BERDAGUER & PÉJUS
 
Ville hormonale 2000
Vidéoprojection et bande sonore
Vue de l’exposition Social Play, Le Parvis centre d’art contemporain, Ibos, 2003
Photographie Alain Alquier
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La ville hormonale est une étude en cours sur les possibilités et les limites de conception d’une ville dont la forme et la fonction seraient uniquement déterminées par de l’information chimique, biologique et électromagnétique directement transmise au corps de l’homme, sans intermédiaire architectonique. La transmission de ces informations ne recourt à aucun support autre que lui-même, c’est à dire qu’elle se passe d’un média bâti ou esthétique, réduisant au minimum la distance entre l’émetteur et le récepteur.
L’information émise répond directement à un besoin de l’homme en agissant sans transition sur le métabolisme. L’action se situe sur le corps, à travers les capacités physiologiques de celui-ci de recevoir de l’information et à réagir, sans user d’un décryptage par les sens.
L’espace se crée par émission, diffusion, absorption.
Agir directement sur l’habitant, se passer d’intermédiaire, réduire le médium au minimum. Simplifier l’information jusqu’à une émission directe d’énergie, sans plus de détour sémantique, ni codage ni circonlocution : de l’énergie, immédiate et nécessaire. Faciliter le seuil de réception jusqu’à un automatisme physiologique. Il s’agit d’une architecture élémentaire comme une action concrète et efficace, sans détour ni délai. Elle travaille sur les mécanismes réels des choses entre elles, ne recourant plus aux formes floues de la communication que sont l’allégorique, le poétique ; l’esthétique ou la rhétorique. Elle ne fait pas non plus usage de la construction de formes pour établir des climats physiques ou des atmosphères psychologiques. Parce que les fonctionnements électriques, chimiques et biologiques des échanges d’informations sont chaque jour mieux connus grâce aux sciences de l’écologie, de la biologie et de la pharmacie entre autres, il nous est possible de travailler sur liens concrets entre l’homme et l’architecture, cette dernière étant envisagée selon une forme énergétique réelle et non plus supposée. La ville hormonale est une recherche de proximité, une envie de rencontrer profondément l’être humain. La ville hormonale prend en compte la masse et l’énergie qui supportent l’information. C’est en quelque sorte une architecture au niveau zéro, répondant néanmoins à sa vocation première qui est d’abriter, de protéger, de créer des lieux propres aux fonctions quotidiennes de la vie : dormir, manger, travailler, discuter, aimer, se divertir, etc. La ville hormonale est une prospective trouble dans un climat actuel où l’humanité tend de plus en plus à devenir biologique.
La ville se présente comme une surface plane et vide dont les zones sont déterminées uniquement par des flux invisibles. Pas de séparation physique, mais de l’information chimique et électromagnétique, laquelle agit directement au niveau du métabolisme humain. La forme générale de la ville hormonale se propose comme une surface fluctuante mais néanmoins limitée par une ceinture de diffusion de bruits et d’émissions d’ultraviolets C germicides de faible longueur d’onde lesquels désinfectent l’air pénétrant dans la ville en détruisant bactérie et virus et autres formes de vie microbienne.
La ville se compose de différents quartiers répondant chacun à une activité humaine déterminée. Pour définir ces quartiers, quatre systèmes d’émission d’information sont en service. Le premier est une modification de la composition chimique de l’air, agissant sur le métabolisme par l’intermédiaire de l’appareil respiratoire permettant des échanges gazeux avec l’air environnant pour se dissoudre dans le sang. Le second système procède par émission de rayonnements électromagnétiques agissant sur le système endocrinien, sur le système neurovégétatif et sur les vaisseaux sanguins. Le troisième système consiste à diffuser de l’information volatile laquelle est reçue par celui qui l’inhale par l’intermédiaire de l’organe voméronasal. Le quatrième système consiste à répandre des substances chimiques à absorber, devenant actives par la digestion.
Texte de la bande sonore