BERDAGUER & PÉJUS
 
Dream bed (sur ordonnance) 2003
Bois, coussins, 162 pilules, 250 x 400 x 140 cm
Vue de l’exposition Solo Play, La Chapelle, Saint-Gaudens, 2003
Photographie D. R.

Il est impossible d'imaginer la dégustation d'un vieux bourgogne dans un verre en plastique debout dans un couloir sombre et glacial, il en est de même pour nos prothèses chimiques. L'attention portée à la manière, au lieu et à l'ambiance dans laquelle nous les ingurgitons favorise l'épanouissement de leurs molécules dans notre organisme.
Pour cela rien n'a encore été conçu, aucun préliminaire aucune érotisation avant la prise, seules quelques formes abstraites et colorées (dans le meilleur des cas), provenant d'artistes helvétiques, colorent la boîte.
Le seul rituel magique que nous avons conservé est celui de l'ordonnance. Les médecins ont bien compris qu'une ordonnance lisible équivaudrait à tuer le patient. Alors que, au contraire, des signes indéchiffrables, « magiques », sur la feuille d'ordonnance augmentent leurs pouvoirs et donc celui de la guérison.
Nous pourrions d'ailleurs repousser les limites de cette expérience... en utilisant une encre magique spéciale pour ordonnances, une encre qui s'effacerait progressivement tout au long du traitement jusqu'à devenir invisible à la fin.
Dream bed propose un « mobilier-espace » qui matérialise la durée complète d'un traitement (3 mois). Aucune indication n'est donnée sur la nature du traitement, ni sur la pathologie concernée. Un espace vierge à occuper mentalement et chimiquement. CBMP