Christophe BOURSAULT
 
   
 
Carton d'invitation de l'exposition Pattern Painter à la Galerie Porte-avion, Marseille, 2008

« N’est pas Cézanne qui veut », est-il gribouillé au milieu d’autres phrases dans l’installation de Christophe Boursault à la galerie Porte Avion. Pourtant, ce n’est pas faute d’essayer : dans une vidéo qui semble sortir du dessus de la jupe d’une poupée habillée du t-shirt de foot de Batistuta, Christophe Boursault part en voiture faire un pèlerinage spirituel sur les traces du maître aixois vers la Sainte-Victoire. L’émerveillement devant l’horizon de la montagne est toutefois devancé par une vue de proximité sur Plan-de-Campagne. Cela deviendra matière à une peinture, quelque peu éloignée de la fusion avec la lumière et le paysage, où le tableau est à moitié recouvert par du papier, ensuite retourné à l’envers et enfin accroché sur la porte de la galerie. C’est une peinture assez électrique, ne s’interdisant rien, le dessin et les mots, la viscéralité et le lyrisme. Il fallait s’y attendre : à force d’être refoulé par la déconstruction moderne, l’artiste pulsionnel, expressionniste, celui de « l’intuition », refait surface par l’excès. À la différence que les héros sont désormais fatigués, les centres commerciaux partout et la Saint Victoire une destination touristique internationale. Il n’est donc pas étonnant que Boursault, sans emprunter la position d’une ironie distancée (c’est même tout le contraire), cherche à jouir de tous les plaisirs auquels il a droit face à la toile, y compris les plus régressifs, et tourne ensuite lui-même des vidéos dans lesquelles il charge sans frein les postures surjouées du peintre, comme un exorcisme burlesque lui permettant de rire de lui-même. C’est un peu le mariage du peintre Mathieu avec Jean-Yves Jouannais, l’auteur de L’Idiotie (peut-être l’essai qui a trouvé le plus de résonance auprès des artistes ces dernières années). S’il parle de « précision dans l’intuition », il est aussi vrai que la lecture de son travail dépend entièrement de cette mise en espace débordante, sans quoi il peut se trouver sagement rangé dans la catégorie des toiles expressionnistes (comme c’était le cas au Prix Mourlot). « Au pays des croûtes », est-il écrit au millieu de l’incroyable cafouillis de peintures accrochées à la galerie, où il ne manque pas une table d’atelier recouverte d’une montagne de dessins, « évitons toute saturation des signes ».

Pedro Morais


Pattern Painter 2008
Installation, technique mixte, dimension variable
Vues de l'exposition Pattern Painter à la Galerie Porte-avion, Marseille, 2008

PATTERN PAINTER INSTALLATION

Paca Tour 2008
Vidéo
A la recherche d'un épouvantail dans la plus grande zone commerciale d'Europe, Plan-de-Campagne, non loin d'un autre eldorado, La Montagne Sainte-Victoire. Un homme évoque ses valeurs les plus chères…
Voir des dessins