 4) pour la diffusion de ses tracts de la main à la main dans ses meeting-siting-briefing de rue. Ce dernier maronnait (5) plus que souvent après le premier pourtant plus qu’efficace avec ses PUB (Panneau d’Utilité Bananière), immenses surfaces de quatre mètres sur trois que René plaçait dans les mêmes rues. Notons que les Anglais diffuseront des BIR dans des PUB ou inversement ou dehors ou avec RIB (on ne sait plus!..). Roger Joly avait tord de douter de son ami et une anecdote toute fraîche qui nous parvient à l’instant d’un de nos envoyés très spéciaux aux Amériques le confirme. René était très intime avec un certain Michel de NostreDame. Notre homme, qui sera dit Nostradamus, aurait prédit à Roger, qu’Outre-Atlantique, son véritable nom, N’Diaz, serait célèbré par la musique d’Orléans ou quelque chose comme ça, Roger aurait éclaté de rire. Il aurait annoncé un véritable carton (6) pour les panneaux de René et bien plus encore, Roger aurait à nouveau éclaté de rire.

(* ) dixit Roger Joly.
(1) coup de poing ou fissfucking.
(2) de l’Espagnol cimaron: esclave fugitif.
(3) couleur brune.
(4) refait.
(5) râler.
(6) succés.